David et Raphaël Vital-Durand

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David et Raphaël Vital-Durand

David et Raphaël Vital-Durand

 

Le cinéma a eu les frères Lumières, les frères Dardenne, les frères Coen, les frères Taviani, il va falloir maintenant compter avec les frères Vital-Durand. Tout simplement parce qu’ils signent une entrée marquante et magistrale, avec un film incontestablement réussi « Et mon cœur transparent. » D’abord, on ne peut que leur rendre hommage de ne pas avoir cédé à la facilité, d’avoir conçu un premier long métrage libre et exigeant, porté par une poésie bouleversante, orchestré d’une main de maître, qui bouscule les codes tant par son originalité, sa construction inventive, que par son côté fantastique. Voilà du cinéma décalé, tout en contrastes, qui fait montre d’un sacré talent, une sorte de drame kafkaïen sans issue, où le héros en pleine déréliction, erre à la recherche d’une vérité salvatrice. Ici, pas de situations « normales », tout est singulier, insolite, symbolique, absurde, imprévisible, surréaliste. « Je est un autre » dirait Rimbaud… Résultat : on flotte en apesanteur durant une heure et demie, visité par l’insaisissable, bousculé dans nos repères, à constater que le réel nous échappe complètement. Mais qu’est-ce que la réalité ? La somme de mes perceptions ? La projection de mes désirs ? Existe-t-il un réel visible, un réel caché ? Ou le réel est-il multiple comme les tranches superposées d’un millefeuilles ? Ici le réel est absurde ou alors il prend les couleurs de l’imagination et du rêve. Le rêve comme Irina, cette femme fatale, cette comète incandescente, qui percute de plein fouet le cœur de Lancelot (avec un soulier, symbole pour Bettelheim de la féminité…), un homme lunaire qui se déplace dans le réel comme un astronaute dans l’espace. Tout est pathologique chez Lancelot, il n’y peut rien, il déforme involontairement le réel, peut-être parce qu’il ne le saisit pas, il le laisse filer. Comme il laissera s’échapper, plus tard, l’étoile filante qu’est Irina. Il n’empêche, les réalisateurs, eux, nous emmènent sur leur planète, en se jouant de nos attentes, en ne cessant de nous déconcerter. Parfois, on plane, gavé de lumière, sur le nuage de l’amour, au septième ciel. Puis on revient brutalement sur terre, dans les ténèbres, pour partager les désillusions de Lancelot quand il réalise que les apparences sont trompeuses. Ou qu’il découvre à la mort de sa femme qu’elle a eu une vie en trompe-l’œil. Sentiment d’abandon, solitude inguérissable. Court-circuit. Frontière floue. On ne cesse de basculer d’un monde à l’autre. D’une tête à l’autre. Les frères Vital-Durand ont un don pour braquer leur caméra sur la part intérieure, la part secrète de l’homme, sa respiration mentale. Au diapason, la musique d’Erwan Coïc, mime merveilleusement ce battement de cœur, cette plongée dans l’intime. Bien sûr, si le duo Lancelot-Irina fonctionne si bien, c’est parce que Lancelot incarné par Julien Boisselier, extraordinaire acteur, toujours à vif et expressif, met sa puissance de jeu instinctive au service de son personnage. Pour se faire, il est accompagné de la belle et envoûtante Caterina Murino, une actrice d’une grande intensité qui se révèle ici comme jamais. Elle illumine le film. Insolente de sensualité et d’indolence, son personnage est tout simplement incroyable de vérité. N’oublions pas Sara Giraudeau, parfaite dans son rôle, qui campe une Marie Marie inoubliable. Ajoutons, pour finir, que certains plans du film sont tout simplement sublimes, comme ce verre d’eau où surnage une rondelle de citron. Immersion totale. On plonge dans le bocal de l’image. On est tour à tour, l’eau, le verre, le citron, l’infusion de citron dans l’eau pétillante, le contenu et le contenant. Le temps de se liquéfier d’admiration, on est déjà passé, sans transition, à un autre plan tout aussi léché, qui joue sur la lumière et les ténèbres, l’extérieur et l’intérieur en une alternance toute géniale. Tout est question de prisme, de perception… Paradoxalement, ce film tire sa force de son absence de linéarité, et c’est justice, car la vraie vie n’est jamais linéaire. C’est, peut-être, même cela le miracle de la vie…

