1

Le retour du réel

Avec « Toute ressemblance…» (avec le monde réel, existant ou ayant existé, est purement fortuite…), Michel Denisot signe un premier film très réussi, intelligent et particulièrement jubilatoire. Il épingle avec élégance la métamorphose insidieuse du monde contemporain. Où comment cette société du spectacle, totalement asservie à l’impérialisme de l’image, qui comme l’écrivait Guy Debord « est la négation de la vie réelle », impose sa loi et finit par abolir la vitalité humaine. Quid de l’histoire ? D’abord, c’est une plongée palpitante dans les coulisses du JT d’une grande chaîne télévisuelle. A travers le personnage de Cédric Saint Guérande, le fantastique Franck Dubosc, présentateur vedette du 20h, on réalise très vite qu’en 2019, le pouvoir médiatique ne s’embarrasse pas de détails. Il n’admet tout simplement aucun contre-pouvoir… Exit le doute, la vérité, le réel, et pratiquement le politique (qui pour s’exprimer doit montrer patte blanche ! ) Dans cette ambiance quasi totalitaire mais bon enfant, l’image incarne la pensée dominante ou la doxa, et le présentateur du JT s’arroge tous les droits, comme celui de choisir à loisir d’informer ou de désinformer, de falsifier le réel ou de l’embellir. Il contrôle tout. Nul ne réagit face à ses écarts : aveuglé par le pouvoir de la petite lucarne, c’est l’assentiment immédiat, la crédulité absolue du côté du spectateur. Dans ce joli monde conçu comme représentation, notre Cédric Saint Guérande, œil de velours et séduction toute en retenue, trône aux cimes de l’audimat, adulé et vénéré par des millions de téléspectateurs. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où un nouveau patron de chaîne vient détruire cette belle harmonie. Alors que CSG, dopé au succès et aux amphétamines, consacre le plus clair de son temps à s’étourdir dans une vie festive en totale immersion dans sa bulle matricielle (bonjour la fusion intra-utérine !), ce bébé humain qui a de plus en plus de mal à devenir adulte (régression quand tu nous tiens…) va devoir revenir sur terre. Le grand patron a décidé de rajeunir et de féminiser le 20 heures. La guerre est donc déclarée. N’écoutant que son ego surdimensionné (lequel apparaît en réalité bien vacillant puisqu’il éprouve en permanence le besoin d’être rassuré par le regard d’autrui), CSG affronte son patron (symbole du père ? de la loi ?). Enragé à liquider son rival (à tuer le père ?) à n’accepter aucune hiérarchie ou pire par incapacité contemporaine à reconnaître l’Autre, CSG commence sa chute. On le découvre alors plus spectateur qu’acteur de sa vie, incapable de se réconcilier avec le réel, aliéné qu’il est par l’image, ses faux semblants, son cortège de paraître et d’apparences, quasiment condamné à la solitude. Et c’est là où Michel Denisot fait preuve d’une subtilité rare. Il offre à la splendide Caterina Murino, belle à couper le souffle dans ce film, la chance d’incarner le réel. Son personnage Elisa symbolise la vraie vie. Le réel dans ce qu’il a de plus imprévisible, de moins contrôlable. Elisa d’abord c’est l’amour. L’amour, cet invisible dans ce monde trop plein de visible. Elisa la vivante, la vibrante, qui refuse les faux-semblants et les mensonges, qui s’échappe car rien ne peut la contrôler sinon la passion. « Ne te courbe que pour aimer et si tu meurs, tu aimes encore » disait René Char. Aveuglé par le pouvoir médiatique et ses fantasmes de toute-puissance, CSG a perdu de vue l’essentiel, il est passé à côté de la vie réelle. Il intuitionne pourtant que la vraie vie est ailleurs et que quelque chose sur terre libère comme l’amour réel…

D’apparence léger, ce film est une remarquable réflexion sur le réel. Il ne peut être qu’accueilli qu’avec ferveur puisqu’en le visionnant sur le grand écran, peut-être deviendrons-nous plus lucides, plus réalistes, et même voyants face au petit écran…

En attendant, nous avons voulu rencontrer l’incarnation du réel (et l’incarnation de la beauté) !

Conversation à bâtons rompus avec Caterina Murino

L’actrice Caterina Murino

Vous venez de crever l’écran dans la série télévisée « Le temps est assassin » adaptée du roman de Michel Bussi. Cette série en 8 épisodes diffusée sur TF1 a réuni plus de 6,3 millions de spectateurs par semaine. Un véritable succès. Comment avez-vous vécu ce tournage ?

Avec beaucoup d’émotion. C’était un rôle puissant, d’une belle intensité dramatique. Les productrices et le réalisateur m’ont fait un très beau cadeau en me confiant le personnage de Palma. Celui d’une femme trompée qui veut protéger sa famille et se bat pour elle jusqu’au bout. Cette histoire c’est d’abord un magnifique travail d’écriture de Michel Bussi. Et puis un travail d’adaptation qui donne naissance à un scénario haletant. Mes partenaires étaient tous flamboyants dans ce décor sublime qu’est la Corse, la Corse qui finalement demeure la vedette de la série. Enfin, je suis très reconnaissante au public français de nous avoir suivis avec passion d’épisode en épisode jusqu’au dénouement.  

Depuis ces records d’audience, les passants vous reconnaissent-ils davantage dans la rue ?

Non ! Les gens s’imaginent que le but ultime des acteurs dans la vie, c’est d’être reconnu dans la rue. Mais c’est terrible de croire ça ! Moi, cela ne m’intéresse pas du tout. Par contre, j’ai reçu de magnifiques textos, de messages vraiment incroyables sur les réseaux sociaux. Des mots sincères et touchants qui me réchauffaient le cœur. Quelqu’un m’a même écrit un message bouleversant parce mon personnage l’avait touché. Des femmes, des téléspectatrices qui s’étaient identifiées au vécu de Palma m’ont raconté leur histoire. Je suis en émerveillement devant tant de générosité et d’empathie.

Elisa (Caterina Murino) et Cédric Saint Guérande (Franck Dubosc) dans le film « Toute ressemblance… »

Le mercredi 27 novembre est sorti le film très attendu de Michel Denisot « Toute ressemblance… » Vous a-t-il contacté directement ou avez-vous passé un casting pour décrocher le rôle principal féminin ?

Je n’ai pas passé de casting. Je connaissais déjà Michel Denisot. Je l’avais rencontré il y a quelques années lorsqu’il présentait sur Canal +, le Grand Journal. Nous nous sommes revus lors d’un déjeuner qui a duré plus de trois heures. J’avais face à moi quelqu’un d’extrêmement cultivé, d’extrêmement élégant, d’extrêmement gentil, à l’humour piquant, toutes ces qualités que j’ai retrouvé dans le film.

Durant des années, le journaliste Michel Denisot a reçu dans son Grand Journal (et à Cannes) les plus belles actrices du monde. Et c’est à vous qu’il a pensé pour incarner Elisa. Vous éclipsez toutes les autres… Est-ce parce que vous êtes l’une des actrices les plus charismatiques de votre génération ?

Ah non ! Je ne crois pas !

Pourtant, dès le début, Michel Denisot avait déjà dans l’idée que ce serait vous !

Je savais depuis plus d’un an que Michel Denisot préparait son film. Même si j’avais son numéro de portable, je n’ai pas cherché à le joindre, encore moins à le solliciter pour le rôle. C’est mon ex-agent qui, un jour, m’a contacté en me disant « Ecoute, Michel voudrait te rencontrer pour te parler de son film ». Et j’étais, comme vous le dites, très étonnée qu’avec toutes les actrices susceptibles d’interpréter le rôle d’Elisa, il ait pensé à moi ! Merci Michel !

L’actrice Caterina Murino (photo Paris Match)

Rien d’étonnant à cela, vous êtes une actrice incandescente !  

Trop gentil ! Mais ce qui était touchant c’est que Michel Denisot et Olivier Kahn ont vraiment lutté pour m’avoir. Le tournage de la série « Le Temps est assassin » et le tournage de « Toute ressemblance… » ont débuté en même temps, le 4 septembre 2018. L’un à Paris, l’autre en Corse. Donc, durant huit semaines, j’ai pris un avion tous les jours, pour faire Paris-Corse. Dimanche, j’atterrissais en Corse pour y tourner le lundi. Et dès le lundi soir, je reprenais un avion pour rentrer à Paris et y tourner dès le mardi matin. Le mardi soir, à nouveau l’avion et ainsi de suite tous les jours et ce, durant deux mois !  

Vous deviez être épuisée ?

Je n’y comprenais rien en fait ! Mais j’étais très heureuse parce qu’Elisa ne ressemblait pas à Palma ! Et qu’interpréter deux rôles en même temps me galvanisait !

Sur le plateau du Quotidien, Yann Barthès reçoit l’équipe du film, l’acteur Franck Dubosc, le réalisateur Michel Denisot, l’actrice Caterina Murino et l’acteur Jérôme Commandeur

« Toute ressemblance… » est un film sur les coulisses du monde de la télé. Michel Denisot montre l’envers du décor et fait ressortir les ridicules de certains comportements des gens de télé. On découvre un univers de manipulations, de trahisons, d’excès, de coup bas, de jeux de pouvoir mais aussi d’addiction à la drogue…

Oui ! Michel voulait révéler au public certaines vérités sur les médias. Il m’a donné un personnage proche de moi car je ne bois pas, je n’ai jamais touché une cigarette ni touché à la drogue. C’est un rôle qui dit non à tout ça. Cette femme porte à son compagnon un amour sincère et elle tente de lui faire comprendre que la vie c’est autre chose que l’égo et la drogue.

Que cherche Elisa dans la vie ?

A un certain moment, Elisa va quitter Cédric. Elle ne veut plus voir son compagnon sombrer dans les addictions. Elle ne l’accepte plus. Elle recherche l’intégrité chez un homme. C’est une femme qui n’est pas dans le paraitre. Elle possède une certaine richesse de l’âme et n’a pas besoin de faux-semblants pour avoir le sentiment d’exister. Peu lui importe que son compagnon soit chaque soir vénéré par six millions de téléspectateurs. Elle ne recherche ni la célébrité ni la reconnaissance. C’est une femme ancrée dans l’existence, qui veut simplement vivre dans la vraie vie, et non dans un monde de paillettes saturé d’apparences.  

Est-ce la première fois que vous tourniez avec Franck Dubosc. Est-il drôle et sympathique comme dans « Camping » ?  

Oui, absolument, c’est la première fois ! Et non, il est beaucoup mieux que ça ! Cela a été une vraie surprise pour moi. C’est un homme qui n’a rien à voir avec son image. C’est un homme humble, attentionné, prévenant, qui écoute les conseils de tout le monde. J’ai beaucoup aimé travailler avec lui. Si j’avais bêtement des a priori à cause de cette image trop réductrice de son rôle dans « Camping », j’ai découvert un magnifique compagnon de voyage…

Lors de l’avant-première du film « Toute ressemblance… », le lundi 25 novembre, Franck Dubosc et son épouse, Danièle.

Dans toute ressemblance, Franck Dubosc incarne le présentateur préféré des Français. Il est beau, riche, célèbre. Chaque jour, il fait vibrer la France entière. Mais lui, qu’est-ce qui le fait vibrer ? Le pouvoir est sa drogue. Est-il dans l’illusion infantile de la toute-puissance ? Son succès lui donne-t-il un sentiment d’impunité ?

Totalement ! Il se drogue au pouvoir. Et la drogue réelle l’amène à penser qu’il est un Dieu… Finalement, il perd un peu la tête…

D’ailleurs, dans « Toute ressemblance », Franck Dubosc affirme qu’il est le Roi. Il est le roi, le roi du monde qui règne sur le réel grâce à la régence télévisuelle. Il a sa cour, ses codes, ses courtisans. Il se sent indétrônable. Jusqu’à l’arrivée du nouveau président de la chaine incarné Denis Podalydès, qui veut sa tête…

C’est la guerre des égos ! Entre celui qui rafle tous les succès, le présentateur du JT et son patron qui  est aux manettes de la chaîne. L’égo du boss est dérangé par le triomphe de Franck Dubosc. Il s’énerve à tort – car au lieu de penser au succès de la boite dont il a la gestion – il s’agace que les records d’audience ne viennent pas de lui mais de Cédric.

Cédric de Saint Guérande, dit CSG, affirme au début du film «  Mon paradis, c’est ça : avoir tous vos yeux braqués sur moi, tous les soirs ». Dans l’ère visuelle, être visible, être partout sur les réseaux sociaux, être vu par tout le monde, passer à la télé, capter l’attention de tous, c’est devenu le nec plus ultra. Pour vous, être actrice, c’est se mirer et s’admirer dans les yeux des spectateurs ?

Non, pas pour moi ! Etre actrice c’est arriver à donner une âme et un corps à de l’encre tracée sur du papier. Mais aussi offrir une parole et raconter une histoire qui grâce à un écran, peut amener à un combat.  

Lors de l’avant-première du film « Toute ressemblance… », le réalisateur Michel Denisot et son épouse, Martine.

Les acteurs dépendent-ils du désir des réalisateurs ?

Toujours ! Il faut rentrer dans leur imaginaire. Pour le rôle de Palma, les productrices Isabelle et Aline m’ont dit dès le début, Palma c’est toi ! Mais ça c’est rare… C’est comme une grâce… Car, malheureusement nous ne sommes pas uniques au monde et chaque actrice a le pouvoir d’interpréter n’importe quel rôle.

 Est-ce que plus on vous voit à l’écran, plus les réalisateurs pensent à vous pour un rôle ?

Il y a les deux. Quand on voit trop un acteur, cela peut engendrer un phénomène de lassitude. Et quand on ne le voit pas assez, on peut l’oublier !  

Le réalisateur du film « Toute ressemblance » Michel Denisot.

Avez-vous une actualité théâtrale ?

Oui, cela fait deux ans que je fais une tournée théâtrale en Italie, qui se terminera le 8 mars prochain. Je joue dans la pièce « Huit femmes » de Robert Thomas, adaptée cinématographiquement par François Ozon en 2002.

Aimeriez-vous jouer au théâtre à Paris ?

J’aimerais tellement ! Je suis une grande fan d’Alexis Michalik, le metteur en scène qui a monté « Intra Muros », « Edmond » et « Loin ». C’est un jeune metteur en scène qui a un talent fou. En découvrant ses spectacles, on voit qu’il est amoureux du théâtre, qu’il a inventé un nouveau code du langage théâtral, qu’il dirige merveilleusement ses comédiens. Pour moi, ce serait un rêve de travailler avec lui…

 Et du côté du cinéma, y-a-t-il un réalisateur avec qui vous aimeriez jouer ?

Il y en a beaucoup ! Dernièrement, j’ai vu « Les Misérables ». C’est un très jeune metteur en scène, il a su raconter une histoire proche de lui. On voit qu’il a compris tout de suite, les codes du cinéma. Il raconte quelque chose de quotidien mais de bouleversant avec une énergie et une force qui vont droit au but. C’est un film « coup de poing ». J’aimerais tourner avec Ladj Ly.

Vous êtes une femme vraie, entière, extrêmement généreuse. Donner du bonheur aux autres vous rend heureuse. Et vous, qu’est-ce qui vous fait du bien à l’âme ?

On a perdu de vue ce qui faisait l’essentiel de la vie. La vie c’est la normalité, la quotidienneté. Par chance, la vie m’a donné des choses un peu extraordinaires, mais moi ce que j’adore c’est le quotidien ! Sans doute que si je n’avais que du quotidien dans ma vie, je m’en lasserai. Mais aujourd’hui, faire les courses, voir des amis, dîner avec mon fiancé, recevoir ma famille, passer un samedi soir à regarder la télé sous la couette, c’est simple, pour moi, c’est le bonheur !  

L’actrice Caterina Murino
0

Le Meilleur de 2019 en livres et en images

La panthère des neiges, © Vincent Munier
Sylvain Tesson « Le face-à-face avec l’animal, c’est la véritable expérience de l’Altérité »
Peter Handke : « Ecoutez: ma route, mon droit, le dernier chemin libre sur notre planète – je veux le défendre.
Je veux ? Je dois. C’est mon rôle »
Un spectacle au théâtre national de la Colline, du 3 au 29 mars 2020. Distribution : De Peter Handke, mise en scène Alain Françon. Avec Pierre-François GarelGilles PrivatSophie SeminDominique Valadié.

