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Une belle ambassadrice

Francesca Bortolotto Possati

Personnalité très en vue à Venise, Francesca Bortolotto Possati est une merveilleuse philanthrope. Cette femme d’exception qui voue un amour inconditionnel à la Sérénissime, fait beaucoup pour les Arts et la Culture. Depuis toujours, elle consacre sa vie à offrir une jeunesse éternelle à la cité des Doges. Grâce à la fondation « Save Venice », elle s’efforce de préserver le patrimoine de Venise tout en respectant ses traditions et ses richesses historiques. La ville enchantée lui doit beaucoup, mais lui rend aussi beaucoup. Car Francesca Bortolotto Possati est une figure incontournable de Venise.Tous ceux qui la côtoient tombent sous son charme. Passionnée, cultivée, généreuse, spontanée, visionnaire, la belle vénitienne inspire ses contemporains. Cette merveilleuse ambassadrice de Venise impressionne aussi à l’international. Le magazine Forbes a vanté ses mérites. Un journal asiatique a parlé d’elle comme une « Extraordinary Woman ». Et c’est vrai que Francesca Bortolotto Possati est une femme incroyable. Seule femme PDG dans un monde d’hommes d’affaires vénitiens, elle est à la tête du luxueux groupe d’hôtels Bauer. Des hôtels de légende parmi les plus beaux de Venise. Parmi ces joyaux, on compte « Le Bauer » avec sa sublime terrasse (la plus haute de Venise) surnommée « Le Septième ciel » laquelle surplombe le Grand canal et La Douane de mer, l’hôtel « Le Palladio » situé sur l’île de Giudecca, dont le jardin exquis est « une immersion dans une mer de fleurs ». Seule Francesca  Bortolotto Possati sait donner à ses hôtels un supplément d’âme. Elle offre à des lieux magiques un surplus d’amour, de splendeur, de beauté, de lumière dont chacun peut s’enivrer à loisir. C’est encore elle qui a choisi personnellement chaque fleur, chaque arbre, chaque plante, des artichauts violets aux glycines et aux hydrangeas du jardin de l’hôtel « Le Palladio » (un lieu unique, hors du temps, accolé à un couvent du XVIème siècle) pour ramener à la vie la terre endormie. C’est cette puissance créatrice, cette puissance vitale qui caractérise Francesca Bortolotto Possati. Tout ce qu’elle touche, elle le rend vivant. Venise est donc entre de bonnes mains… Pour offrir à tous le rêve et le ravissement de Venise, Francesca Bortolotto Possati a publié dernièrement aux éditions Assouline un magnifique ouvrage « Venetian Chic », préfacé par son ami l’acteur Jérémy Irons, illustré par la photographe Robyn Lea. Un voyage éblouissant dans l’élégance, un voyage dans la ville de l’amour…

Flaubert écrit « Je compte être à Venise vers le commencement de juin et je m’en fais une fête ». Paul Morand ajoute : « Ma découverte de Venise, il y a 5 ans environ, a été comme un coup de foudre ». Venise, la plus belle ville du monde ?

D’autres sont belles dans le monde… Mais Venise ne ressemble à aucune et ne change jamais sinon pour nous surprendre et nous séduire à chaque fois qu’on y retourne !

Quel est le secret de sa splendeur ?

Le fait qu’elle ne fait rien pour l’être… C’est à travers l’amour et l’enchantement de ses amants que perdure depuis toujours sa splendeur.

L’écrivain Philippe Sollers (auteur du « Dictionnaire amoureux de Venise ») affirme que Venise est une ville féminine par excellence. Un lieu matriciel, une mère glorifiée ou une dame.  D’ailleurs La « Fenice » est féminin en Italien. D’accord avec lui ?

Oui, je suis d’accord. Si Venise était une femme, elle serait une courtisane : sensuelle, exotique, puissante et sage.

Vivre à Venise, est-ce un privilège ?

Encore plus qu’un privilège, c’est un choix de vie.

Estimez-vous que Venise est une « ville musée » ?

Pourquoi avoir peur du mot « musée » ? C’est juste une façon de dire, une façon de demander le respect et la connaissance, une façon de se rappeler que le passé est contenu dans le présent et qu’il est toujours actuel !

Pour Stendhal « Naples est la seule capitale de l’Italie ». Pensez-vous que Venise est le joyau, le bijou de la botte italienne ?  

Ni capitale,  ni joyau, ni bijou, elle est Venise, pour chacun différente. La ville “UTOPIE”- Le Rêve – Le Plaisir des petites et grandes choses.