On l’aura compris, les frères Vital-Durand savent comme personne poétiser le monde. On entre dans la séance avec le «cœur transparent » de Verlaine et en on sort avec « le cœur content » de Baudelaire…

Conversation à bâtons rompus avec deux cinéastes passionnés et passionnants.

 

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David et Raphaël Vital-Durand, vous êtes frères, originaires de Lyon. Avant de réaliser votre premier long métrage « Et mon cœur transparent », vous avez tourné ensemble plusieurs courts-métrages ( Les Anges, Zip etc. ), réalisé une cinquantaine de publicités et autant de clips dont certains pour Johnny Hallyday et Elton John. Vous baignez dans un bain artistique depuis toujours, puisque vous êtes issus d’une famille d’artistes, votre père était architecte d’intérieur et votre mère a fait les Beaux-Arts. Depuis tout-petits, vous rêviez de réaliser un film ensemble…

Raphaël : Nous avons toujours été attirés par les métiers artistiques. Enfant, nous n’avions pas la télévision à la maison, mais nos parents en louaient une, parfois, à Noël. Nous regardions avec délice des films comme M. le Maudit, les Dracula. Déjà, il y avait là un appel de l’image qui nous fascinait.

David : Comme nous n’avions pas la télé, nos parents nous permettaient d’aller au cinéma. A 10 ans, je me suis retrouvé à voir « 2001, l’Odyssée de l’espace ». C’est devenu mon film préféré et il a aiguillé mes choix. Notre imaginaire d’enfant a été nourri par le cinéma, les films étranges, les pièces de théâtre surréalistes. En grandissant, on rêvait de faire un premier long métrage… C’est bien beau de parler de l’image mais étions-nous capables de diriger un comédien, de faire sortir de lui une émotion particulière ? C’est un vrai challenge sur une heure et demie de raconter une histoire.

 

Finalement, vous y êtes merveilleusement parvenu puisque vous cosignez votre premier long métrage « Et mon cœur transparent » qui sortira le 16 mai prochain. Sur le tournage, comment vous répartissez-vous le travail ?

Raphael : On est à la fois, tous les deux, scénaristes et metteurs en scène. Précisons qu’un vrai scénariste nous a aidé à adapter le roman de Véronique Ovaldé « Et mon cœur transparent », à soigner les dialogues, parce qu’il fallait passer de trois cents pages à cent pages de script. Nous, nous travaillons énormément en amont, nous discutons beaucoup de façon à arriver sur le tournage, prêts et en phase. Il n’y a pas de guerre d’ego entre nous, car nous choisissons toujours la meilleure idée des deux. Ainsi, si un acteur ou un membre de l’équipe pose une question à David ou à moi, à 98% la réponse sera la même. D’ailleurs, après deux ou trois jours de tournage, toute l’équipe comprend notre fonctionnement et ça marche tout seul.

David : Chaque étape du tournage nous intéresse. Le fait d’être frères confère un environnement, une direction commune sur ce que l’on aime, mais c’est aussi deux personnalités distinctes donc des perspectives différentes et enrichissantes. Finalement, ce duo, c’est un mélange de choses communes et de dissemblances. Effectivement, il n’y en a pas un qui dit je m’occupe de l’image, l’autre de la mise en scène. On collabore et cela nous permet de rebondir sur de nouvelles idées. L’avantage c’est que durant le tournage, Raphaël peut faire un plan ici et moi un autre plan ailleurs ! On peut être sur deux endroits à la fois, ce qui est très pratique lorsque l’on ne dispose que de peu de temps…

 

Votre producteur vous a-t-il soutenu ?