Jérôme Garcin : « Il est si jeune encore et il y a tant de rôles à endosser, tant de vies imaginaires à épouser, tant de mues à faire et de peaux neuves à porter »

Riss : « Quand on émerge vivant d’une telle horreur, on n’a pas envie de retrouver intactes, toujours aussi triomphantes, la bêtise et la médiocrité.
Comme si rien n’avait changé (…)
On n’ose pas s’exprimer de peur de choquer, d’être incompris puis rejeté. Pour revenir parmi les vivants, on ne dit rien qui pourrait nous en exclure.
Car la vie ne nous est pas due. Mais seulement accordée »
Michel Desmurget : « Notre société a compris qu’il était de toute première importance de fabriquer les personnels acculturés dont le marché avait besoin. (…) Le rêve de l’industriel, c’est l’ilote, l’esclave sans conscience des sociétés antiques, le Crétin des sociétés modernes. »
Auteur : Victor Hugo
Artistes : Tiphaine FroidDiane LotusLéo MarchandJudy PassyPaul Wilmart
Metteur en scène : Diane Lotus
Genre : Théâtre
Lieu : Théâtre Montmartre Galabru, 4 rue de l’Armée d’Orient, 75018 Paris
Dernières représentations : les jeudi 12 et 19 décembre 2019

0

Les Gourmandises de Gamot

Le chef pâtissier Sébastien Gamot

Retenez bien ce nom, Sébastien Gamot. Il est le chef pâtissier qui monte qui monte et dont le patronyme demain attirera toutes les attentions. On s’enflamme pour ses desserts uniques, exquis, succulents, éblouissants, renversants, époustouflants. Comme Rimbaud inventait des voyelles, Gamot invente des couleurs, des parfums, des goûts. C’est le poète de la pâtisserie, le virtuose de la viennoiserie, le pape des papilles. Il nous joue une partition parfaite aux envolées lyriques. C’est l’épopée du moelleux, du fondant, du croquant, de l’acidulé qui souffle un vent de légèreté sur des desserts aériens. Le chocolat s’élève, les fruits s’envolent. Ce n’est plus de la pâtisserie, c’est de la haute voltige. Rien d’étonnant à ce que ce jeune prodige normand, modeste et génial, ait été élu « Meilleur Pâtissier du Grand Ouest » en 2018. Jusqu’à la fin novembre 2019, Sébastien Gamot officie au restaurant gastronomique « 1912 » aux Cures Marines à Trouville. On peut encore déguster ses chefs-d’œuvre comme le « Chocolat bio/ Vanille de Madagascar/ Poivre de Likouala » ou le « Figue/Hibiscus/Baies de Bataks. » Précipitez-vous à cette adresse et laissez votre palais s’enivrer de poivre et de pulpe de cacao,  se perdre dans le goût délicat du sorbet avant de succomber de plaisir. Gageons que ce merveilleux créateur inscrira un jour son nom au firmament des meilleurs pâtissiers de ce monde tout comme son maître Pierre Hermé dont il fut durant quatre ans le chef pâtissier au « Royal Monceau ». En attendant, Sébastien Gamot ouvrira sa toute première boulangerie-pâtisserie conçue comme un véritable laboratoire du goût (il nous promet déjà du pain au poivre et mille autres merveilles…), en avril prochain à Benerville, à la lisère de Deauville, en Normandie. C’est sans doute le plus beau cadeau qui sera fait aux habitants de cette région. La chance de goûter quotidiennement une dose de féerie rien qu’en poussant la porte de la boutique. Là, il leur sera donné le meilleur de ce que l’on peut attendre en matière de boulangerie et de pâtisserie. A n’en pas douter, les gourmandises de Sébastien Gamot illumineront votre journée. Aspirer la lumière, le beau et le bon avec une cuillère, quoi de plus jubilatoire ?

A ne pas manquer…

Votre passion pour la pâtisserie remonte à l’enfance. Vous racontez que très jeune, vous regardiez les brioches monter dans le four…

Oui, ma vocation est précoce. Dès l’âge de 8 ans, je voulais devenir pâtissier. Voir la brioche se lever dans le four, ca m’intriguait. Le côté « chimique » qui préside à la cuisine me passionnait. Partir avec de la farine, de l’eau, de la levure, puis assister à la métamorphose, à la transmutation de ces ingrédients pour finir par obtenir une brioche dorée, cela me semblait magique…

Vous avez officié chez les plus grands, Alain Ducasse, Yannick Alleno, Christophe Michalak et Pierre Hermé. Votre premier poste de chef pâtissier fut au Royal Monceau, aux côtés de Pierre Hermé, élu  « Meilleur Pâtissier du monde en 2016 ». Qu’avez-vous appris à son contact ? 

J’ai beaucoup appris sur les produits : comment utiliser un produit simple mais très goûteux. Par exemple des produits assez basiques comme de la vanille, du thé. Rien qu’avec ça, Pierre Hermé arrive à faire de la magie, il crée des desserts extraordinaires.

Estimez-vous que Pierre Hermé est le plus grand pâtissier au monde ?

Oui ! C’est mon idole ! J’ai adoré travailler avec lui. On s’entendait très bien. C’est lui qui m’a choisi. A l’époque, je travaillais avec Camille Lesecq au Meurice (juste avant Cédric Grolet) et il m’a sollicité. Je suis resté quatre ans à ses côtés et ce furent quatre années de bonheur. J’étais Chef Exécutif. Pierre Hermé créait des recettes sur le papier et je leur donnais vie, je les réalisais. Je faisais aussi des desserts à l’assiette, des déclinaisons à base de gâteaux.

Quelle est votre pâtisserie préférée chez Pierre Hermé ?

« La Tarte infiniment vanille ». Elle se compose de trois vanilles différentes, une vanille de Madagascar, une vanille de Tahiti, et une vanille du Mexique. Cette conjugaison des trois donne un goût exceptionnel à la pâtisserie. Un pur bijou.

Vous n’avez travaillé que dans des lieux de prestige. Quel palace parisien vous a le plus marqué ?

Peut-être l’hôtel Meurice parce qu’à l’époque, nous avons décroché les trois étoiles Michelin avec Yannick Alleno. J’étais son adjoint au chef pâtisserie et j’avais 28 ans. Je garde de cette époque un très bon souvenir.

Parmi vos souvenirs gustatifs, quel est le plus marquant ?

Lorsque j’ai dégusté pour la première fois les desserts de Pierre Hermé. C’était de la pure félicité…

« Les Cures Marines » à Trouville

En 2017, vous avez rejoint la brigade du chef Johan Thyriot à l’hôtel « Les Cures Marines » à Trouville. Vous avez quitté Paris parce que vous deveniez papa d’une petite fille. Revenir en Normandie, c’était pour vous, un retour aux sources puisque vous êtes natif de la région. Depuis, vous travaillez de concert avec Johan Thyriot et comme il apprécie tout particulièrement le poivre, vous travaillez vos desserts avec beaucoup d’épices…

Comme Johan Thyriot a une vraie connaissance des poivres – chose que je ne possédais pas – j’ai appris au fur et à mesure grâce à lui. A début, j’ai fait des essais de desserts, puis j’ai trouvé mon rythme de croisière !

Cette communion des contraires, cette alliance improbable entre l’harmonie du chocolat et le choc pimenté et amer des poivres donne des notes surprenantes à vos desserts. C’est du grand art. Vos desserts sont tout simplement exceptionnels…

C’est gentil, cela me touche !

Pouvez-vous nous parler de votre dessert « Chocolat Mokaya, thé ananas épicé, poivre de Timiz » ?

Oui, c’est un chocolat Mokaya de 68%. Ce qui donne le goût, c’est le sorbet aux épices. Il y a un thé épicé avec de l’ananas, du gingembre, de la cannelle. Je pousse un peu fort les arômes pour essayer de tuer le chocolat, pour apporter de la saveur en bouche.

Chocolat Mokaya, thé ananas épicé, poivre de Timiz

Votre assiette est radieuse, on dirait un souffle de chocolat, une gourmandise aérienne, libre comme l’air, prête à s’envoler…

C’est un dessert léger ! Le poivre c’est la marque du chef, le design c’est ma patte. J’aime que ce soit épuré. Je n’aime pas manger un dessert au restaurant qui soit pâteux. Il faut qu’on ait envie de le finir et une fois fini, qu’on en est encore envie !   

A la carte d’automne, on trouve un dessert tout aussi enivrant et délicat. Il s’agit de figues, le fruit est rôti et les feuilles en crémeux rafraîchis d’un sorbet à l’Hibiscus et Baies de Bataks.  Vous faites jaillir des goûts incroyables avec ce dessert. C’est un pur délice !  

Je suis content qu’il vous plaise !

Enfin, vous créez aussi des mignardises au miel, des « caramiels » avec le miel de vos ruches installées sur le toit des « Cures Marines » ?

Oui, mais malheureusement, nous n’avons que deux ruches. Là, pour le coup, c’est vraiment nature !  Dans ces mignardises, il n’y a que du miel et rien d’autre !

Vos sablés au chocolat au cœur fondant sont à pleurer de plaisir… Tout simplement succulents !

Que de compliments ! Merci !

Rien d’étonnant à ce que vous ayez été élu « Meilleur Pâtissier du Grand Ouest » en 2018 par le Gault & Millau ! Est-ce pour vous une consécration ?

Oui ! C’est une reconnaissance pour moi et mon équipe.

Sébastien Gamot élu par le Gault & Millau « Meilleur Pâtissier du Grand Ouest 2018 « 

Pour vous, un bon dessert, c’est une promesse de bonheur ?

Si ce n’est pas beau et bon, je suis malheureux… Je suis exigeant, j’aime que ce soit carré, propre, parfait.

Que cherchez-vous à atteindre quand vous composez vos desserts ?

Je vise l’excellence. C’est ma façon de m’exprimer. Je veux atteindre un certain niveau, un certain résultat.

La pâtisserie est-ce un retour à l’enfance ?

Lorsque l’on déguste une bonne pâtisserie, il arrive parfois qu’un souvenir ou un goût associé à l’enfance nous reviennent en mémoire. Ce sont des réminiscences gustatives. On retrouve les odeurs, les parfums, les saveurs de cet âge tendre. Ce retour à l’enfance, c’est un peu comme la madeleine de Proust. On se souvient d’un financier ou un riz au lait savouré il y a vingt ans. C’est comme un flash, en retrouve subitement en bouche la texture, le parfum et l’instant précis de la découverte du goût. A ce moment là, les saveurs du présent et du passé se télescopent, et ça c’est magique !

Les gourmandises de Sébastien Gamot méritent d’être connues dans le monde entier comme celles de Pierre Hermé. Vous installerez-vous bientôt à votre compte ?

Oui ! Le moment est venu pour moi de prendre mon envol ! En avril prochain, en 2020, je lancerai ma propre boutique à Benerville en Normandie. Ce sera une boulangerie-pâtisserie. En plus de la pâtisserie, j’aimerais réaliser toutes sortes de pains, comme des pains à base de poivre par exemple. Bien sûr, je ferai aussi de la viennoiserie, des pâtisseries, des confiseries, des desserts à l’assiette à emporter. L’avantage de cette boulangerie à Benerville, c’est d’être bien placée, il y a un parking attenant au magasin où les gens peuvent se garer 

Si cette enseigne marche bien en Normandie, en créerez-vous d’autres ailleurs ?

C’est mon projet !

Et peut-être une à Paris alors, comme le grand pâtissier Cédric Grolet, connu pour sculptures de fruits à l’hôtel Meurice, qui va bientôt ouvrir sa première boulangerie-pâtisserie (le 22 novembre 2019) au 35 avenue de l’Opéra, à Paris…

Pourquoi pas ! Mais si j’ouvre une boutique sur Paris, ce sera exclusivement de la pâtisserie. Je réaliserai sans doute des « desserts signatures ».

Où puisez-vous votre inspiration ? Vous renouvelez-vous souvent ? Avez-vous besoin de vous surprendre ?

J’ai toujours besoin de dépassement, de compétition, d’aller plus loin !

Enfin, nos lecteurs l’auront compris, vos desserts sont inoubliables, mémorables, renversants. En un mot, exquis !  Que peut-on vous souhaiter ?

De réussir mes projets dans l’avenir…

0

Johan Thyriot : « Le poivre c’est ma signature »

Le chef étoilé Johan Thyriot

« Je suis un amoureux du palais » dit-il joliment et c’est peu dire que grâce à ce jeune chef cuisinier, cet enfant de la Meuse, le palais est à la fête. Avec lui, chaque bouchée est un bout d’absolu, une surprise gastronomique. A table, on vogue entre incrédulité, vertige et volupté, en un voyage exquis aux frontières de l’inconnu. Déguster la cuisine du chef étoilé Johan Thyriot c’est faire la stupéfiante expérience qu’il existe encore sur terre des goûts inexplorés, des fumets rares, des parfums inédits, des arômes et des saveurs originales, des alliances méconnues qui ne demandent qu’à élargir la palette gustative. Voici donc une cuisine audacieuse, inventive, qui ne manque pas de piment, et dont les grains moulus des 44 poivriers vont stimuler, électrocuter, faire décoller vos papilles. Car le chef Johan Thyriot, ce cuisinier surdoué, s’est donné pour mission de délivrer les palais fins de la routine. Exit le classique, le connu, le déjà-vu, le déjà goûté, le répertorié et le remâché, place à l’innovation, à l’inédit, aux chefs-d’œuvre de l’imagination. Ici tout est nouveau, incroyablement nouveau. Et c’est merveille, car dans les assiettes, ce sont nuances, subtilités, finesses comme s’il en pleuvait… A table, c’est tantôt un joyau de homard saphir serti de poivres exotiques de Phu Quoc rouge, alangui sur une mousse de betterave dorlotée par des poivrons aux parfums de passion et de graines de la paix. Les mots manquent à décrire cette fraîche coulée iodée qui implose en bouche comme une vague déferlante et rafraîchissante. C’est un peu comme avaler les embruns de cette Manche qui ondule constamment derrière les fenêtres cathédrales du vaisseau étoilé qu’est le restaurant « 1912 ». C’est encore un filet Black Angus plus tendre et moelleux qu’un doux velours, le fondu du bœuf qui rosit de plaisir et flirte avec le glacis d’une sauce divine, un jus de viande aux notes réglissées, le tout accompagné de frites d’aubergines relevées d’une giclée de gingembre. En bouche, la sapidité dorée, charnue de la viande d’exception alliée à l’ambre du gingembre provoque une telle onde de plaisir, un tel bouquet de bonheur que le palais, confit de gratitude, s’agenouille mentalement pour remercier le ciel de cette divine saveur qu’il n’est pas prêt d’oublier. Le corps se réjouit de prolonger de telles agapes, c’est vrai, ce qui ressemble au bonheur ne voudrait jamais finir… On se met à convoiter l’inaccessible, la perfection et elle arrive comme par magie sur la table joliment dressée, sous la forme d’un filet de Bar étuvé aux zestes d’orangettes, jeu de concombre, coco et câpre. Et là, c’est l’apothéose… Du sublime à jet continu. L’apothéose, avant la prochaine apothéose qui s’annonce avec le dessert. Le dessert du fabuleux chef pâtissier Sébastien Gamot, un dessert poivré comme il se doit, « Le Chocolat Mokaya, thé ananas épicé, poivre de Timiz » signe le final et l’acmé du repas. C’est léger, frais, acide, vaporeux, craquant, acidulé. Le peps du poivre combiné à la cannelle dynamite le chocolat ravageur… Une émotion vaporeuse vous emporte et soudain… c’est l’éternité dans une bouchée, l’infini à la portée des cuillères… On l’aura compris la cuisine de Johan Thyriot est exceptionnelle. Elle est si originale qu’après elle, toutes les autres cuisines semblent fades… Ce magnifique fleuron du groupe Accor qu’est l’hôtel « Les Cures Marines » de Trouville et son restaurant gastronomique « 1912 » n’est pas seulement un hommage au faste de la Belle Epoque, c’est aussi un lieu où un chef qui a un stupéfiant sens du goût, nous initie à l’ivresse de l’ingoûté, crée de l’inoubliable, tout simplement parce qu’il a le goût de l’absolu…  Que rêver de mieux ? 