Vous êtes issue d’une grande famille vénitienne. De par votre maman, vous descendez de la noble famille des Mocenigo qui donna sept Doges à la Sérénissime. Est-ce pour cette raison que vous êtes devenue une ardente défenderesse du patrimoine de Venise ? Vous faites même partie du Comité Directeur de la Fondation « Save Venice » qui œuvre depuis 1971 à la restauration de chefs d’œuvre en péril vénitiens comme des tableaux, des monuments ou même des églises. Quels sont les futurs projets et chantiers de cette fondation ?  

Je ne descends pas de la famille Mocenigo. C’était mon grand-père qui a acheté le palais de cette famille…

Chaque année depuis 50 ans le comité de « Save Venice » avec la collaboration de la Commission, constituée d’un groupe d’experts réputés, sélectionnent la restauration de projets sous la surveillance des Monuments des Arts et Musées. « Save Venice » a toujours un projet en cours de réalisation pour des millions de dollars et en même temps plusieurs autres projets plus petits. Parmi les projets majeurs, l’église San Sebastiano et la façade de la Scuola Grande di san Marco

Casanova a fait de sa vie un roman. Il écrit dans ses  « Mémoires » que sa « vie est sa matière. » Pour vous, la matière de vos livres c’est Venise ?

C’est Venise sûrement. C’est aussi la façon dont j’ai été habituée à vivre dès mon enfance, ce que m’ont apporté et appris ma mère, mon père et mes grand-parents. Par exemple que chaque jour est le premier et le dernier… Qu’il faut que ça vaille la peine d’être vécu pour soi-même et pour les autres autour de vous…

Vous êtes une personnalité très influente à Venise. Un personnage public très impliqué dans le rayonnement de la ville, la vie culturelle. Non seulement vous êtes la seule femme PDG de Venise, la seule femme à diriger un groupe hôtelier, mais en plus vous êtes une ravissante philanthrope. Vous donnez de votre temps, de votre énergie, de votre argent pour restaurer et conserver Venise…   

Je fais partie, comme vous le savez, de la Fondation à but non lucratif « Save Venice ». J’en suis le Directeur. Mes activités majeures de philanthropie sont au sein de cette Fondation. Mais j’ai aussi des projets en collaboration avec Ca’ Foscari, l’Université de Venise. En plus comme hôtelier, je me rends disponible pour des projets artistiques, photographiques, pour préserver l’art du rameau/gondoles, pour des fondations américaines de lutte contre le cancer. Parmi tous ces projets, ce qui me rend le plus fière, c’est ce que nous avons réalisé avec notre espace expositif Zuecca Projects Space à notre hôtel PALLADIO sur l’île de Giudecca. Là, j’assure mon rôle d’Ambassadrice à 100%. Nous avons hébergé les expositions suivantes :

1. Slater B. Bradley « Sundoor at World’s End » Venue: La Maddalena (Church of Mary Magdalene) – Campiello Maddalena 2205 Dates: May 11 – November 26, 2017

2. Native American Pavilion: Indian Water
Venue: Garden of Ca’ Bembo – FondamentaSangiantofetti 1075
Dates: May 10 – November 26, 2017

3. RyderRipps « DiventareSchiavo »
Venue: SpazioRidotto – Calle del Ridotto 1388, San Marco
Dates: May 10 – July 30, 2017

4. Marina Abramović « The Kitchen » 
Venue: Zuecca Project Space – Giudecca 33
Dates: May 13 – November 26, 2017

5. Lola Schnabel « Fluttuazioni »
Venue: Palazzo Marin – San Marco 2541
Dates: May 9 – May 28, 2017

6. Daata Editions Mixtape for Venice
Venue: Rialto Market, San Marco and Accademia area, Garibaldi and Biennale area
Dates: May 11 – 31 August, 2017

7. Kenya Pavilion: Another Country
Venue: Palladio Grade School – Giudecca 373
Dates: May 12 – November 26, 2017

Zuecca Projects

Fondation Save Venice

Vous habitez vous-même un palais à Venise. On raconte que vous avez reçu chez vous le couple Angelina Jolie et son mari Brad Pitt lorsque Angela Jolie est venue tourner  le film « The Tourist ». Racontez-nous ! Comment sont-ils tous les deux ?

J’ai eu le plaisir de les accueillir dans mon palais avec leur grande famille et leur team pour une longue période. Famille adorable !! De toute manière, mes hôtes sont toujours importants qu’ils soient ou non des acteurs hollywoodiens.