David : Oui, merveilleusement ! Nous avons un producteur courageux. Marc Andréani nous suit depuis longtemps. Il y a vingt-cinq ans, nous avions fait ensemble un premier court métrage. Aujourd’hui, il a fait le pari de nous soutenir sur un projet qui n’est pas des plus faciles. C’est vrai que, pour lui, il était plus simple de développer une comédie qu’un thriller étrange, mais il n’a pas hésité. Ce premier long métrage, c’est une aventure que l’on vit à trois. A quatre, à cinq, à six d’ailleurs, puisque c’est pareil pour le scénariste Stéphane Miquel, le chef opérateur, Jérôme Robert, et le compositeur de musique de film, Erwan Coïc !

 

Julien Boisselier et Caterina Murino

Julien Boisselier et Caterina Murino

 

Vous donnez un magnifique exemple de fraternité. Vous êtes deux mais ne formez qu’une seule et même personne derrière la caméra. Rassurez-nous, dans cette complicité, il y a quand même des moments de disputes, des rapports de force, des désaccords ?!

 

Raphaël : Avec la maturité, les conflits, les dissensions se sont estompées. Mais il y a eu, plus jeunes, des désaccords pour une image ou un plan, une mise en place où d’un seul coup on ne se parlait plus pendant un mois ! Aujourd’hui, on préfère se polariser sur l’essentiel, et ne plus se focaliser sur les détails.

David : Si l’on doit se disputer, on le fait avant ou pendant le montage ! Durant le tournage, c’est l’accord parfait !

 

C’est plaisant de devenir réalisateur ?

David : Le plaisir, c’est de raconter le réel, et même de le recréer. De créer du réel, un film, un objet imaginaire qui appartient maintenant au réel.

 

En fait, vous vous réalisez en étant réalisateur…

David : Tout à fait !

Raphaël : On peut le dire comme ça ! Et puis les gens adorent qu’on leur raconte des histoires.

 

Raphaël Vital-Durand

Raphaël Vital-Durand

 

Pour vous, la caméra, c’est un œil sans âme…

Raphaël : Au contraire, c’est un miroir…

 

Selon vous, qu’est-ce qui fait qu’un film est réussi ?

Raphaël : Un film réussi, c’est un équilibre parfait… C’est un petit bonhomme qui marche sur un fil, qui penche à gauche, à droite et qui traverse sans tomber… Là on a vraiment un film parfait… Nous, déjà, on se rend compte avec le recul, des défauts de ce premier film. Par exemple, comme d’avoir trop insisté sur une chose, de ne pas avoir eu l’humilité de la justesse de l’idée plutôt que de trop la préciser.

 

Vous voulez dire qu’il ne faut pas montrer, il faut suggérer…

Raphaël : Oui, c’est rester sur l’essentiel et non se faire bluffer par un détail.

 

Selon vous, qui sont les plus grands réalisateurs ?

David : Il y en a des dizaines… J’aime beaucoup Orson Welles (dans « Citizen Kane », « La Splendeur des Amberson », « Othello »). Il y a une mise en place visuelle chez Orson Welles qui est fantastique, des histoires sur l’humanité toujours impressionnantes, avec des gens qui montent, qui s’élèvent socialement, financièrement et qui se cassent la figure à la fin. De chaque image, on peut faire quatre ou cinq lectures, à différents niveaux. L’univers de Kubrick est aussi une référence forte. « 2001, L’Odyssée de l’espace » est un chef-d’œuvre. Même si c’est un film qui a vieilli aujourd’hui, il avait à l’époque quinze ans d’avance. Rien que l’os qui vole et qui devient un satellite, c’est la grâce totale. C’est l’accord parfait entre le fond et la forme.

 

La romancière Véronique Ovaldé

La romancière Véronique Ovaldé lors de l’avant-première du film « Et mon cœur transparent »

 

Venons-en à « Et mon cœur transparent ». Qu’est-ce qui vous tenait tellement à cœur dans le roman de Véronique Ovaldé « Et mon cœur transparent » pour vous lancer dans une telle aventure ?