Le restaurant gastronomique 1912

A 39 ans, vous avez déjà une belle carrière derrière vous. Elève de Christian Willer au Martinez puis de Philippe Labbé, vous travaillez ensuite pour les chefs Michel et Sébastien Bras qui vous proposent de prendre la direction de leur restaurant au Japon. Vous partez avec votre compagne sur l’île d’Hokkaido et vous décrochez une troisième étoile pour le restaurant « Michel BRAS Toya ». Aujourd’hui, les critiques gastronomiques vous prédisent un très bel avenir. Comment le voyez-vous cet avenir ?

Je le vois surtout dans une démarche éco-responsable et respectueuse vis-à vis de la nature. Bien sûr, j’espère un jour pouvoir être reconnu comme un chef qualifié, mais ce qui m’importe avant tout c’est d’aider la planète à mon niveau, dans la façon de procéder à mes achats, d’exploiter les marchandises et de privilégier les produits locaux. Cuisiner les produits du terroir normand c’est non seulement rendre hommage à une région, c’est aussi travailler en équilibre avec la nature.

Les Cures Marines à Trouville

Michel Bras est pour vous une source d’inspiration. Est-ce parce qu’il est l’un des plus grands chefs cuisiniers de la planète ou parce que c’est un artiste doublé d’un humaniste ?

 Disons que parmi mes mentors, Philippe Labbé m’a appris la technique (c’est un technicien hors pair, il m’a appris à travailler, à avoir le geste, le geste précis) et Michel Bras, lui, m’a initié à la poésie culinaire. Tous ses plats respirent la poésie. C’est une cuisine radieuse, vaporeuse, inspirée, éclatante de  couleurs, de parfums et d’arômes. Un appel de lumière et de magie. Une cuisine qui laisse une trace infinie dans votre âme… Grâce à Michel Bras, j’ai beaucoup appris aussi sur la lisibilité de la cuisine. Car la cuisine parle avec les yeux avant de s’exprimer en bouche.

Un an après votre arrivée au restaurant « 1912 » de l’établissement « Les Cures Marines » à Trouville, vous décrochez une première étoile au Michelin. Précisons qu’aujourd’hui le restaurant gastronomique « 1912 » est le seul restaurant étoilé en France dans un site de thalassothérapie. Etes-vous fier de cet exploit ?

Bien sûr !

Donc, bientôt la 2ème étoile !

J’aimerais… En tout cas, c’est l’ambition que je me suis donné !

Déguster vos menus dégustation « Feu » ou  « Mer », c’est s’immerger dans l’incandescence d’un repas sans repères. Tout le long du menu, on est dérouté par des goûts inconnus, des associations inattendues, des sensations fortes et en même temps c’est de la pure grâce… Ces deux menus sont une incroyable symphonie de saveurs aux notes poivrées qui s’achèvent en apothéose par un sublime dessert de Sébastien Gamot, véritable feu d’artifice de sapidités fondantes et de subtiles poivrades. Dans cette musique, aucune dissonance, juste l’accord parfait…

Vos remarques me touchent. J’avoue que j’ai une cuisine assez atypique de par l’utilisation des poivres qui amène de nouvelles variations, des parfums neufs et méconnus. Le poivre a longtemps souvent souffert de l’image du sel et du poivre gris que l’on pose sur la table. Mais le poivre ce n’est pas du tout ça, c’est un condiment qui possède des notes aromatiques exceptionnelles, et ce sont elles qui confèrent une saveur inhabituelle aux mets.

Vous composez vos assiettes comme des peintures. Vous réalisez une cuisine tendre, douce, sensible, poétique que vous musclez et pimentez d’aromates et de poivres rares. Le poivre blanc, noir, gris, rouge, orangé, c’est votre palette chromatique ?

Oui, mais mes véritables couleurs ce sont surtout les plantes aromatiques ! D’abord, parce que cela représente le premier moment de ma journée. Je suis là dans mon jardin, j’arrose mes plantes, et c’est à ce moment là que je crée mes plats. Je ne suis pas un cuisinier qui fait des essais dans une cuisine, je suis un cuisinier qui m’exprime en pleine nature. C’est en me baladant, en musardant, en ramassant mes plantes, que j’imagine mes plats, avant de les tester en cuisine. J’ai déjà l’assiette dressée dans ma tête avant même d’arriver à mes fourneaux !

C’est la ville de Trouville qui vous a donné ce potager ?

Oui, nous avons fait un partenariat avec Trouville. La ville a mis à ma disposition des serres pour cultiver mes herbes aromatiques (que du bio !) et j’interviens sur les écoles, dans les cantines pour initier les enfants au mieux-manger. J’interviens aussi auprès des personnes âgées dans les maisons de retraite. Nous multiplions les échanges avec leurs cuisiniers et du coup nous sommes vraiment dans une démarche sympathique, humaine et chaleureuse. Ce partenariat a le mérite aussi de démocratiser mon métier et de me permettre de rencontrer un tout autre public.  

Vous avez même créé des vocations chez des enfants…

De plus en plus d’enfants veulent devenir cuisiniers ! J’ai rencontré en effet un jeune garçon qui à la base ne souhaitait pas être cuisinier mais qui depuis qu’il m’a vu faire, a eu la vocation.  Il n’y a pas longtemps, j’ai revu sa mère –  ses parents sont même venus dîner au restaurant le 1912 avec lui – qui m’a déclaré que son fils répétait à l’envi : « je ne veux pas être pompier, je ne veux pas être policier mais je veux être comme lui, chef cuisinier ! » C’est amusant…

Vous cuisinez en compagnie de très nombreux moulins à poivre alignés près de vous. Chaque plat a son poivre. Sont-ce les moulins de votre cœur comme dans la chanson de Michel Legrand ?!  Etes-vous un affectif ? Plus sérieusement, quelles sont les vertus du poivre ? Est-ce un révélateur, un amplificateur de goût ? Le poivre est-ce l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres ?

Je dis toujours à mes cuisiniers que lorsqu’ils dressent ou servent une assiette, ils doivent s’imaginer qu’ils la servent à leur famille ou à leurs parents. Dans tous les cas, s’ils procèdent ainsi, ils vont mettre beaucoup d’amour dans leur assiette. Et le client le ressentira. Moi je suis un cuisinier amoureux et je le revendique. Mes poivres font partie de mon histoire et je les aime plus que tout ! Assez souvent même, je leur parle… Je ne devrais pas dire ça parce que c’est quand même assez surprenant, mais il m’arrive de leur poser des questions du genre : « Comment te sentirais-tu si je te mettais sur ce plat ? » J’entretiens un véritable dialogue avec mes poivres !  Le poivre c’est à la fois un exhausteur de goût et une touche de feu. On va avoir des notes agrumes très végétales ou très florales mais on a également des notes cuivrées, voir cuir et camphrées. Du coup, on peut jouer sur ces différentes tonalités et amener des subtilités aromatiques qui seront beaucoup plus prononcées que le simple produit livré à lui-même avec un peu de sel. C’est simple, j’ai tendance à réduire ma quantité de sel et à augmenter celle du poivre.   

Le poivre cela réchauffe ?

Oui, cela réchauffe complètement. Vous ne changez pas la saveur du produit, vous la réveillez avec du poivre. Vous la révélez. Le poivre, c’est ma signature. A l’origine, j’utilisais les plantes aromatiques, comme Michel Bras. J’ai commencé à travailler les cartes printemps, été, automne avec les plantes, mais, en hiver, c’était un peu la panne sèche, je ne savais pas trop quoi mettre dans mes plats puisqu’il n’y avait plus de plantes. J’ai essayé les épices sous toutes leurs formes et là, j’ai trouvé qu’à la différence du poivre, cela avait tendance à dénaturer le produit. C’est-à-dire qu’on amenait une dynamique de goût qui avait tendance à couvrir le goût et non à le réveiller. Alors, je suis allé voir du côté des poivres. J’ai commencé avec un deux trois poivres et maintenant j’en ai toute une collection, j’en ai plus d’une quarantaine !

Votre cuisine tire aussi sa force, son originalité, son inventivité de la manière dont vous mariez l’immariable ou tout au moins dont vous procédez à des alliances  pour le moins improbables. Ce sont les noces du terroir normand et de la région sud-ouest. C’est le mariage du Japon et des fonds marins normands. Les noces de l’Orient et de l’Occident. Que cherchez-vous à exprimer à travers ces alliances singulières ?

Je cherche à montrer que finalement, il n’y a pas un terroir meilleur qu’un autre. Ce que j’essaye d’exprimer dans ma cuisine c’est que la planète est un véritable vivier de produits de qualités et que n’importe où dans le monde, vous allez trouver de beaux produits, des recettes et des savoir-faire qui vont mettre en avant ces produits. Aujourd’hui, je suis en Normandie, je travaille des produits normands mais je ne me verrais pas faire une cuisine normande. J’ai envie de montrer que ma cuisine peut être réalisée avec des produits normands mais peut avoir une note totalement mondialiste, cosmopolite, ouverte sur toutes les influences.

Vous utilisez souvent une terminologie affective. Vous parlez de fusion, d’osmose. Vous avez le vocabulaire d’un passionné, d’un affectif, comme si vous entreteniez un rapport fusionnel à la nature, aux plantes ! C’est sans doute pour cette raison que votre cuisine est si attachante, si inoubliable…

Je ne suis pas un grand technicien et je l’assume. Je n’ai pas non plus le col Meilleur Ouvrier de France et je ne l’aurais jamais, je suis plus dans la poésie et le sens du goût. Je suis un amoureux du palais…

En tant que chef, vous êtes très attentif à l’anti-gaspillage, à l’écologie. Vous vous définissez comme un cuisinier-jardinier. Vous sélectionnez attentivement vos partenaires locaux pour la viande, les légumes, les fruits, les poissons. Vous avez même deux ruches sur les toits des « Cures Marines ». C’est votre philosophie, la préoccupation écologique ?

Je suis né dans un petit village, en pleine campagne et j’avoue que depuis toujours j’ai un attachement viscéral à la nature. Je ne devrais pas dire ça pour mes collègues parisiens mais je n’ai jamais voulu travailler sur Paris parce que j’ai besoin de la nature, je ne me sens pas à ma place sur le bitume. Il y a deux jours, je suis allé voir un nouveau maraicher à côté d’ici, j’ai passé une journée extraordinaire en sa compagnie. Il m’a rappelé le lendemain en me confiant gentiment : « Je n’aimerais travailler qu’avec des Chefs comme toi ! ». Je suis un homme du terroir, je suis attaché à la nature, aux hommes, aux pécheurs que je rencontre à chaque fois. Vous voyez ce qui se passe en ce moment en Amazonie, eh bien le soir je pleure devant les infos en voyant le feu détruire la nature. C’est plus fort que moi…

 Contrairement aux autres chefs, vous n’avez pas de «  plat signature ». Pourquoi ? Est-ce comme le disait Pierre Gagnaire « que la technique ne doit jamais prendre le pas sur l’émotion ». Pas de plat figé mais de l’inédit, du rêve en permanence ?

Quand on a un « plat signature », on le retrouve tout le temps sur la carte. Or un produit évolue en fonction des saisons, des terroirs, des régions. J’ai du mal à croire à l’aspect figé d’une recette. Par exemple, un poisson comme le Bar évolue en fonction des saisons. En période de reproduction, il va être beaucoup plus gras. Ce produit évolue et je considère que mes recettes évoluent de la même manière. C’est la nature qui me dicte mes recettes, non l’inverse. Et donc ma signature, c’est de ne pas en avoir…   

L’hôtel « Les  Cures Marines » à Trouville est un hommage à ce qui fut le plus grand Casino d’Europe (et thalassothérapie) inauguré en 1912 à la Belle Epoque. Le groupe Accor, qui en est le propriétaire, a souhaité redonner tout son faste, sa grandeur d’antan à ce lieu célèbre à l’époque pour ses fameux bains de mer. La ville de Trouville est-elle redevenue, grâce aux « Cures Marines » et à son sublime restaurant gastronomique « 1912 », la cité balnéaire emblématique de la Côte Normande qu’elle fut jadis ? Aviez-vous pour ambition de faire revivre la Belle Epoque ?

Trouville a longtemps été victime de la « concurrence » de Deauville. Il est vrai que depuis toujours Deauville a été « the place to be ». Aujourd’hui, les choses sont en train de changer. Trouville commence à attirer de plus en plus de monde parce qu’elle a ce côté décomplexé, familial. Certains même préfèrent Trouville à Deauville. Sans compter qu’à l’hôtel cinq étoiles « Les Cures Marines », nous sommes l’une des thalassothérapies les mieux notées de France. La particularité de notre hôtel c’est de ne pas être un site de thalassothérapie. Nous sommes avant tout un hôtel et la thalassothérapie est une option chez nous. C’est vrai enfin que grâce au Groupe Accor qui a réussi son pari, « Les Cures Marines » ont retrouvé aussi leur lustre d’antan. Les lieux sont fastueux et les équipements ultra-moderne. Enfin le restaurant « 1912 » nous attire une très belle clientèle.

Le Gault et Millau vient de vous décerner 3 Toques et une note de 15. C’est plus que prometteur. A quand la 2nde étoile au Michelin ? Est-ce possible au sein d’un centre de thalassothérapie ?

 Gault & Millau m’a toujours suivi et cela fait longtemps que j’ai 3 toques. Ils me les ont redonnées ici, au « 1912 » et c’est très bien. Pour ce qui est de la deuxième étoile au Michelin, c’est une ambition à la fois personnelle (un objectif assumé !) et affichée de la maison. Le Groupe Accor espérait 1 étoile et on se rend compte qu’on pourrait peut-être aller en chercher une deuxième… J’avoue qu’on serait plus qu’heureux de l’obtenir…

Cette reconnaissance vous importe ?

Oui, parce que je ne suis pas issue d’une famille de restaurateurs. Mon histoire, je me la suis créée tout seul. Bien souvent, certains chefs qui ont hérité de maisons familiales ont tendance à dire qu’ils ne veulent plus participer à cette course aux étoiles mais dans mon cas c’est différent. D’abord, j’ai envie de me prouver à moi-même que j’en suis capable. C’est comme un diplôme ! Je compare souvent les cuisiniers à des sportifs. Une étoile c’est comme une médaille de bronze aux Jeux Olympiques… et l’Or, ce serait les trois étoiles ! Et puis j’aime cette pression, cela me permet de me lever le matin et d’avoir envie chaque jour de me dépasser, de me surpasser, de ne jamais me reposer sur mes acquis. Je suis toujours en quête de recette nouvelle. A ce propos, nous changeons notre carte à chaque saison. Là, à la mi-septembre, j’ai réalisé la carte d’automne.

Avez-vous d’autres projets concernant « Les Cures Marines » ?

L’année prochaine, nous allons ouvrir une boutique de vente de produits à emporter. Ce seront des produits labellisés « Cures Marines », des produits du restaurant. Nous allons vendre toute les huiles parfumées que nous réalisons dans les cuisines du restaurant, nous allons  vendre des poivres, des confitures, des chutneys, des cookies, des madeleines etc., nous allons développer plusieurs gammes.

Quel est votre meilleur souvenir gastronomique ?

Incontestablement, le plat qui m’a le plus marqué dans mon histoire de cuisinier, c’est le gargouillou de  jeunes légumes de Michel Bras. Ce plat lui a valu d’avoir les trois étoiles dans les années 80. C’est la première véritable assiette de légumes qu’un restaurateur a fait, qui a été dupliquée ensuite à l’infini. Et c’est enfin le plat qui a été le plus copié dans le monde. La première fois que je l’ai savouré, mes poils se sont dressés sur mes avant-bras et ça a été une émotion inégalée, incomparable. Je n’ai jamais retrouvé cette sensation… Je regardais l’assiette et c’est comme si le temps s’arrêtait et que j’assistais, médusé au chant chatoyant, à la mélodie des légumes… En une architectonique qui relevait de la magie, dans l’assiette s’ébattaient des légumes, des fleurs et des herbes de toute beauté. La cuisson des légumes était tellement juste, l’harmonie des couleurs, des reliefs tellement parfaite. J’avais devant moi la perfection. Michel Bras était au sommet de son art. Cela a été une révélation pour moi. J’ai compris alors l’univers que j’allais choisir dans le métier. Ce plat a fait plus que m’influencer, il a déterminé ma vie. Aujourd’hui, je rêve d’arriver à une telle perfection. En tant que cuisinier, il me semble que c’est à mon âge qu’on est certainement le meilleur. Disons dans cette tranche d’âge… 0n a l’expérience, la technique et le côté poétique. On reste encore assez jeune pour avoir ce coté fougueux et enthousiaste. On a le feu ardent…

Pour finir, vous qui créez en permanence du rêve, quel invité célèbre vous ferait à votre tour rêver pour un dîner à deux ?