Terrasse du Bauer : « Le septième ciel »

Vous êtes la propriétaire des hôtels Bauer. Des palaces où tout n’est que luxe, calme et volupté. Sans doute parmi les plus beaux de Venise. Il est impossible de trouver à Venise une terrasse plus fantastique que celle du Bauer. C’est la plus élevée.  Elle surplombe les toits, les clochers, le Grand Canal, la Douane de mer. Elle embrasse l’horizon. La vue y est sublime…    

Oui, exactement ! Quand mon grand-père Arnaldo Bennati a racheté l’hôtel BAUER, il a construit au septième étage la plus haute terrasse de la ville, qui offre un panorama à 360 degrés. Elle s’appelle la terrasse du « Septième Ciel », nom plus qu’approprié ! J’ai juste ajouté le chauffage et l’air conditionné !

Une des suites de l’hôtel Bauer

Dans votre magnifique hôtel « Le Bauer », l’on trouve l’un des meilleurs restaurants de Venise : Le Pisis. Quels plats peut-on déguster en ce moment ? Le Chef cuisinier utilise-t-il vos recettes ?

Le restaurant gourmet « De Pisis » au BAUER,  grâce à sa terrasse située face à l’un des sites les plus spectaculaires au monde, le Grand Canal de Venise, avec vue sur la célèbre église Santa Maria della Salute, sert les toutes dernières nouveautés en valorisant les saveurs particulières. Pour ceux qui préfèrent l’intimité de l’intérieur, la salle du restaurant est meublée de façon élégante dans un style rappelant le passé de Venise. L’expérience d’un dîner multi-sensoriel associant la tradition à l’innovation, face à un panorama extraordinaire qui se dévoile depuis la splendide terrasse du restaurant « De Pisis » avec son inoubliable vue sur le Grand Canal, est un pur moment de bonheur. Le chef Martino Longo, sous la houlette du Chef Giovanni Ciresa donne à la cuisine du restaurant « De Pisis » une touche internationale tout en respectant pleinement les traditions du terroir, le choix des matières premières, un menu de « Cicchetti (amuse-bouche) vénitiens, premiers plats comme Risi et Bisi ainsi que Wiener Schnietzel avec pommes au four et comme nouvelle entrée la Pizza farine de pierre brisée et levure mère ».  Comme le souligne le chef Giovanni Ciresa : « Fini le temps des préparations élaborées, on retourne à la simplicité ainsi qu’à la tradition où la qualité des ingrédients de base seront la vraie et pure essence du plat ». 

Il y a quelques années, vous avez publié un livre « Celebrate in Venise ».  Il s’agissait de recettes de cuisine vénitienne, de saveurs méditerranéennes d’un goût exquis à réaliser soi-même. Francesca Bortolotto Possati, vous êtes un véritable cordon bleu, pouvez-vous nous dévoiler une de vos recettes préférées ?

Je ne suis pas un cordon bleu mais j’aime faire la cuisine ! Le temps que j’y passe ne dépasse jamais plus d’une heure ! Et mes recettes sont toutes à cette image ! Pour mes dîners, je concentre toute mon attention sur les achats d’ingrédients de saison qui viennent des sources les plus naturelles possibles, sinon j’achète bio. Je m’occupe des vins (les miens ou ceux des amis avec lesquels on dîne) de la décoration de la table, de la nappe, des assiettes, de la pièce de réception, simple mais recherchée, et on dîne soit à la cuisine soit à la grande table avec les amis.

Venetian Chic, de Francesca Bortolotto Possati aux éditions Assouline

Fin 2016, vous avez commis un magnifique livre paru aux éditions Assouline « Venetian Chic » qui est une promenade magique dans la Cité des Doges. On vous accompagne dans la visite d’ateliers d’artistes. En musardant, on découvre d’incroyables palais vénitiens, d’élégants restaurants. On fait son marché avec vous dans des échoppes où perdurent encore un merveilleux artisanat local…  

C’est justement le but de mon livre : une promenade dans ma Venise…

Votre livre « Venetian Chic » a été préfacé par le célèbre acteur britannique Jeremy Irons. Est-il tombé amoureux, lui aussi, de Venise ?  

Jeremy Irons en plus d’être un acteur fameux dans le monde est aussi un ami de longue date et il a accepté sans difficultés de rédiger cette préface, une valeur inestimable pour mon premier livre.

Francesca Bortolotto Possati et Jeremy Irons

En un mot, Francesca Bortolotto Possati, l’art de vivre vénitien se résume-t-il par l’élégance et le raffinement ?

La spontanéité, l’amitié, la  joie et la générosité d’âme.

A l’origine, le Carnaval de Venise c’était un tourbillon de fêtes, de soupers délicieux, de fêtes galantes secrètes sur fond d’alcôves et de palais vénitiens. Il était réservé à un monde privilégié, protégé, aristocratique. Toute la bonne société se recevait entre elle. Le Carnaval actuel (qui se déroulera cette année du 27 janvier 2018 au 13 février 2018) est-il plus anonyme, plus commercial ? 