Raphaël : Véronique Ovaldé nous a d’abord traités de fous quand on lui a dit qu’on voulait faire un film de son roman ! Pourtant, dans ce roman, on a trouvé tout ce que l’on cherchait. On disposait d’un petit budget et ce polar réunissait tous les ingrédients qui nous plaisaient : il y avait un peu de suspense, des personnages hauts en couleur, une atmosphère étrange, pas toujours réelle, des scènes surréalistes et un univers extrêmement poétique. En même temps, on savait que c’était risqué, parce que les gens aiment bien les étiquettes en France…

David : Ce mélange des genres, oui, c’est risqué au cinéma, mais ce qui est excitant à travailler….

 

Le film « Et mon cœur transparent » va sortir bientôt et vous faire connaitre du grand public. Après c’est le grand saut, on fait face à la critique, pas forcément élogieuse, au public qui peut vous bouder, car un film c’est un risque. Ensuite, il faut trouver sa place dans le monde du cinéma, dans ce système. Redoutiez-vous tout ça ?

David : Non ! On s’est dit « on y va » ! De toute façon, si c’est fini à la fin de celui-là, ce sera fini et puis voilà !

Raphaël : C’est vrai que c’est dur de trouver sa place dans le cinéma et nous sommes assez fiers, malgré certains défauts que nous remarquons aujourd’hui, d’avoir abouti à ce résultat pour un premier film. Tout à l’heure, vous nous avez posé la question : qu’est-ce qui fait qu’un film est réussi ? Je crois qu’il y a deux réponses à cette question : le film est réussi pour soi et il est réussi pour les autres. Quand on le visionne, on est content, parce qu’il y a des choses dedans qu’on aime. Cet amour, c’est déjà le début d’une réussite. Dans un second temps, si un spectateur sourit et apprécie le film, c’est gagné. Le problème, ce n’est pas tellement les gens qui n’aiment pas, c’est juste de trouver quelques personnes qui aiment sincèrement ce film. Nous, on ne s’est pas dit, il faut faire un film qui marche, on s’est dit on fait quelque chose auquel on croit et on espère que cela plaira aux autres.

 

J’imagine que ce n’est pas facile, au début, de distribuer son film dans beaucoup de salles…

Raphaël : C’est de plus en plus dur pour des films un peu décalés. Parce que les grosses productions, qui font des entrées, passent avant…

 

David Vital-Durand

David Vital-Durand

 

Grâce à ce film, attendez-vous une quelconque reconnaissance ?

David : Si on peut en faire un deuxième, c’est cela, pour nous, la vraie reconnaissance…

 

Combien a coûté « Et mon cœur transparent » ?

Un peu moins d’un million… C’est un petit budget.

 

Combien de temps a duré le tournage ?

Un mois et demi.

 

Où avez-vous tourné ?

En Corse et en Provence.

 

Pour le rôle d’Irina, le choix de l’actrice s’est-il imposé tout de suite à vous ? Etait-ce Caterina Murino, elle, et personne d’autre ?

David : Très vite, on a pensé à elle. Parce qu’il fallait une femme à la fois très belle mais dotée d’une personnalité et d’une intelligence forte. On l’a rencontré et cela a collé immédiatement. Avec sa vivacité d’esprit, son intelligence et son petit accent, elle est merveilleuse. C’est un volcan dans le bon sens du terme. Caterina est une femme qui a beaucoup de cœur et de générosité. Quand elle incarne Irina, c’est un personnage idéaliste qui donne beaucoup. Cette femme flamme tombe amoureuse d’ « un petit mec ». On se dit qu’elle va le dévorer en deux bouchées. Finalement, non. Elle l’aime parce qu’il est idéaliste. C’est un homme honnête, intègre, loyal et pur.

Raphaël : Je me souviens d’avoir découvert Caterina Murino dans James Bond. C’était une apparition marquante. C’est vrai que quand on a fait le tour des comédiennes françaises, on est vite tombé sur elle. Irina, c’était Elle !