J’aimerais bien dîner avec Pierre Gagnaire, si c’était un chef (pour moi, c’est un génie absolu…) Avec Michel Onfray, si c’était un intellectuel (ses écrits sur la cuisine sont magnifiques…) Avec Nathalie Portman, si c’était une actrice, parce que c’est une jolie femme et qu’elle a du charisme. Et avec Barack Obama, si c’était un homme politique (j’aurais tant aimé le rencontrer en tant que Président, j’apprécie son style.)

,  

0

Les bonbons de Laurence Jenkell illuminent l’avenue George V

La sculptrice française Laurence Jenkell

Célébrée partout dans le monde (Dubaï, Miami, New-York, Monaco, Hong Kong, Séoul etc. ) pour ses sucreries en plexiglas, Bonbon-drapeau ou Wrapping, l’artiste française Laurence Jenkell est en passe de devenir aux Etats-Unis aussi célèbre que Jeff Koons. Pour ne citer que New York, c’est tantôt une exposition en plein air sur Madison Avenue, tantôt un parcours d’art au Port Authority Bus Terminal (la plus grande gare routière au monde avec ses 70 millions de passagers par an.) Les Américains l’adorent et c’est justice car ses berlingots appétissants, ludiques, aux couleurs franches, pop, bariolées ou acidulées, ces papillotes éclatantes qui décorent les rues de New York, font le bonheur des passants. Leur glacis coloré, léger et joyeux donne pour ainsi dire l’eau à la bouche, suscitant en nous une envie régressive de succion. Grâce aux sculptures Bonbon de Laurence Jenkell, c’est toute la société qui retombe en enfance. Et c’est merveille… Car ces sculptures ludiques, source de douceur, de tendresse et de réconfort, nous font du bien. Véritables madeleines de Proust, accélérateurs de mémoire, capteurs d’éternité, les Bonbons de Laurence Jenkell déclenchent à notre insu les mécanismes de la mémoire involontaire. A les contempler, émergent en nous la fraîcheur de souvenirs d’enfance oubliés, de fous-rires entre camarades, tous ces moments joyeux et insouciants où le pur bonheur de la dégustation d’une confiserie sucrée suffisait à nous combler. Le charme opère. Le passé refleurit dans le présent, Laurence Jenkell vient de donner vie aux bonbons et c’est tout simplement délicieux… Sans doute est-ce pour cette raison que cette artiste qui vit et travaille à Vallauris (dans les Alpes-Maritimes) rencontre un tel succès : ses bonbons représentent un peu de douceur dans un monde de brutes… Ils font plaisir à voir, parlent et plaisent à tous et à chacun, jeunes ou moins jeunes, sont universels et intemporels. Ils ont l’art de nous replonger dans le monde enchanté de l’enfance. Tant et si bien, qu’à l’avenir, on ne pourra plus voir un bonbon sans penser à Laurence Jenkell…

Bonbon de Laurence Jenkell devant Vuitton

Bonbons de Laurence Jenkell devant Vuitton

L’art est une fête

Ces sculptures Bonbons, les parisiens et autres visiteurs du monde entier pourront les admirer sur toute l’avenue George V (Paris 8ème). Dans ce lieu mythique de Paris, proche des Champs-Elysées, qui accueille du mardi 14 octobre au vendredi 15 novembre 2019 pas moins de 60 œuvres d’artistes contemporains connus et reconnus pour une exposition monumentale et gratuite sur 2 kilomètres. Plus besoin de musée, le beau se tient dehors, à portée de main. Bien sûr, on pourra contempler les oeuvres de Laurence Jenkell devant le magnifique hôtel Prince de Galles où a eu lieu le vernissage de l’exposition le mardi 14 octobre avec ses prestigieux invités, mais aussi devant l’enseigne Vuitton ou Elie Saab. Mais ce n’est pas tout… L’enchantement poétique continue au cours de notre flânerie sur l’avenue George V. On croise des oeuvres de l’icône américaine de la sculpture hyperréaliste, Carole A. Feuerman, qui nous donne à apercevoir des corps plus réels que nature. Elle renouvelle notre vision du monde et nous révèle ce que nous ne voyons plus : la réalité vivante. Avec son style inimitable, elle campe la silhouette adorable d’une jeune nageuse enlaçant un ballon aux couleurs chatoyantes. Là aussi, on retrouve la perfection de la jeunesse, sa douce insouciance, son abandon ravissant. Pure beauté. Sous le soir rosé qui tombe sur l’écrin de verdure de l’avenue George V, c’est un peu de rêve qui nous est donné. Plus loin, on découvre une superbe danseuse de Carole A. Feuerman devant Bulgari. Ou encore un nageur à bonnet de bain doré ornant l’incontournable Fouquet’s. Paradent en bas de l’avenue des bustes en « portrait optique » du peintre et sculpteur Marcos Marin comme sa célèbre sculpture à l’effigie de Neymar ou encore des œuvres de la photographe Charlotte Mano. L’art sort du musée, il sort dans la rue pour notre plus grand plaisir. Accessible à tous, il se laisse appréhender lors d’une promenade en plein air, à ciel ouvert, sous une étoile, un clair de lune ou en plein jour dans notre capitale dédiée à l’Art. Après un peu de douceur, voilà enfin une source infinie de beauté dans un monde que l’on voudrait plein de grâce…

A ne pas manquer…

Sculpture de Carole A. Feuerman

Le
Marcos Marin devant son buste de Neymar

Les danseurs de Carole A. Feuerman

Nageur de Carole A. Feuerman devant le Fouquet’s

Pose du voiturier devant le magnifique Hôtel Prince de Galles en compagnie du Bonbon de Laurence Jenkell

0

Caterina Murino

« De voir les autres souffrir me fait souffrir »

Caterina Murino

Caterina Murino, c’est Vénus et Mère Teresa à la fois. Un grand cœur dans un corps de rêve. Un pur concentré d’amour de l’humanité dans un superbe écrin. Celle qui rêvait d’être médecin pour « sauver les autres » a fait carrière au cinéma. Sur le tapis rouge, la James Bong girl, la bombe explosive de « Casino Royale » qui fait chavirer le cœur des spectateurs, n’en oublie pas pour autant ses premières amours : aider les autres. Servir son prochain. Mettre sa notoriété au service des plus démunis. Elle met aussi son intelligence de la vie, sa bienveillance à faire connaître et promouvoir les artisans joaillers de son beau pays, la Sardaigne, afin de préserver l’art de la filigrane, ce savoir-faire incomparable sarde. Elle est encore, cette femme au cœur d’or qui s’implique dans des combats humanitaires en tant qu’ambassadrice de l’AMREF (qui aide à la formation des sages-femmes en Afrique), qui milite pour aider la Recherche contre le cancer, qui crée de magnifiques bijoux dont les bénéfices serviront à réduire la mortalité maternelle en Afrique. « C’est la Sardaigne qui aide un peu l’Afrique » commente-t-elle joliment. Depuis toujours, la belle sarde cherche à apporter sa contribution en faisant du bien à l’humanité. Comme si elle vivait pour tenter d’endiguer la souffrance humaine, pour atténuer les malheurs du monde. On l’aura compris, Caterina Murino a le cœur pur. Généreux. Transparent. C’est d’ailleurs le titre de son prochain film, qui sortira en salle le 16 mai 2018 « Et mon cœur transparent ». Un superbe thriller, à ne manquer sous aucun prétexte ! Actuellement, Caterina Murino est en tournée théâtrale à Rome et dans le Nord de l’Italie dans une magnifique pièce écrite et mise en scène par Giancarlo Marinelli « L’idea di ucciderti » (« L’idée de te tuer »).

Conversation avec une femme merveilleuse

Le 16 mai 2018, sortira au cinéma un sublime thriller psychologique réalisé par David et Raphaël Vital-Durand « Et mon cœur transparent ». Dedans, vous incarnez le rôle d’Irina. C’est l’histoire d’un mari qui découvre la vérité sur son épouse alors qu’elle vient de mourir. Pourquoi Irina est-elle victime d’un accident de voiture au volant d’une voiture inconnue alors qu’il venait lui-même de l’accompagner à l’aéroport ? Il mène l’enquête et découvre la face cachée de son épouse. Dans un couple, peut-on être transparent l’un pour l’autre ?

Dans ma vie, surtout au début d’une relation, je me vois toujours comme un verre d’eau sans bulles ! Une eau transparente… C’est ma façon de vivre. Peut-être ne devrais-je pas le dire, mais c’est plus fort que moi, je suis incapable de dissimuler. Dans mon couple, si je commence à cacher quelque chose, cela signifie que c’est le début de la fin. Je veux protéger ceux qui sont auprès de moi. Même si ce n’est ni très intelligent, ni très mystérieux, ni très sexy, c’est compliqué pour moi de cacher les choses à mon homme. Après, bien sûr, cela dépend comment on mène sa vie. Irina, dans le film, est une femme qui aime profondément son mari. Elle décide le jour de sa mort de changer de vie. Mais c’est trop tard. Alors qu’elle était prête à raconter à son époux sa double vie, une vie très particulière, une vie en trompe-l’œil, malheureusement le pire arrive…

Votre rêve, c’est d’être « transparente » dans l’amour…

Exactement. Je me sens en accord avec ce titre magnifique « Et mon cœur transparent » qui fait écho à une phrase de Verlaine (tiré du poème « Mon rêve familier ») « Car elle me comprend, et mon cœur transparent. Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème »). J’ai le « cœur transparent » pour mon conjoint… Du coup, c’est particulièrement amusant et piquant de jouer un rôle de femme insaisissable, double, à facettes, car dans la vie je suis très loin de lui ressembler…

Donc, c’est un rôle de composition ?

Absolument. Même si, parfois, je partage la philosophie d’Irina. Son combat, sa lutte, son militantisme. Mais je ne veux pas dévoiler l’histoire, juste dire que ce film incroyable est riche en rebondissements, en revirements de situation.

Pensez-vous que la grâce de l’amour est de rendre le cœur transparent ? Ou l’amour, forcément opaque, masque-t-il la vérité des êtres ?

On doit avoir confiance en l’amour… Si l’on masque quelque chose, cela veut dire que l’on n’a pas confiance dans le pouvoir de l’amour. On a peur que l’être aimé nous cache quelque chose. On a peur que l’être aimé nous juge, donc on cache, on se cache et on ne sera jamais pleinement soi-même. Je me souviens d’un de mes ex qui vivait quelque chose de très douloureux dans sa famille. Le premier jour de notre rencontre, nous avions échangé notre premier baiser. Dès le lendemain, il m’a confié avec émotion : « il faut que je t’avoue quelque chose ». C’était plus fort que lui, il devait me révéler un secret sur sa famille. Lui n’était pas « concerné » personnellement, mais pour lui ce n’était pas possible de commencer une relation sans être transparent l’un à l’autre. J’ai trouvé cet aveu loyal, émouvant. Nous partions sur de belles bases…

Dans son excellent roman « Une affaire conjugale », Eliette Abécassis écrit à propos du couple : « Pour bien faire les choses, il faudrait commencer par divorcer ». Ne pensez-vous pas que c’est dans les épreuves qu’on connait réellement les gens ?

Je suis d’accord. Je n’irais pas jusqu’à souhaiter un divorce parce que cela ne sert à rien et que je trouve cela vraiment dommage mais c’est sûrement dans les épreuves que l’on découvre la personne telle quelle est. Au quotidien, on peut se disputer sans comprendre l’autre pour les petites chamailleries ou les petites tracasseries de la vie. A la limite, là, si l’autre n’est pas à la hauteur, ce n’est pas bien grave. Mais lorsqu’il y a une véritable épreuve, des malheurs ou des difficultés à surmonter, là on réalise vraiment si celui avec qui on vit est à la hauteur. S’il assume sa place ou non. Ceux qui assurent royalement face à l’adversité, alors là chapeau ! Ces hommes-là, on sait que l’on peut compter sur eux…

Sans compter que dans un couple, on est toujours trois ! Il y aussi l’Inconscient de l’autre…

Oui, car on est le résultat d’une vie. La personne que l’on est aujourd’hui n’est rien d’autre que le fruit de son passé, de son histoire. De l’histoire de ses parents, de celle de ses ancêtres. On reçoit dans certains cas, à la naissance, des bagages « un peu pourris », si je peux me permettre, et il faut malgré tout, construire notre vie. Une autre vie.

Vous avez raison, le vrai couple commence lorsque celui-ci édifie sa propre vie, une vie nouvelle, et non quand il reproduit le vécu de ses parents…

Il faut avoir une énorme force de volonté pour construire quelque chose. On peut se dire « ok, je n’ai pas eu beaucoup de chance dans ma vie au départ, mais je suis capable de changer ce destin qui était déjà un peu marqué et de trouver autre chose pour moi. Maintenant, je fais les choses pour moi, et je vais changer mon destin. Il n’y a pas que les gens magnifiques, dont la vie est toute tracée, qui parviennent à réaliser leurs rêves.

C’est beau ce que vous dites. Il n’y a pas de fatalité si on fait montre de suffisamment de volonté…

Absolument. Je pense que chacun de nous, peut, avec énormément de volonté, écrire son destin. Il y a des cas extraordinaires dans l’Histoire, il suffit de s’inspirer d’eux.

Comment êtes-vous entrée dans l’âme, dans la peau d’Irina ? Vous êtes-vous préparée physiquement ? Avez-vous eu un coach pour vous aider ?

Non, pas pour ce rôle. Pour la série « Deep », j’avais eu un coach physique. Je devenais une championne d’apnée, et là, c’était une préparation incroyable. Pendant un mois et demi, six heures d’entrainement tous les jours ! C’était de l’intensif ! Pour « Et mon cœur transparent », bien sûr, j’ai étudié le rôle. J’ai plongé dans ce rôle en m’intéressant à la cause qui tient à cœur à Irina. Ce fut une immersion totale pour tenter de comprendre ses motivations. J’ai aussi essayé de trouver différents angles pour séduire un homme totalement pur, afin qu’il puisse tomber amoureux d’une femme aussi extravagante.

Dans tous vos films, vous êtes merveilleusement vivante, vraie, criante de vérité, et émouvante. C’est le propre des grandes actrices. Pensez-vous que les femmes s’identifient à vous ?

J’aimerais bien qu’elles s’identifient à moi ! Surtout pour le combat que porte Irina. C’est tellement convaincant son personnage.

Trouvez-vous que les deux réalisateurs, David et Raphaël Vital-Durand, ont su magnifier la femme que vous êtes dans « Et mon cœur transparent » ?

Une fois le film fini, j’ai visionné les rushes. Lorsque j’ai vu « Et mon cœur transparent » en projection, j’ai été étonné. J’avais l’impression de ne pas avoir tourné ce film-là ! Il était totalement différent. C’était une œuvre accomplie, un pur joyau, un vrai bijou éblouissant, parce qu’il y avait un vrai parti pris, une vraie direction de la part des metteurs en scènes. A partir du scénario, ils ont su créer un monde fantastique, extraordinaire. Donc, chapeau aux deux metteurs en scène parce que ce n’était pas évident ! Transformer une histoire non pas anodine certes mais relativement ordinaire au point d’en faire un tel petit bijou extraordinaire, là c’est vraiment unique. Le film est unique. Il y a eu un vrai choix de la part des deux réalisateurs. Ils ont eu des idées géniales !

Parlons maintenant de votre cœur à vous… Pour qui bat-il ? J’ai lu quelque part que vous aimiez les hommes prévenants et mâtures. Quel est votre genre d’homme ?

C’est mon homme ! Un homme drôle, séduisant, intelligent ! Quelqu’un sur qui je peux poser ma tête sur son épaule…

Eva Green, Daniel Craig et Caterina Murino dans le film « Casino Royale »

Vous êtes très belle et célèbre, comment gérez-vous le désir que vous suscitez ?