Malheureusement, le carnaval est devenu trop commercial. Dommage ! Mais c’était à prévoir ! Il faudra retrouver l’enthousiasme pour le relancer sans trop d’éclat.

Ile de Burano

Le verre de Murano et ses fameux verriers remportent-ils toujours autant de succès auprès des touristes ?

En effet, les verriers, pardon les maîtres verriers, ainsi rassemblés se surpassèrent les uns les autres, acquirent peu à peu une technicité et une créativité telles dans le domaine du verre, que leurs productions devinrent célèbres, pas seulement dans les palais vénitiens ou les églises, mais à travers l’Europe et l’Orient. Ils innovèrent sans relâche au fil des siècles. Et au fil des siècles, ils furent sans cesse copiés. Mais, ils surent toujours inventer et donc être toujours en avance sur leurs concurrents extérieurs. Il y avait aussi d’ailleurs une grande concurrence entre les verriers eux-mêmes. Moi-même, je suis une collectionneuse irrépressible. Le verre sous toutes ses formes me séduit à la folie ! L’île des verriers compta jusqu’à 300 verreries, du temps où les maîtres verriers surent protéger (tant bien que mal) leurs secrets de fabrication. Des entreprises de verrerie sont restées célèbres, comme celle de Toso, Barovier, Seguso, Venini, etc. Mais, les fabriques connaissent de nos jours une crise difficile, pour deux raisons essentiellement : le coût de la main-d’oeuvre spécialisée et le déséquilibre dû à la concurrence industrielle étrangère, face à leur production artisanale, la plupart du temps manuelle.

Plus de trente millions de visiteurs sillonnent chaque année la Sérénissime. Les résidents vénitiens parviennent-ils à vivre en bonne harmonie avec ce tourisme de masse ?

Pour certains, c’est une ville où l’on fait du profit sans investissement à long terme. Il y a une grande inquiétude sur le tourisme de masse, qui est à la fois une bonne et une mauvaise chose. Tout l’enjeu sera de préserver la beauté et l’identité de la cité pour qu’elle reste une destination unique au monde à travers la connaissance de la culture de Venise.  Sinon on en viendra à choisir les visiteurs !

Où peut-on passer des moments d’exception à Venise ? Comment échapper aux sempiternels circuits touristiques ? Dans quel palais sublime, quelle église ou quel opéra peut-on se réfugier pour  s’enivrer de silence ou vivre un pur moment de félicité à l’écart de la foule ?

Un coup de cœur : la Basilique de Saint-Marc en soirée, hors des horaires de visites.

Quel est le secret pour réussir ses vacances à Venise ?

Je vais vous surprendre ! Venise revêt tout son charme en hiver. C’est un charme particulier qui se découvre seul ou avec son âme soeur…

La fondation Pinault

Que pensez-vous de La Fondation François Pinault et de ses collections d’art contemporain ?

L’art est partout à Venise. Le centre d’art contemporain de François Pinault, à la pointe de la Douane, a été restauré par l’architecte japonais Tadao Ando. Il regroupe des artistes de ces quarante dernières années. La première expo « Mapping the Studio » est un choc. On pénètre dans les lieux par un immense rideau de perles blanches et rouges de Felix Gonzales-Torres, artiste cubain mort du sida. Les perles symbolisent les globules de son compagnon, vaincu lui aussi par le virus. Les autres créations expriment les contradictions, les complexités, les violences, les excès du monde, avec des œuvres de Mike Kelley, Jeff Koons, Cindy Sherman, Richard Hughes, Mark Handforth, les frères Chapman… A Venise, on répète que si « l’art n’apporte aucune réponse, il permet de se poser des questions ».

Comment voyez-vous l’avenir de Venise ? Est-elle vraiment menacée par les eaux ? Est-elle en danger ?

Venise est concernée par la montée des eaux depuis son origine. Construite  sur une centaine d’îlots du rivus altus reliés par un dédale de canaux, la somptueuse ville est habituée au phénomène de l’acqua alta, cette période annuelle d’inondations liées aux fortes marées. Mais cette merveille est aujourd’hui menacée car sa lagune s’enfonce irrémédiablement dans la mer. Alors que l’on pensait avoir réussi à stabiliser le phénomène dans les années 2000, les prévisions anticipent un enfoncement de 8 cm au cours des vingt prochaines années et alarment les scientifiques italiens.

Enfin, Francesca Bortolotto Possati, qu’est-ce qui vous rend heureuse ?

Le temps que je passe avec mes enfants à Venise, et mes amis dans le monde.

Propos recueillis par Isabelle Gaudé

Photo de Robyn Lea

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