 

Et Julien Boisselier ?

David : On n’a pas fait de casting parce que, pour lui aussi, cela a été tout de suite évident. On l’a rencontré, et Julien a tout de suite compris le scénario…

Raphaël : Oui, il a tout de suite compris l’ambiguïté de son personnage. Tous les personnages sont à double faces dans le film. Et Julien, naturellement, a ce côté ambigu, paradoxal. On ne sait pas toujours qui il est, ce à quoi il pense. Il a apporté énormément au rôle. C’était vraiment l’acteur idéal pour ce rôle.

 

Le roman de Véronique Ovaldé décrit le héros Lancelot, comme un homme impassible, passif, végétatif, qui vit en pointillé, à côté des choses. Sa vie commence lorsqu’il rencontre Irina, une femme incandescente, sensuelle, une guerrière vivante mais secrète. Etait-ce le choc de ses contraires qui vous intéressait ?

Raphaël : C’est exactement ça ! Dans le film, les personnages mentent tous avec une certaine sincérité. Lancelot doit avancer à travers ce marasme et finit lui-même par mentir.

David : Ce film s’intéresse à la façon dont on gère la réalité objective, la vraie réalité des choses, et la réalité subjective, l’idée que l’on se fait des choses. C’est passionnant de se dire que l’histoire que l’on se raconte est aussi réelle que la réalité objective. C’est pourquoi, on est en permanence dans la tête de Lancelot. Il n’y a plus personne autour. Tout est épuré, dépouillé. Ne lui reste en tête qu’une interrogation : est-ce que c’est vrai ou pas tout ça ?

 

Julien Boisselier et Sara Giraudeau

Julien Boisselier et Sara Giraudeau

 

Finalement, vous sondez les êtres, leur intériorité…

Raphaël : Leur rétine, leur cerveau, les cœurs et les reins, tout ce qui fait l’être humain…

 

Avez-vous un adjectif pour décrire votre film ?

David : Etrange.

Raphaël : Lunaire…

 

Pourtant, Caterina Murino est solaire !

Raphaël : Oui, mais elle gravite autour de la lune !

 

La fin du livre tombe un peu à plat. On s’attend à un crescendo, à une montée en puissance et finalement, la chute est relativement banale…

Raphaël : C’est vrai que lors des avant-premières, certains spectateurs sont restés un peu sur leur faim. Nous, on trouvait ça justement assez génial parce que c’est la réalité, ce n’est pas de la science-fiction. C’est, peut-être, décevant pour tous ceux qui s’attendent à la grosse artillerie du thriller et à une chute vertigineuse, mais c’est ça qui est beau, puisque c’est réel.

David : Cela dénonce aussi l’absurdité du monde moderne. L’absurde est très présent dans le film. Irina se bat toute sa vie pour une cause et elle meurt de ce qu’elle dénonce. C’est comme un couperet qui tombe, personne ne peut y échapper…

 

Une phrase de Proust illustre parfaitement votre film. Il écrit : « L’amour ne nous fait pas mieux connaître ce que les êtres sont vraiment ».

David : Lancelot est un homme épris de sa femme qui le jour où elle meurt, va devenir encore plus amoureux d’elle. Beau paradoxe, non ? Au début, il se cache un peu les choses, il préfère les ignorer ou ne pas les voir et au fil du film, il va devoir faire face à la réalité. Il ne comprend réellement la teneur de son histoire d’amour qu’après la mort de sa femme.

 

Lancelot, le héros, est un homme curieux, étrange…

Raphaël : On a demandé à Julien Boisselier : pourrais-tu jouer le rôle de Lancelot comme un cosmonaute qui arrive sur une planète et qui ne connait pas cette planète. J’ai repensé à cette image du premier homme qui a marché sur la lune où on voit ce personnage emmitouflé dans sa combinaison en train de poser le pied sur la lune. Il n’est pas très stable. Il est sur la lune. Il est dans la lune… On voulait que Julien soit comme ça dans ce film. Qu’il découvre, perplexe, les choses au fur et à mesure.