Je me vois quotidiennement, donc je ne me reconnais pas dans ce que vous dites… Je ne sais pas… Je ne me préoccupe pas de tout cela…

En ce moment, on parle énormément de « l’affaire Weinstein ». Avez-vous été victime d’agression, ennuyée ou harcelée par des hommes de pouvoir ? Par des producteurs ou des réalisateurs ? Par exemple, un chantage au rôle…

Jamais, heureusement. Depuis vingt ans que je fais des films, je n’ai jamais connu ce type d’agression. J’ai même rencontré Harvey Weinstein lorsque j’avais 20 ans. Il est venu dans ma chambre d’hôtel avec une autre personne. Il m’attendait pendant que je me préparais, il n’a pas cherché à m’agresser. On a fini à quatre heures du matin ensemble en mangeant des hamburgers. Je n’ai pas eu de problème avec lui… Dans ma vie, on m’a fait des avances, mais elles ne venaient pas forcément des producteurs, mais des hommes en général. A chaque fois, c’était de la séduction, jamais personne n’a cherché à m’imposer son désir. J’ai travaillé à la télé, j’ai été danseuse à la télé, j’ai travaillé à la télé en tant qu’actrice, j’ai travaillé pour le théâtre, j’ai été mannequin. Une fois, à la télé italienne, j’ai remarqué que le producteur essayait de temps en temps avec les autres actrices. Mais jamais avec moi !

Tant mieux, vous êtes chanceuse !

Oui !

Vous attachez-vous facilement ?

Très jeune, je m’attachais assez vite. Maintenant, je ne m’attache plus aussi vite ! Au moment d’une rencontre, il y a beaucoup de choses qui se passent dans ma tête ! Mais après, quand c’est parti, c’est parti !

Etes-vous romantique ?

Oui, et j’ai trouvé un homme qui est merveilleusement romantique aussi. Alors c’est parfait !

En parlant de votre compagnon, le 7 octobre 2017, vous avez inauguré la suite Michèle Morgan du palace cannois « Le Majestic » du groupe Barrière, en présence d’un ami, Edouard Rigaud. Est-ce indiscret de vous demander si vous êtes amoureuse ?!

Très !

Alors je repose ma question différemment ! Qu’est-ce qu’il faut faire ou être pour vous rendre amoureuse ?

Dans l‘amour, Il y a des choses que l’on ne peut pas rationnaliser. Quand on rencontre l’âme sœur, il se passe quelque chose d’insaisissable, d’incompréhensible, qui échappe à la raison. C’est le mystère et la grâce de l’amour. C’est une attraction physique contre laquelle on ne peut pas lutter. Le cerveau est en ébullition…

Vous aimez les bijoux. Vous avez été le visage de la maison Chaumet, vous avez représenté les marques De Grisogono et Maubussin. Vous-même créez de magnifiques bijoux d’inspiration sarde. Depuis toujours, vous vous battez pour préserver l’artisanat sarde, pour promouvoir l’art de la filigrane (l’or torsadé), ce savoir-faire traditionnel dont les sardes ont le secret. Dans vos superbes collections, vous valorisez aussi le corail sarde, cet or rouge qui fait merveille sur un collier, un pendentif ou des boucles d’oreille. Où peut-on acheter vos sublimes créations ?

On peut les découvrir et les acheter à la Galerie Elsa Vanier, au 7 rue de l’Odéon, 75006 Paris. Les bijoux et toutes les nouvelles collections sont présentés là en permanence.

Caterina Murino en Dolce & Gabbana au festival de Venise

En matière de haute-couture, qui sont vos créateurs préférés ?

C’est indiscutablement Dolce & Gabbana. Depuis très longtemps, ils m’habillent. Je leur reste fidèle. Ce sont des créateurs incroyables. Ils n’ont pas leur pareil pour sublimer la femme. Je suis une véritable addict de Dolce & Gabbana. Toutes les robes que j’arbore pour le festival de Venise sont de Dolce & Gabbana.

Quels produits de beauté utilisez-vous pour prendre soin de votre peau ?

J’utilise des produits de beauté qui viennent de la Sardaigne, les produits « Soha », des cosmétiques que l’on peut trouver en parapharmacie. La Sardaigne est connue pour abriter le nombre le plus élevé de centenaires au monde. Quel est le secret de la longévité de ses habitants ? On raconte que c’est grâce au vin Cannonau. C’est un raisin qui a 4% de polyphénols en plus que les autres raisins. Il aiderait à la longévité des hommes et des femmes sardes. « Soha Sardinia » utilisent ces raisins et font des crèmes de beauté à base de ces raisins. Donc, j’utilise ça !

Qu’est-ce que la beauté, pour vous ?

C’est un truc très banal ! Bien sûr, c’est un cadeau du ciel. Mais une jolie plante, ça ne sert pas à grand-chose ! Je pense que la beauté vient surtout de l’intérieur. Les jolies plantes, il y en a plein le monde, mais les êtres qui dégagent quelque chose, un peu moins…

Et vous, qu’est-ce qui vous rend belle ?

D’arroser la plante intérieure ! Il faut travailler sur l’intériorité et non sur la surface. Sinon, bien sûr, l’amour me rend belle !!

Avez-vous un rituel beauté, des produits fétiches que vous emportez partout dans vos déplacements ?

Par le passé, j’avais, pour les yeux, un crayon gris-noir sublime avec des paillettes incorporées de chez Dolce & Gabbana. Je l’adorais mais malheureusement, ils ne le font plus. Lorsque je rencontre un maquilleur de chez Dolce & Gabbana, il m’en donne parfois deux ou trois parce qu’il sait que la gamme est terminée. Ces crayons sont très précieux pour moi ! Mon seul rituel beauté c’est de me démaquiller quotidiennement, avec application, même si je ne me suis pas maquillée le matin, afin d’enlever toutes les impuretés de la journée.

Pratiquez-vous un sport pour avoir un corps de rêve comme le vôtre ?

Oui, j’adore courir ! Je fais du jogging avec mes voisins le lundi, le mercredi et le vendredi sur la butte Montmartre, à 7heures et demi du matin.

Pratiquez-vous la natation ? J’imagine que oui puisque vous avez tourné dernièrement dans la minisérie « Deep » diffusée sur studio+, une série digitale que l’on peut suivre sur les tablettes et smartphones. Quel souvenir gardez-vous de ce tournage ?

Un souvenir fabuleux ! C’est un film extraordinaire qui raconte quelque chose qui, je pense, n’a jamais été exploité au cinéma, l’amour entre des jumeaux. L’un des frères jumeaux meurt. C’est un champion d’apnée. Donc, le premier épisode, mon frère meurt pendant les championnats du monde et moi, j’ai l’impression de devenir complètement folle. Du coup, je décide de devenir une championne de plongée en apnée. Mais à chaque fois que je plonge, j’ai une surprise au milieu de la mer. C’est un film troublant, avec un immense amour. Qu’est-ce que cela veut dire quand deux jumeaux ont grandi ensemble, et que l’un d’eux meurt ? C’est comme s’il y avait une partie de soi qui n’existait plus… L’héroïne va aller chercher cette partie d’elle-même qui lui manque le plus, en cherchant à travers la plongée, son frère défunt. C’est vraiment un film extraordinaire. Cela a été un magnifique bonheur et une immense douleur aussi de le tourner. Parce que je ne savais pas nager… Donc, j’ai menti, tout au début, quand j’ai rencontré le producteur et le metteur en scène en leur disant que je savais nager. Je voulais tellement ce rôle qu’en un mois, j’ai appris à nager, à plonger, l’apnée, toute la discipline extraordinaire et dangereuse qu’il faut pour faire ce métier. A côté de Pierre Frolla, le champion du monde d’apnée, qui a été mon guide, mon frère. Cela été un voyage extraordinaire…

Vous êtes aussi une femme de cœur. Une femme généreuse qui s’épanouit dans le don et l’altruisme. Depuis toujours, vous faites beaucoup pour les autres. Les autres, c’est votre vraie passion. Vous soutenez les malades, les gens défavorisés, les femmes africaines etc… Le 24 février 2017, à Monaco, en partenariat avec la Fondation Princesse Charlène, en tant qu’ambassadrice de l’AMREF (Association pour la Médecine et la Recherche en Afrique), vous avez aidé la princesse Charlène à soulever des fonds pour le projet Kilifi. Etes-vous parvenu à en réunir énormément ?

C’était l’AMREF Monaco en partenariat avec la Fondation de la princesse Charlène, pour aider les enfants africain à apprendre à nager. Sauver des vies en luttant contre les noyades. En Afrique, on recense énormément de noyades parce que les enfants ne savent pas nager. Il faut donc leur enseigner les mesures de prévention et leur apprendre à nager. Oui, à cette soirée, nous avons récolté énormément d’argent.

Pierre Frolla, Princesse Charlène de Monaco et Caterina Murino

Comment est la princesse Charlène ?

Elle est adorable, généreuse. C’était vraiment une très jolie rencontre. A cette soirée, j’étais assisse à côté de Pierre Frolla, le recordman du monde de plongée en apnée. Pierre Frolla est devenu l’ambassadeur de la fondation Princesse Charlène. Il se consacre à l’enseignement de sa passion et à l’apprentissage de la natation.

En octobre dernier, vous renouvelez l’expérience avec une soirée caritative pour la Fondation Arc, pour la lutte contre le cancer du sein. Cette fois, les deux maîtresses de cérémonie sont Marie Drucker et vous. Ce soir-là, vous interpellez magnifiquement les 130 convives, avec ces mots bouleversants : « Ma mère a eu un cancer du sein, mon père un cancer de la prostate. Dieu merci, ils s’en sont sortis. Je vous demande juste de vous faire un cadeau : faites-vous dépister le plus tôt possible ». Pensez-vous que la lutte contre le cancer est une lutte contre la montre ?

Je redis exactement ce que j’ai dit. Ma première belle-sœur est morte à 40 ans d’un cancer du sein, en laissant un enfant de huit mois, et un de quatre ans. Elle était très jeune, elle n’a pas songé à se faire dépister. Cela a été très douloureux pour moi. Avec ma mère puis mon père, on a revécu la même expérience, mais grâce au dépistage, on a pu arrêter à temps l’évolution de la maladie. Je demande et je n’arrêterais jamais de demander d’aider la Recherche, parce que j’ai vu déjà qu’en très peu de temps la Recherche avait fait des pas de géant. Il faut aider la Recherche pas seulement avec des fonds mais surtout avec des campagnes de dépistage. Il faut absolument se faire dépister. Certaines femmes disent que cela leur fait mal de faire une mammographie, je leur réponds que cet examen douloureux qui dure 40 secondes, peut leur sauver la vie et leur éviter la chimiothérapie, la radiothérapie et les opérations. Il faut être sensé et se faire dépister le plus vite possible. Aidons la Recherche et aidons-nous nous-mêmes ! C’est que j’ai compris à travers toutes ces épreuves que la vie m’a données. Quand j’ai su que ma mère était malade, je me suis dit que je n’allais pas m’en sortir… C’était trop douloureux… C’était tellement insurmontable… Je ne savais pas comment j’allais trouver la force pour lutter contre ça… Et quand j’ai su que ma mère n’avait « que » le cancer du sein, qu’il n’y avait pas de métastases, que les autres organes n’avaient pas été touchés, j’ai commencé à relativiser. Je me suis dit, je pense que je peux y arriver. Je vais faire face et trouver en moi la force, grâce à ma famille, pour affronter tout ça et venir à bout de ce mal. Il faut comprendre que la vie nous donne des épreuves, des croix…

Est-ce pour cette raison, qu’aujourd’hui, vous voulez sauver les gens ?

Moi, c’était mon rêve, comme vous le savez, de devenir médecin… Même petite, je voulais déjà sauver les autres ! Mon chéri m’a dit l’autre jour : « Mais arrête, tu ne peux pas sauver tout le monde ! »

Mais c’est magnifique ! C’est tellement rare cette générosité !

Cela me détruit réellement de voir les autres malheureux. Je ressens une douleur intérieure très forte. Je pleure. Quand je vois quelqu’un d’autre souffrir, je souffre…

C’est tout à votre honneur ! Vous avez une belle âme !

Je ne sais pas, mais cela me rend malheureuse…

En même temps, ce combat vous rend heureuse… Sauver, partager, donner. Redistribuer aussi parce que vous avez beaucoup reçu de la vie…

C’est ça…

Pour vous, sauver c’est aimer ?

En fait, je rêve d’un monde idyllique. Un monde où les êtres ne souffrent pas, un monde avec plus de joie… Un monde sans malheurs…

Pour finir, on dit que vous êtes pressentie pour incarner dans le biopic consacré à Ingrid Betancourt, le rôle de l’ex-otage des Farc. Est-ce que ce projet de film va bientôt voir le jour ?

Le film sur Ingrid Betancourt est toujours en quête de financement. J’espère qu’il verra le jour prochainement. C’est une femme tellement complexe et intéressante…

Tournée théâtrale en Italie du 27 février à la fin mars



A voir absolument à Noël et en 2019

Caterina Murino nous fait rêver…

Du 30 novembre à la fin janvier, à la Maison Goralska Joaillerie, au 12 rue de la Paix, à Paris, venez découvrir les magnifiques créations signées Caterina Murino, des pièces uniques en filigrane (l’or torsadé), une collection de bijoux de toute beauté d’inspiration sarde. Pour chaque bague vendue « Fili di Vento », 25 euros seront reversés à L’AMREF, et à sa campagne « Stand up for African Mother’s » association, dont Caterina Murino est la marraine, et qui vise à la formation des sages-femmes dans les pays d’Afrique. Le Beau et le Bon…

0

L’Enchanteur du Bristol

Eric Frechon, le Chef triplement étoilé du Bristol

Sa cuisine est époustouflante. Il est l’un des meilleurs cuisiniers au monde. Un modèle pour tous et une source d’inspiration pour les chefs de la jeune génération. Pénétrer dans l’univers gastronomique d’Eric Frechon, c’est s’embarquer pour Cythère. On ne touche plus terre, catapulté jusqu’aux étoiles par l’échelle aromatique, l’alchimie des flaveurs inédites, les sapidités inimitables de ce génie de la cuisine. On adore sa poularde de Bresse transfigurée par un bouquet d’écrevisses, comme des roses pimpantes de la mer qui piqueraient au vif une volaille bien terrestre. On s’enthousiasme pour ses sublimes macaronis farcis, truffe noire, artichaut et foie gras, gratinés au vieux parmesan. On pleure de plaisir devant ce mémorable rouget de roche, émouvant comme un tableau, avalé par une fleur de courgette et farci d’un caviar d’aubergine… A la table 3 étoiles d’Epicure, le corps tout entier est convié au plaisir. Même le cerveau est à la fête. En bouche, on va de surprise en surprise, le palais vibre, s’émerveille au contact de saveurs inoubliables, de tendres textures, et de parfums rares comme si l’excellence d’un plat avait le pouvoir d’affiner nos sensations. De les décupler, de les révéler. C’est la richesse de l’aliment qui en nous donnant son goût « ouvre en nous une nouvelle bouche », une deuxième langue, affirme Michel Serres dans son essai « Les Cinq Sens », soulignant au passage qu’étymologiquement « l’homo sapiens » est l’homme qui sait goûter, qui a le palais délicat. Ce n’est donc pas un hasard, si tous les palais fins se pressent des quatre coins de la planète, pour savourer à la table d’Epicure, ce temple gourmand incontournable, la cuisine hautement poétique de ce magicien, ce maître qu’est Eric Frechon. Un festin de Frechon, c’est la félicité assurée. C’est fulgurance sur fulgurance. C’est tout simplement Eric Frechon…

Qu’est-ce qui a de l’importance pour vous dans la vie ?

Le plaisir, au sens large du terme.

Pour vous la cuisine, c’est le goût des autres ?

Non, c’est mon goût, que je partage !

Avez-vous un souvenir inoubliable en matière d’émotion gustative ?

Oui, les senteurs de la tarte aux pommes de ma maman… Sinon, je garde en mémoire un souvenir assez désagréable : la première fois que j’ai goûté du caviar. Autant maintenant, j’adore parce que c’est un mets que l’on apprend à déguster, c’est le fruit d’une éducation, autant la première fois, je n’ai pas aimé du tout.

Avez-vous déjà goûté chez vos confrères une recette sublime ?

Evidemment ! La première qui me vient à l’esprit, c’est une bécasse absolument incroyable de Ducasse, au Louis XV à Monaco. Ce souvenir remonte à une trentaine d’années.

Vous sentez vous à votre place, chez vous, dans une cuisine ?

Oui, je suis très à l’aise dans mes cuisines, parce que j’aime être en contact avec les jeunes, j’aime cette dynamique et cette passion.

Votre plus grand bonheur professionnel a-t-il été l’obtention du titre de Meilleur Ouvrier de France en 1993 ?

En fait, j’en ai eu deux : il y a d’abord eu le titre de Meilleur Ouvrier de France, un titre personnel puis l’obtention des trois étoiles, qui récompense toute une équipe.

Feuerbach affirmait « L’homme est ce qu’il mange ». Quel est votre rapport à la nourriture ?

Ce sont souvent les cordonniers les plus mal chaussés ! Nous, les cuisiniers, nous goûtons énormément de choses à longueur de journée mais nous avons du mal à faire de vrais repas assis. Donc, notre rapport à la nourriture n’est pas tout à fait normal !

Quelle a été votre plus belle rencontre dans le monde de la cuisine ?

Pour n’en citer qu’une, ce serait Paul Bocuse.

Poularde de Bresse en vessie

De quoi êtes-vous le plus fier ? De votre ascension fulgurante, d’avoir épinglé trois étoiles au firmament du restaurant Epicure ou d’avoir enchanté le palais de milliers de gastronomes ?

Incontestablement, d’avoir enchanté le palais de milliers de gastronomes !

Pensez-vous que l’estomac influe sur le cerveau ?

Lorsqu’on a faim, on éprouve une frustration, il suffit de combler cette faim pour ressentir aussitôt la satisfaction de la satiété, donc une forme de bien-être. Un estomac heureux, c’est un cerveau enclin à l’optimisme. Panse et penser vont de pair ! Ils sont indissociables. Les sensations gustatives réveillent, stimulent l’intellect. La nourriture enseigne des choses à l’homme et renseigne sur l’homme. C’est pour cette raison que ce rapport à la nourriture me semble si important. Brillat-Savarin d’ailleurs ne cessait de répéter : « Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es ».

Le restaurant Epicure

Vous êtes à la tête du restaurant du Bristol : Epicure, du nom du philosophe grec. On confond souvent l’épicurisme avec l’hédonisme, croyant qu’être épicurien, c’est ne songer qu’aux plaisirs, par exemple les plaisirs de la table avec tout ce que cela comporte d’excès. Or, c’est tout le contraire, l’épicurisme est un ascétisme. Dans sa correspondance à un ami, Epicure écrit : « Envoie-moi un petit pot de lait caillé afin que je fasse bombance » Pour Epicure, on peut éprouver un grand plaisir avec un ingrédient tout simple. Le Bristol prône-t-il la même tempérance ?

C’est même notre philosophie ! On peut travailler du caviar, qui est un produit assez noble mais on va lui donner un poireau grillé, qui est quelque chose de très terrien, de très basique dans la cuisine, et ce sera en légume unique. On ne travaille pas que des produits nobles. On fait du radis-beurre, on fait du hareng pommes à l’huile, des choses vraiment toutes simples. C’est à nous, après, de les mettre en scène pour les rendre trois étoiles. On privilégie une extrême simplicité, en préservant et sublimant la quintessence du produit.

Vous êtes un merveilleux dialecticien de la gastronomie. Vous réconciliez l’irréconciliable, vous mariez des saveurs incompatibles, des alliances improbables. Par exemple, beaucoup de vos plats, infiniment originaux, célèbrent les noces de la terre et de la mer comme le foie gras de canard aux huîtres, la poularde de Bresse cuite en vessie aux écrevisses et truffes, le ris de veau aux couteaux, le lapin au poulpe. Cherchez-vous à inventer de nouvelles correspondances entre les ingrédients ?

Je suis né en Normandie, entre terre et mer, cela se ressent dans ma cuisine. C’est vrai que cette dichotomie m’intéresse tout particulièrement parce que ces mélanges surprenants, ces alliages inédits permettent d’innover et de rendre les plats plus originaux. Effectivement, c’est un peu ma patte mais c’est aussi ça le trois étoiles, c’est arriver à marier des choses à priori incompatibles, en mélangeant des ingrédients que d’emblée personne n’aurait eu envie d’associer. La règle du trois étoiles est que pour chaque plat, quand on goûte ce plat, on doit s’en souvenir. Un trois étoiles, c’est un plat de mémoire… Les plats de mémoire passent par l’originalité des plats, par le mariage des goûts, par un visuel surprenant, par la magie d’une saveur inoubliable, par une émotion mémorable.

La poularde de Bresse cuite en vessie, c’est un hommage à « Monsieur Paul » ?

C’est plutôt un hommage à la Mère Brazier, « Monsieur Paul » n’a fait que la réinterpréter à sa manière. Mais ces plats sont tellement représentatifs de la cuisine française qu’il faut garder ces traditions.

On dit que votre « Lièvre à la Royale » est à se damner. La sauce, sublime de bout en bout, est un morceau d’anthologie. Avez-vous fait évoluer cette recette au fil du temps ?

Je dis toujours, j’ai mis trente ans pour faire mon Lièvre à la Royale ! Quand on arrive dans le métier, on apprend à faire des Lièvres à la Royale. Une fois chef, vous réalisez votre premier Lièvre à la Royale que vous tentez d’améliorer d’année en année. Et puis un jour, vous vous dites « là, je l’ai ! » et à partir de là, vous n’y touchez plus !

Depuis combien de temps, n’y touchez-vous plus ?

A peu près quatre-cinq ans !

Est-ce difficile à réaliser comme recette ?

Selon moi, c’est la recette qui représente le mieux la cuisine française et le savoir-faire du cuisinier. Parce qu’il y a le choix du produit, il y a les marinades, il y a des cuissons, il y a des sauces, il y a des farces. C’est-à-dire que toutes ces traditions françaises se retrouvent en un plat. Sans compter la sensibilité du cuisinier. Prenez deux cuisiniers, avec la même recette écrite et les mêmes ingrédients, à l’arrivée, on n’aura pas le même Lièvre. Pour l’un, les os seront plus caramélisés, pour l’autre, la sauce sera plus onctueuse…

Pour un petit dîner chez vous, quel est votre menu préféré ?

Ce serait un bon poulet de ferme rôti. Avec en dessert, une tarte cuite (une tarte aux pommes ou une tarte aux pêches.)

Julien Alvarez, chef pâtissier du Bristol et Eric Frechon

Actuellement, quels sont les desserts à l’honneur sur la carte de l’Epicure ?

Il y a le citron de Menton givré au Limoncello. Comme j’aime bien recréer l’atmosphère des produits, nous donnons vraiment la forme du citron au citron. Julien Alvarez, notre chef pâtissier, a créé aussi un dessert au chocolat « Fève de Cacao », mousseux et croquant à la fois. On fait un lait fumé avec de la vanille, on lui fait un appareil mousseux à base de fève de cacao, avec de la fève de cacao cristallisée. On le déguste à même la cabosse du chocolat.

Dessert « Fève de cacao »

Votre cuisine est intemporelle, elle n’épouse pas les modes mais les saisons. Vous ne cherchez pas à être tendance, vous cherchez juste à être pleinement vous-même. Est-ce pour cette raison que vous êtes devenu le chef le plus à la mode ?

Je ne suis pas le plus à la mode… mais effectivement, je fais une cuisine intemporelle, ça c’est certain ! Je ne n’endors jamais sur ce que je fais, je remets tous les ans tout en question, à part bien sûr quelques recettes incontournables comme La Poularde de Bresse et Le Lièvre à la Royale où je sens que je ne pourrais pas les emmener plus loin, tellement elles sont abouties. Mais sur tout le reste, en effet, ce sont les saisons qui nous font changer les cartes. Si, cette année, on a un très joli plat d’asperges (on les propose avec un sabayon au vin jaune), l’année suivante, on en recrée un nouveau pour essayer de faire encore mieux. Notre cuisine, c’est de l’intemporel qui dure dans le temps.

Un dîner à l’Epicure, c’est de la pure poésie, un rêve devenu réalité, une fête des sens, une expérience inoubliable ?

C’est ce que l’on tente de faire en tout cas, tous les jours et pour chaque personne. Nous sommes ouverts sept jours sur sept, midi et soir. Au total, 100 personnes œuvrent en cuisine, dans notre laboratoire de création, pour satisfaire les clients du restaurant l’Epicure, mais aussi du 114, la brasserie, du café Antonia en terrasse où l’on fait quand même 150 clients l’été, et du room service.

Vous avez de magnifiques mains ! La cuisine, c’est d’abord et avant tout le tactile ?

C’est drôle ce que vous dites… Quand on s’est connu, Clarisse (qui est devenue mon épouse) m’a dit « tes mains sont impressionnantes, je suis tombée amoureuse de tes mains » ! C’est un fait, la cuisine commence par le toucher. Quand on a un produit absolument magique en main, c’est plus que plaisant. On prend un grand soin à le lever, à le travailler, à le déposer dans une assiette. Par ce contact, on transmet de l’amour…

J’ai l’impression que vous avez le goût de l’absolu. Vous flirtez avec la perfection, l’excellence, sans jamais vous contenter du moyen ou du médiocre, comme si vous exigiez toujours davantage. Ce goût de l’absolu engendre le sublime. Etes-vous un perfectionniste ? Visez-vous toujours l’inaccessible ?

Vous m’avez parfaitement décrit ! Je suis un gros travailleur qui a réussi à développer les potentialités, les richesses qu’il portait en lui, grâce au Bristol, parce que dans cette belle maison, j’ai des patrons qui ont eu l’intelligence de me faire confiance, de m’accompagner et de me laisser m’exprimer. Ici on a la meilleure cuisine, la meilleure brigade, les meilleurs produits. Après, il n’y a plus qu’à s’exprimer ! Je suis un homme très heureux et accompli, même si c’est vrai que le désir de perfection rend parfois un peu insatisfait.

Le Bristol

Le Bristol est un sublime hôtel, c’est même l’hôtel favori des clients de Booking.com. Woody Allen a tourné « Midnight in Paris » au Bristol. Il y a séjourné durant plusieurs semaines. Comment est-il ?

Malheureusement, je ne l’ai pas croisé beaucoup, parce que ce sont des gens qui sont difficilement accessibles. De plus, il travaillait énormément. Il ne venait pas dîner au restaurant mais on a fait beaucoup de service en chambre.

Depuis des années, vous êtes célébré partout dans le monde. En 2009, en plus de recevoir le troisième macaron Michelin, vous êtes élu « Chef de l’année ». Dans la foulée et durant trois années consécutives, l’Epicure est élu « Meilleur restaurant d’hôtel au monde ». En 2015, vous êtes élu 7ème sur 100 (aux côtés de Pierre Gagnaire, Paul Bocuse, Alain Ducasse,Thomas Keller, Joan Roca, Michel Bras…) du classement des chefs du monde qui incarnent au mieux les valeurs de la profession et proposent une cuisine incontournable. Qu’est-ce que cela fait d’être l’un des plus grands chefs au monde ?

Honnêtement, je vous avoue que je ne fais pas trop attention à tous ces titres… Bien sûr, je suis très heureux et très fier de les recevoir ,mais je ne m’y attache pas. Je reste très humble là-dessus parce que demain tout peut changer. J’avoue que je ne me laisse pas distraire par ce qui se fait ailleurs, ni à l’extérieur ni même à l’étranger. Je vis tellement en autarcie ici que je fais ma propre cuisine telle que je la ressens, et je ne me laisse pas perturber par toutes ces modes, par cette course effrénée à la nouveauté, aux cuisines exotiques ou aux tendances fluctuantes.

Macaronis façon Eric Frechon

Avez-vous reçu au Bristol des Présidents de la République française ? Quels sont leurs plats préférés ?

Emmanuel Macron n’est pas encore venu… François Hollande est venu en banquet mais jamais au restaurant. Par contre Nicolas Sarkozy adorait mes macaronis (macaronis farcis truffe noire, artichaut et foie gras de canard, gratinés au vieux parmesan). J’aurais presque pu les appeler « Macaronis Nicolas Sarkozy » ! Il en a tellement parlé dans tous les articles de presse que ce macaroni est devenu la Soupe aux truffes VGE de Paul Bocuse !

Vous consacrez beaucoup de temps à transmettre votre passion de la cuisine, à former des apprentis, des stagiaires, des cuisiniers qui deviendront les Grands de demain. Pourquoi cette mission vous tient-elle tant à cœur ?

J’estime que le fait de passer Meilleur Ouvrier de France nous confère des devoirs. On a quelque part un devoir que l’on s’impose à soi-même – ce n’est pas une règle – qui est un devoir de transmission. Il s’agit de préparer les grands de demain, d’assurer la relève. A un moment donné, c’est une belle satisfaction pour nous aussi de voir ces petits grandir. Et puis c’est un peu ma cuisine, mon style, qui perdurera à travers d’autres cuisiniers. Ils garderont un « esprit Frechon » !

Ce sera « L’Ecole d’Epicure » !

Exactement !

Vous êtes à la tête du « Lazare » (un superbe « restaurant bistronomique » installé sur le parvis de la gare Saint Lazare), du « Minipalais » au Grand Palais, et du « Drugstore » Publicis en haut des Champs-Elysées. Vous signez la carte estivale d’un restaurant à Saint-Tropez « La Petite plage ». Vous écrivez des livres de recettes plus alléchantes les unes que les autres, comme « E » de Eric Frechon paru aux éditions Solar, qui composent une magnifique bibliothèque gourmande. Qu’est-ce qui peut encore faire rêver le fabuleux cuisinier que vous êtes ?

Le concours des Meilleurs Ouvriers de France arrive bientôt. Ce concours très exigeant qui récompense l’excellence du savoir-faire français demande des mois de préparation à tous ceux qui souhaitent le passer. On va tout faire pour aider les cuisiniers qui s’y présentent à décrocher ce titre prestigieux. Ce sont de vraies satisfactions pour nous. Après, il y a aussi les plus belles créations que l’on invente au quotidien dans nos cuisines….C’est ça qui nous fait vraiment rêver.

Enfin, avec qui aimeriez-vous dîner ?

Il y a énormément de personnes avec qui j’aimerais dîner ! Par exemple, Clint Eastwood, pour qui j’ai beaucoup d’admiration, j’adore ses films ! J’apprécierais aussi de partager un moment avec Michel Onfray autour d’une table, c’est un homme très intéressant…

Eric Frechon dans sa cuisine

0

Deauville, ville modèle

Philippe Augier, maire de Deauville

2016. Google publie un classement des destinations week-end les plus prisées parmi les villes européennes. A la surprise générale, Deauville s’arroge la quatrième place. Devancée par Londres, Venise et Barcelone, mais se classant devant Paris, la cité balnéaire normande rallie tous les suffrages. Plébiscitée par tous (touristes, visiteurs occasionnels ou habitués) la ville bat chaque année des records de fréquentation. Et pour cause. Véritable aimant à rêves, Deauville n’en finit pas de fasciner. Ville attractive, capitale du cheval, ville des amoureux depuis « Un Homme et une Femme », ville du glamour avec son sublime casino, ses palaces de rêve, ses boutiques de luxe, son goût du plaisir, sa parade des planches, sa plage mythique (deux kilomètres de sable fin piqué de parasols multicolores), la perle du Pays d’Auge regorge d’attraits. Et de mystères. Car il émane de Deauville un je ne sais quoi de magique. Comme une promesse de bonheur. Un parfum d’exaltation et d’existence heureuse. D’abord, il y a l’océan. Ces magies de la mer, ces couleurs du ciel, la vibration du vent, la lumière de l’aube. Ces visions éblouissantes d’une nature inlassablement belle. Énigme de cristal aux ciels changeants, fille de la terre et de la mer, la belle normande semble n’être chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre… Sa splendeur naturelle se prolonge jusque dans l’élégance arborée de sa station, sa beauté architecturale, ses magnifiques villas. Unique en son genre, Deauville n’a pas son pareil pour éblouir. Il y a chez elle, quelque chose d’indéfinissable, comme un éclat, une miraculeuse harmonie, une poésie qui nous laisse sous le charme. Résultat : on ne peut y séjourner une fois, sans souhaiter y revenir mille fois. Irrésistible Deauville, qui se goûte, se savoure pour un séjour, un été, une année, une vie.