David : Oui, Lancelot est un poète. Il est complètement décalé.

 

Caterina Murino lors de l'avant-première du film "Et mon cœur transparent"

Caterina Murino lors de l’avant-première du film « Et mon cœur transparent »

 

L’ivresse confiante et amoureuse de Lancelot pour Irina est touchante. Pensez-vous que la sincérité absolue existe en amour ?

David : Je crois qu’elle peut exister… C’est justement ce qui est beau dans le film. Cette confiance aveugle, c’est de la pure poésie. Au début, on peut se dire qu’Irina est forte et Lancelot faible. Mais plus le film avance, plus on découvre les fragilités d’Irina, et plus Lancelot devient plus fort. Dans cette évolution, il y a un côté yin et yang. Tout le film, on demande si Irina est en train de se moquer de lui pour comprendre à la fin qu’ils ont vécu une véritable histoire d’amour. C’est la grâce inattendue de l’amour. Irina et Lancelot sont deux êtres purs.

 

Est-ce parce qu’Irina se dérobe, lui échappe sans cesse, que Lancelot l’aime tellement ?

Raphaël : Oui, parce qu’elle est insaisissable…

David : Peut-être que c’est cela qui le retient, qui l’attache au début mais au fond, ce sont deux idéalistes.

 

En tout cas, Irina réveille Lancelot de son sommeil hypnotique…

Raphaël : C’est vrai, ce film c’est un peu l’éveil d’un homme…

David : Elle fait mieux que le réveiller… Puisqu’à la fin, il renaît…

 

Pour vous la fiction, est-ce la meilleure façon de montrer la réalité ?

Raphaël : En tout cas, c’est celle qui nous plait le plus ! On cherche plusieurs lectures dans une lecture.

David : J’aime bien montrer ce que l’on ne voit pas forcément par sa fenêtre. Cela ne m’empêche pas d’être contemplatif, d’adorer la nature… Mais je cherche l’invisible sous le visible…

 

Finalement, c’est assez philosophique la démarche d’un réalisateur…

David : Oui, même si nous proposons une histoire sans porter de jugement moral. C’est aux spectateurs de se faire leur propre jugement. Le film parle d’alter-mondialisme, d’écologie, de protection de la planète mais ce n’est pas un film militant. J’aime la poésie de la nature. J’ai des enfants et je veux savoir quel monde on va leur laisser. Mais ce n’est pas le sujet principal du film. Disons que c’est une alerte… Une façon de dire qu’il existe des combats pour la beauté des choses.

 

L'équipe du film lors de l'avant-première de "Et mon coeur transparent"

L’équipe du film lors de l’avant-première de « Et mon coeur transparent »

 

Vous débutez magistralement une carrière en tant que réalisateurs, rêvez-vous un jour de décrocher la Palme d’or à Cannes ?

Raphaël : Le plus important dans le fait de faire un film n’est pas de le présenter à Cannes ! Nous voulions d’abord raconter une histoire, une histoire qui nous tenait à cœur, la mettre en image, la faire exister. Evidemment, après, nous ne pouvons qu’espérer que « Et mon cœur transparent » soit vu et apprécié des spectateurs. Mais, avant tout, nous voulions que ce film existe, qu’il soit vu même s’il est détesté. Le côté « récompense », c’est d’avoir pu faire un film ensemble et de réaliser un vieux rêve d’enfant. Durant le tournage, nous étions entourés de personnes formidables, merveilleuses, là aussi c’était un très beau cadeau.

 

Sur quoi portera votre prochain film ?

David : Nous avons envie de réaliser un film fantastique…

 

Luna Vital-Durand "chanteuse interprète pour le film", et son ami lors de l'avant-première du film "Et mon cœur transparent"

Luna Vital-Durand, chanteuse interprète pour le film, et son ami lors de l’avant-première du film « Et mon cœur transparent »

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