Le miracle de Deauville, c’est de susciter tous les mirages. Celui de la richesse, avec le jeu, les courses hippiques, les ventes de pur-sang. Ici, on vibre, on flambe, les fortunes se font et se défont dans un vertige, une griserie fiévreuse qui a fait la légende de Deauville. C’est aussi l’invitation au luxe – ultime émanation de la beauté -, l’incitation à la beauté, le rendez-vous de la mode, de la couture et de l’élégance. Avec son penchant pour le prestige, les paillettes, le faste, les fêtes et les festivals, les tapis rouge et les célébrités, Deauville respire le mystère, le rêve, et inspire l’amour. C’est la ville des coups de foudre, la cité romantique par excellence. Car tout est possible à Deauville… C’est ce qu’a merveilleusement compris son maire, Philippe Augier. Cet homme visionnaire, a fait, d’année en année, de sa ville, la ville de tous les possibles. Grâce à lui, Deauville ne connait plus de limites. Il lui offre tout : une fabuleuse politique événementielle. Deux festivals de cinéma dont un sublime festival américain qui ravit un public toujours plus large. Des ventes prestigieuses de Yearlings où se pressent la planète toute entière. Non content d’assurer à sa station balnéaire une notoriété mondiale grâce à la filière équine, Philippe Augier lui donne davantage encore : une incroyable vitalité culturelle. L’art et la culture ne cessent de se rencontrer à Deauville. Avec des concerts prestigieux, de remarquables expositions de peintures et de photos. Mais aussi des voyages dans la littérature couronnés par plusieurs prix littéraires dont « Le Prix Littéraire de la Ville de Deauville » présidé par Jérôme Garcin. Philippe Augier porte un tel amour à sa ville, qu’en 2017, il réalise même l’impossible : faire de sa station balnéaire la cité de la philosophie. Grâce à son inventivité, cet esprit brillant et lettré va offrir à Deauville une nouvelle métamorphose. Car il est persuadé – à juste titre d’ailleurs – que la capacité à se réinventer de Deauville est infinie. Résultat : la philosophie est à l’honneur à Deauville avec des conférences de philosophie données par Michel Onfray, des colloques par Régis Debray. On y débat, discute, polémique. Deauville, ville de la pensée. A vrai dire, depuis 17 ans, le très charismatique maire de Deauville n’a eu de cesse d’exploiter toutes les potentialités de cette région qui lui tient tant à cœur, se battant pour offrir le meilleur à sa ville et à la Normandie. Ses ambitions pour elles n’ont jamais connu de limites, et c’est admirable. Il a fait aussi le pari de rendre ses administrés heureux. Pari réussi.

La plage de Deauville

Vous êtes maire de Deauville depuis 17 ans, un maire très apprécié de ses administrés. Serez-vous tout naturellement candidat aux Municipales de 2020 ?

Pour l’instant aucune décision n’est prise. Mais si je vais bien, j’y réfléchirai positivement…

Machiavel disait : « Gouverner c’est faire croire ». Est-ce votre conception de la politique ?

Je préfère la formule de Mendes France : « gouverner c’est prévoir ». Je crois que plus que jamais les élus doivent anticiper, à une époque où le monde s’accélère, se transforme totalement du fait de la mondialisation et des nouvelles technologies.

Avez-vous des modèles en politique ?

Mon modèle fut mon mentor, Michel d’Ornano. Il a été l’un de mes premiers liens avec Deauville, et avec la politique. Il était directeur de campagne de Giscard en 1974 quand j’étais moi-même le meneur de la campagne « Giscard à la barre ». Je travaillais à ses côtés. C’est un homme pour qui j’ai toujours eu beaucoup d’admiration et d’affection.

Philippe Augier et Emmanuel Macron

Vous appréciez Emmanuel Macron. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Très tôt, j’ai été séduit par Emmanuel Macron, bien avant qu’il ne soit candidat. Ce qui m’a plu chez lui, c’est sa vision de l’avenir. Mon premier contact direct avec lui, en tête-à-tête, a eu lieu en octobre 2015, il était alors ministre à Bercy. Pour moi, il incarnait un vieux rêve politique, qui était de supprimer ce dualisme droite-gauche, ce dont rêvait déjà Giscard. La détermination d’Emmanuel Macron, son absence de crainte en politique, sa façon d’être au-dessus des jeux partisans me donnaient envie de m’engager auprès de lui. Je crois que les jeux partisans sont des freins au développement économique, au développement social, et très tôt, j’ai senti qu’Emmanuel Macron n’avait peur de rien, qu’il avançait quels que soient les obstacles, et surtout quels que soient les obstacles politiciens.

Il a redonné aussi du brio et du brillant à la fonction présidentielle…

En effet. J’ajouterai aussi qu’il a redonné du crédit à la France dans le monde entier et qu’aujourd’hui, c’est l’un des hommes d’état les plus écoutés.

La villa Strassburger à Deauville

Depuis 17 ans, vous vous donnez « corps et âme » à Deauville, avec un engagement de chaque minute pour servir votre région et vos concitoyens. Après avoir été parisien, vous êtes devenu résolument normand. Depuis 2008, vous êtes Président de la communauté des communes de la Côte fleurie. De 2010 à 2015, vous avez présidé aussi le groupe centriste au Conseil régional de Basse Normandie. Quelles sont désormais vos ambitions pour la Normandie ?

En 2015, j’ai choisi de ne pas être candidat au Conseil régional. A la suite de l’élection de la nouvelle majorité du Conseil régional, le président Hervé Morin m’a confié la présidence d’une « Agence d’attractivité de la Normandie « , compte-tenu du travail de fond que j’avais réalisé sur la Normandie. J’avais écrit un livre en 2003, « Mes ambitions pour la Normandie », pour préparer les régionales de 2004, en vue de la réunification de la Normandie. Notre vœu a été exaucé et depuis je reste un soutien indéfectible d’Hervé Morin. Quant à « l’Agence d’Attractivité de la Normandie », elle a pour objectif de mettre en évidence l’ensemble des atouts de la Normandie, de les faire valoir aussi bien auprès des normands qui ont besoin de retrouver leur fierté, leur identité de normands, (un peu comme les bretons ont su le faire), mais aussi de les faire connaître à l’étranger. Nous avons mis en place tout un réseau d’ambassadeurs (nous avons près de 3000 ambassadeurs) et nous installons des clubs d’ambassadeurs dans tous les pays du monde de façon à ce que la Normandie soit valorisée à l’étranger car elle a beaucoup d’atouts et d’attraits qui ne sont pas connus.

Le casino de Deauville

Deauville fait rêver. Ville de lumières, de plaisir, de people, de glamour, de luxe, de jeux, ville tendance et touristique. Deauville, ville « bling-bling », ou a-t-elle une âme ? 

Je pense que Deauville a été « bling-bling », mais elle ne l’est plus dans la mesure où c’est une ville d’élégance, de luxe sans le côté ostentatoire du « bling-bling ». Compte-tenu des services qu’elle offre, du fait de ses palaces, de son casino, de ses magasins de marque etc., Deauville attire beaucoup de gens fortunés, qui s’y trouvent bien. Pourquoi ? Parce que Deauville a su garder son âme. Lorsque je suis arrivé à la Mairie, les villas disparaissaient remplacées par des immeubles. A l’époque, le foncier n’était pas aussi attractif que maintenant, et souvent lors des successions, les maisons revenaient à la troisième ou quatrième génération avec des indivisions terribles. Les descendants ne voulaient pas faire de travaux, ils préféraient vendre leur bien à des promoteurs désireux de construire des immeubles. J’ai tout de suite cherché à stopper ce mouvement-là. Cela a été l’une de mes premières actions. J’ai protégé les villas grâce à la mise en place d’une zone de protection du patrimoine architecturale. Dès que j’ai lancé la procédure, cela a permis de ne plus démolir. Nous avons ainsi protégé 555 bâtiments, ce qui est colossal politiquement. Et nous en sommes fiers car l’âme de Deauville passe par ses villas de style Belle Epoque, ses bâtiments à colombages. Deauville a gardé sa beauté, son élégance architecturale. Par ailleurs, ce qui a donné une nouvelle dimension à la ville, c’est toute la politique culturelle, événementielle, sportive que nous avons développée. Le fait qu’aujourd’hui l’année soit ponctuée de festivals, d’événements sportifs, culturels a donné un supplément d’âme, en tout cas un supplément d’image à Deauville qui n’est plus réputée uniquement parce qu’elle attire des gens riches mais aussi parce qu’il s’y passe toujours quelque chose.

Deauville vit essentiellement du tourisme. Avez-vous l’intention de favoriser la venue d’entreprises pour sédentariser la population ?

Oui, et je crois que l’une de nos problématiques, c’est la diversification de notre économie qui est à 90% touristique. La seule façon de procéder, c’est d’attirer des entreprises du tertiaire. Sauf que dans une cité balnéaire toute petite (Deauville s’étend sur une superficie de 360 hectares dont 60 de champs de course, soit un sixième de la ville) il n’y a pas de bureaux. L’une de mes préoccupations, depuis maintenant plus de dix ans, c’est d’arriver à créer des bureaux de façon à attirer des entreprises. Il y a eu des opérations privées que nous avons facilitées, la ville a racheté la grande maison de l’aumônier des Franciscaines, avec ses 500 mètres carrés que nous avons transformés en bureaux. Dans les immeubles de la presqu’île qui sont en cours de construction, il y a un immeuble entier de bureaux. Pour avoir cette offre de bureaux, nous avons également rénové des locaux de mille mètres carrés que nous avons mis à la disposition de start-up, orientées vers le tourisme, le sport et la culture. Nous leurs louons ces locaux à des tarifs préférentiels.Tout cela a l’avantage d’accueillir de nouvelles entreprises et de jeunes entrepreneurs à Deauville. Ce qui nous permet aussi d’améliorer notre pyramide des âges.

Mieux que personne, vous ravivez en permanence les lumières de Deauville, avec une politique événementielle de tout premier ordre. Le bonheur des habitants de Deauville vous tient-il à cœur ?

C’est ma première préoccupation. Que souhaitent les gens pour vivre heureux dans une ville ? Un cadre de vie agréable, une vraie qualité de vie. Pour ce faire, que faut-il ? Un enseignement de qualité. Nous avons une école primaire absolument remarquable en termes d’activités et d’éveil pour les enfants. Il faut de la médecine. Nous avons aidé à l’installation d’une maison médicale qui regroupe tous les médecins, les spécialistes, les radiologues, les laboratoires d’analyses, les kinés, dans un immeuble de 2000 mètres carrés. Là, il y a un accès facile pour l’ensemble de la population. Il faut de la culture, du sport, de la convivialité, nous avons développé une vie associative extrêmement riche, avec plus de 130 associations sur le territoire. Nous avons construit un complexe sportif. Ces équipements sportifs permettent à la fois la pratique du sport par les locaux mais aussi l’accueil d’équipes nationales ou internationales qui viennent s’entraîner, ou la venue d’événements sportifs importants. Quant à la culture, nous parions sur elle pour développer l’attractivité de notre ville et son rayonnement international. Nous avons un festival de photos au mois de novembre, deux festivals de musique classique à Pâques et au mois d’août, un festival du livre, deux festivals du cinéma (un festival du cinéma américain, et un festival du film asiatique), il y a ici une totale diversité de vie culturelle. La culture est une source de lien social. C’est même un outil de paix, car en découvrant les autres cultures, on comprend mieux les autres. Nous avons aussi des congrès internationaux sur l’économie, nous avons eu le G8 en 2011 avec Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Le monde et les cultures se rencontrent à Deauville. Enfin, nous sommes en train de construire un lieu de vie culturel permanent « Les Franciscaines ». Nous avons racheté les locaux de la congrégation des sœurs Franciscaines, avec 6000 mètres carrés de plancher sur lesquels nous allons installer un musée, une médiathèque, des univers thématiques liés au territoire. C’est un concept totalement innovant, entièrement digitalisé, qui ouvrira en 2020.

Deauville est une ville modèle. Quiconque veut s’offrir une escapade romantique ou un week-end festif, pense tout de suite à Deauville…

En 2016, Google a sorti un classement absolument hallucinant, « quelles sont les villes européennes que vous choisiriez en priorité pour passer un week-end (c’est-à-dire un séjour court) ? ». Et devinez quoi ? Deauville était quatrième ! Derrière Londres, Venise, et Barcelone ! Et avant Paris ! C’est magnifique, non ! C’est vrai que l’on essaie de faire de Deauville une ville modèle, on essaie aussi d’en faire une ville modèle en matière de propreté, en matière de fleurissement. C’est vrai que parfois la plage est un peu sale le soir mais elle est nettoyée tous les matins. Comme les gens sont inciviques, ils jettent leurs détritus sur la plage. On vient de commencer une campagne de lutte contre l’incivisme, avec des ramassages symboliques de déchets sur la plage, certains jours de la semaine. Sachez que Deauville est l’une des seules plages françaises à être intégralement nettoyée tous les matins entre quatre heures et dix heures du matin.

Cioran disait « Il n’y a de vivant que l’avenir » Avez-vous l’intention d’écrire celui de Deauville ?

Ma vision de l’avenir de Deauville tient dans les mots clefs que sont nos valeurs. C’est-à-dire la rencontre, le partage, la culture, la créativité, le plaisir, et le bien-être. Ce sont ces valeurs-là que les visiteurs rechercheront dans l’avenir pour venir en villégiature dans les meilleures conditions.

Mélanie Laurent, réalisatrice du film Galveston en compétition au Festival de Deauville 2018 avec l’actrice Elle Fanning

Le réalisateur de « Mission Impossible » affirme qu’une ville aujourd’hui n’existe internationalement que si elle passe au cinéma. Cinquante-cinq films ont été tournés à Deauville et sur Deauville dont « Un homme et une femme », « Je suis timide mais je me soigne », « Sagan », « La Disparue de Deauville », « Hôtel Normandie » etc. Y-a-t-il actuellement d’autres films en préparation ?

Pas à ma connaissance. Mais c’est vrai que le cinéma compte pour beaucoup dans l’aura de Deauville. Je suis tellement convaincu de cela, qu’après cinq ans de pourparlers, j’ai réussi à obtenir que le tournage d’une série télévisée coréenne « The Package » se passe à Deauville. Quand les spectateurs à l’étranger découvrent une ville au cinéma, ils s’y précipitent ensuite. Depuis la diffusion de cette série, nous avons remarqué une affluence de Coréens à Deauville. Non seulement la série « The Package » a été diffusée en Corée mais le producteur a vendu la série en Chine, ce qui veut dire que les Chinois vont sans doute venir à Deauville.

Deauville, c’est le Festival du Cinéma Américain avec ses 70 films présentés au public. Se déroulant cette année du 31 août au 9 septembre, il sera présidé par l’actrice Sandrine Kiberlain. Sachant que le festival accueille plus de 60 000 visiteurs durant dix jours, quelles sont les retombées économiques pour Deauville ?

Le festival a été créé en 1975, par Michel d’Ornano, pour prolonger la saison. C’était une époque où Deauville ne vivait que deux mois par an. Le dernier dimanche d’août, le Grand Prix de Deauville clôturait la saison, tous les rideaux de fer tombaient, c’était fini. Aujourd’hui, le festival, ce sont des retombées économiques importantes, puisque pendant dix jours, (quand le festival a été créé, il ne durait que trois jours), ce sont des visiteurs qui remplissent les hôtels, les restaurants, les commerces au mois de septembre. Après, il y a aussi des retombées d’image, c’est quand même le deuxième festival de cinéma en France après Cannes, et puis il y a cette image des acteurs, des metteurs en scène qui viennent à Deauville, qui inscrivent leur nom sur les Planches comme sur Sunset boulevard.

Sandrine Kiberlain, présidente du jury du 44ème Festival du cinéma américain de Deauville, en compagnie de l’actrice et jurée Sabine Azéma

Deauville est-elle une ville amie des américains ?

Deauville est une ville profondément attachée aux USA. Elle l’a été d’autant plus que ma prédécesseur Anne d’Ornano avait la double nationalité, elle avait été élevée aux USA et était très proche des Américains. Aujourd’hui, j’envoie tous les CM2, chaque année, fleurir des tombes des soldats du Kentucky à Colleville-sur-mer, le grand cimetière qui est sur la colline au-dessus de la mer, pour maintenir ce lien avec les Etats-Unis. Autre lien : nous sommes jumelés avec Lexington, nous avons chaque année trois étudiants américains qui viennent enseigner l’anglais dans notre école maternelle et notre école primaire. Au mois de juin, les enfants de maternelle et de primaire, donnent leur spectacle de fin d’année en chantant des chansons en anglais. Nous avons des accords d’échanges réciproques avec une université dans le Kentucky, nous envoyons certains de nos lycéens pour des séjours linguistiques avec l’Université du Kentucky. Oui, nous entretenons des liens très forts avec les Américains.

L’actrice Sarah Jessica Parker et Philippe Augier

Au Festival du Cinéma Américain, vous avez la chance d’accueillir les plus grandes stars du cinéma américain. Avez-vous des préférences pour certaines ?

Mon dernier coup de cœur, du fait à la fois de sa beauté et de son intelligence, était Cate Blanchett. Bien avant qu’elle ne soit Présidente du jury de Cannes, elle était chez nous, il y a trois ans pour son film « Blue Jasmine ». On a dîné deux fois, l’un à côté de l’autre et c’est comme ça que je peux dire qu’elle est très cultivée et très intelligente. Sa beauté, on peut la voir sur les écrans.

Philippe Augier et l’actrice américaine Cate Blanchett

Et parmi les acteurs, certains sont-ils devenus vos amis ?

L’un de mes souvenirs les plus marquants, c’est d’avoir accueilli à dîner à la maison, en même temps, Francis Ford Coppola et George Lucas ! Avec Coppola, nous n’avons pas beaucoup évoqué le cinéma, nous avons plutôt parlé de vin, parce qu’il a des vignes en Californie. J’ai dîné aussi avec Harrison Ford, avec Sydney Pollack qui est un type génial ! Souvent des liens se créent avec le jury.

Madame et Monsieur Augier, Jamie McCourt, Ambassadeur des Etats-Unis en France et Laurent Fiscus, Préfet du Calvados

Vous occupez-vous du Festival du Cinéma Américain ?

Pas directement, le festival appartient à la ville de Deauville, qui délègue l’organisation à notre palais des congrès, lequel palais des congrès a un contrat avec Le Public Système, qui a un département cinéma dirigé par Bruno Barde, et c’est eux, sur le plan artistique, qui organisent le festival. Je me rends au festival tous les soirs (je ne peux pas y aller dans la journée parce que c’est la rentrée et que je travaille) pour recevoir nos invités. A l’ouverture du festival, nous recevons l’ambassadeur ou l’ambassadrice des Etats-Unis. J’aime l’effervescence du festival parce que cela fait partie de la vie de Deauville et de son image, et je fais ce qu’il faut pour. J’avoue que c’est particulièrement agréable et intéressant de côtoyer des grandes vedettes, de rencontrer des réalisateurs, des acteurs, des cinéphiles.

Les planches de Deauville

Deauville n’en oublie pas pour autant les causes humanitaires, elle qui organise toute l’année des événements au profit d’associations caritatives…

Oui, énormément de dîners caritatifs se déroulent à Deauville, certains internes à la ville comme la Croix-Rouge locale, le CCAS, (le comité communal d’action sociale qui finance les aides aux personnes en difficulté), d’autres organisés par des associations deauvillaises ou non, comme le gala de Just Word International qui s’occupe d’enfants en Afrique, ou durant plus de dix ans, le dîner de Care France. Nous avons aussi nos clubs services Rotary et Lion’s qui sont très actifs…

On ne peut évoquer Deauville sans parler des magnifiques ventes de Yearlings, réputées dans le monde. Le yearling est un poulain ?

Le yearling est un cheval qui a entre 1 et 2 ans. L’âge des chevaux se calcule selon l’année civile. L’année de leur naissance, ils sont foal (poulain). Au premier janvier suivant leur naissance, ils deviennent yearling jusqu’au premier janvier suivant. Il existe des yearlings de pur-sang anglais, une race fondée en Angleterre. On a aussi les ventes de Yearlings de trotteur qui est une autre race et qui, elles, se déroulent en septembre.

Vente de Yearling à Deauville, août 2018

Depuis des années, vous galvanisez comme personne le marché hippique. Grâce à vous, les enchères flambent, et le chiffre d’affaire s’envole…

Ce fut mon premier métier et mon premier lien avec Deauville. Avant d’être maire, je dirigeais la société qui organisait les ventes de chevaux à Deauville. A l’époque, « L’Agence française de vente de Pur-sang » se trouvait à Paris. Quand j’ai été élu ici, pour mon premier mandat comme maire-adjoint, j’ai transféré tous mes bureaux à Deauville. Lorsque je suis devenu maire de Deauville, j’ai vendu la société (aujourd’hui rebaptisée par mes successeurs « Arqana ») et je me suis retiré. Aujourd’hui, je n’ai plus d’activités dans le milieu hippique mais je continue à vendre un peu à la tribune, aux enchères parce qu’on m’a demandé de rester et que cela m’amuse. C’est une façon de conserver un lien professionnel avec ce monde, et pas seulement un lien mondain. C’est vrai que la grande notoriété de Deauville dans le monde est due, avant tout, au cheval. Deauville est la capitale du cheval. C’est vrai aussi que j’ai fait de cette société qui organise les ventes, la troisième dans le monde, en termes de chiffres d’affaires. Je l’ai développé à l’international et aujourd’hui les cinq continents sont représentés dans ces ventes qui ont lieu chaque année mi-août et ont permis de faire connaître Deauville dans le monde entier. Imaginez, le week-end du 18-19 août à Deauville, vous avez les courses hippiques, les ventes de Yearlings, un concours hippique international top niveau, et le polo. Pas mal non ?

Superbe ! Toute la planète, le Japon, les USA, l’Irlande, l’Angleterre, les Emirats se pressent à ces ventes. Depuis le début de celles-ci, quel a été le cheval le plus cher ?

Le yearling de Pur-sang le plus cher a été vendu 2 millions 600 000 euros. Sinon le cheval le plus cher reste un cheval trotteur, l’acheteur a déboursé 3 millions d’euros pour l’acquérir.

A Deauville, il y a un Cheikh qui a une villa magnifique, une propriété de toute beauté, refaite à l’identique, en front de mer. On dit qu’il ne vient qu’une fois par an, pour les ventes…

Oui, il vient pour les ventes de Yearlings, mais il ne va pas dans sa propriété. Il préfère descendre à l’hôtel, au Normandy, avec toute sa suite. Il s’agit de Cheikh Mohammed Al Maktoum, le premier ministre de Dubaï. Dubaï appartient à la famille Maktoum. Dans la famille dirigeante de Dubaï, il y a plusieurs frères et Cheikh Mohammed est le leader de la famille. Ce n’est pas lui d’ailleurs qui avait repris la villa, c’était son frère aîné qui s’appelait Maktoum Al Maktoum, qui est décédé depuis. Mais la villa est restée dans la famille.

Les Emirats sont-ils les acheteurs les plus importants à ces ventes de Yearlings ?

Cela s’est considérablement diversifié dans la mesure où maintenant les Emirats ont leur propre élevage, ils élèvent leurs propres chevaux, donc ils ont moins besoin d’acheter des yearlings, mais vous avez aujourd’hui des acheteurs australiens, japonais, américains du sud, chinois. Les Chinois commencent à avoir des chevaux de course aussi. Les Français achètent un peu, restent la part la plus importante du chiffre d’affaires, mais n’investissent pas au même niveau que les richissimes moyen-orientaux, japonais ou autres.

Depuis peu, la philosophie s’invite aussi à Deauville. Deauville est devenue la nouvelle cité des philosophes ! Cette année, le philosophe normand Michel Onfray a quitté Caen, pour donner, dans le cadre de son université populaire, un cycle de conférences à Deauville au CID. Etes-vous à l’origine de cette superbe initiative ?

Oui ! Cela s’est passé de la façon suivante : Michel est un ami. Quand il s’est fait « expulser » de l’université de Caen, il y a deux ans et demi maintenant, je lui ai dit, un peu comme une provocation : « Viens faire tes cours à Deauville ! » Il m’a d’abord dit non, d’une part, parce qu’il était très attaché à Caen, et d’autre part, parce que Deauville lui semblait un endroit un peu « curieux » pour dispenser ses cours. L’année suivante, il a donné ses cours à un endroit qui s’appelle « La Fonderie » à Hérouville Saint-Clair, dans la banlieue de Caen. Puis l’année suivante au Zénith de Caen. Tout ça coûtait trop cher, Michel a voulu revenir à l’Université de Caen mais les universitaires ont tout fait pour qu’il ne revienne pas. Donc, là, il m’a appelé en décembre dernier, en 2017, et m’a dit « Ta proposition tient toujours ? ». J’ai répondu « Bien sûr ! », et là j’ai appelé le Palais des Congrès, j’ai dit  « Faites ce qu’il faut pour qu’il puisse s’installer « . Résultat : ces quatorze cours ont connu un succès considérable. Tout le monde se réjouissait d’y assister, y compris ceux qui ne pensaient pas comme Michel Onfray. Ses cours donnaient à réfléchir, suscitaient l’étonnement. Il y a eu 14 cours au premier semestre (du 21 janvier à juillet 2018) et nous repartons à la rentrée, en octobre prochain pour un an (cela dit, je pense que si Michel Onfray a l’opportunité de retourner à Caen, il y retournera, car il y est très attaché). Enfin, pour l’instant, il est chez nous, et tout le monde est ravi. A chaque conférence, il y a plus de mille personnes dans le public !

Soit, presque un tiers de la ville, puisque Deauville compte à peu près 3800 habitants !

Mais il n’y a pas que des Deauvillais, les Caennais viennent, les gens viennent de Lisieux, de partout !

Dans son essai « Décadence », Michel Onfray prédit la fin de la civilisation occidentale. Philippe Muray affirme lui, dans « Festivus Festivus » que « la fin du monde est déjà derrière nous »… Qu’en pensez-vous ?

Vous pouvez considérer que la civilisation est en souffrance avec l’ultralibéralisme, le consumérisme, le nihilisme etc. mais cela fait partie de la civilisation, c’est la civilisation d’aujourd’hui et c’est la nôtre. A vrai dire, la civilisation n’est pas en déclin, elle est en pleine évolution… Il y a un phénomène d’accélération de cette évolution du fait des nouvelles technologies qui font changer notre monde. La civilisation évolue du fait de la mondialisation, de la simplification des transports. Aujourd’hui, les jeunes qui font des études et qui ont un peu d’ouverture d’esprit sont des citoyens du monde. C’est quoi la civilisation au regard d’un citoyen du monde ? C’est le cosmopolitisme. Le monde a vécu de migrations, et chaque fois qu’il y a des migrations, la civilisation évolue parce que les cultures se mélangent, se renouvellent. Je trouve que l’on traite mal du problème de la migration. Ici, j’ai créé, l’année dernière, avec Régis Debray, « Le Collège des Mondes possibles ». Pour l’instant, nous n’avons eu qu’une première cession. La prochaine cession sera en octobre. « Le Collège des Mondes possibles » veut traiter de problèmes fondamentaux du monde sur le temps long. De nos jours, quelle que soit l’importance du problème, on le traite dans l’immédiateté et dans le temps médiatique. Concernant les migrations, les gens n’ont qu’un sujet en tête, c’est Calais. Maintenant, c’est plutôt Ouistreham d’ailleurs ! On traite ce problème à court terme, alors qu’il y a depuis toujours des dizaines de millions de gens sur les routes terrestres et maritimes dans le monde entier. Vous avez les migrations climatiques, les migrations politiques, les migrations économiques. Les migrations sont de toutes natures. Dans quarante ans, l’Afrique comptera deux milliards d’habitants, donc ces gens vont bouger. Vous avez déjà 150 millions de gens déplacés du simple fait du climat. C’est à cette échelle là qu’il faut traiter le problème des migrations. Cela a été notre premier thème. Le prochain, sera le numérique. Qu’est-ce que le numérique va changer dans notre monde ? Sur le plan politique au sens noble du terme, sur le plan du droit.

Les gens aujourd’hui sont en quête de sens, pensez-vous que la philosophie peut les aider à trouver la vérité ?

Bien sûr ! Tout ce qui peut les amener à réfléchir est souhaitable, la philosophie bien sûr, mais aussi la littérature. Parce que c’est à travers la littérature que l’on se construit. A Deauville, il y a un festival du livre, mais il y a aussi une vie littéraire tout au long de l’année. On a un prix littéraire « Livres et Musiques de Deauville » dont le jury est présidé par Jérôme Garcin. Et un « Prix de la ville de Deauville » avec un jury qui n’est composé que d’écrivains ayant une maison dans le coin. Nous avons aussi un « Prix du Public » et un « Prix des Ados », (organisé grâce au financement des espaces culturels Leclerc.) Cette année, 3800 ados ont voté pour le « Prix des Ados » sur la Normandie, avec 65 établissements et lycées, 131 classes (des élèves qui sont en première et en terminale). Quand nous avons remis le prix au CID, sur les 3800 votants, 2000 sont venus. Tous les auteurs nominés étaient là sur la scène, avec leur livre, à expliquer leur démarche. Les ados étaient ravis de participer à ce « Prix des Ados ». Preuve que les jeunes lisent encore… Autre chose que l’on fait à Deauville et qui est complètement atypique, c’est une distribution des prix. Le nombre de bouquins que l’on fait rentrer dans les familles qui n’en ont pas, vous n’avez pas idée ! Accompagné de mes adjoints, je remets les livres aux jeunes, et je leur demande : « Y-a-t-il a des livres chez toi ? ». Beaucoup répondent « ben non, pas énormément ». Donc, tout ce qui peut les inciter à lire est souhaitable… Depuis plus de 20 ans, d’ailleurs, dans chacun de mes dîners, chaque invité reçoit un livre dans son assiette. Quand je le connais, évidemment le livre a un rapport avec lui. Ce petit présent a un triple intérêt : le premier, c’est une attention personnelle à laquelle les gens sont sensibles. Le deuxième, c’est qu’au moment où chacun trouve son bouquin dans son assiette, j’explique pourquoi j’ai choisi ce livre et cela me permet de présenter tout le monde à tout le monde, et troisième intérêt, cela lance la conversation autour de la table, sur des sujets autres que le dernier sondage ou la météo. Cela fait plus de vingt ans que je procède ainsi !

Etes-vous d’accord avec Henry Miller qui estime « qu’ on ne reçoit jamais trop d’amour dans la vie et on en donne jamais assez » ?

Mille fois d’accord ! J’ai rencontré Henry Miller à Big Sur, en 1977, en Californie. J’avais été invité par le gouvernement américain, grâce au programme des « Young leaders ». J’ai passé cinq semaines aux USA en choisissant où je voulais aller, qui je voulais rencontrer, et on organisait mes rencontres. C’était génial ! J’ai aussi rencontré Ronald Reagan qui était gouverneur de Californie.

Philippe Augier, Pierre Barouh et Claude Lelouch

Dans la mémoire collective, Deauville est associée à la ville de l’amour, celle de la rencontre d’un homme et d’une femme, de Jean-Louis Trintignant et d’Anouk Aimé sur les planches. Cette image de Deauville vous plait-elle ?

Elle me plait énormément car elle correspond à la réalité ! Et d’ailleurs, on essaye de valoriser cette image en permanence. Par exemple, en 2010, puisque j’avais fait le pari de faire un événement par jour pour le cent cinquantenaire de la ville de Deauville – et on l’a fait ! –  le jour de la Saint Valentin, avec Claude Lelouch, on a reconstitué le baiser de Jean-Louis Trintignant et d’Anouk Aimé. Mille couples se sont embrassés. J’ai donné le nom d’une petite place de son vivant à Claude Lelouch, sur les planches, à l’endroit même où dans le film, la mustang arrive au petit matin et fait des appels de phare. C’est sur la place Claude Lelouch, que Claude a fait la connaissance de sa dernière femme, ce jour-là ! Deauville est donc bien la ville des amoureux !

Vous êtes un esprit curieux et déterminé, un homme d’action et de conviction qui déteste l’injustice. Mais êtes-vous un homme sentimental ?

Je suis assez sentimental, et très sensible. J’aime les gens, et j’aime être aimé d’eux. Deauville, c’est une petite ville. A l’égard des habitants permanents, je gère cette ville comme une immense famille. Je les connais pratiquement tous, et nous nous occupons de ceux qui en ont besoin. Mais en politique politicienne, l’affect, c’est un handicap. Il faut être dur, cynique. Cynique, c’est tout le contraire de moi…

Dominique Desseigne et Philippe Augier

Enfin, vous concertez-vous avec Dominique Desseigne, le PDG du Groupe Barrière, pour créer des événements sur Deauville ?

Oui, nous travaillons de concert avec Dominique Desseigne. Je l’estime, je l’apprécie, et je l’aime bien parce qu’il est très attaché à Deauville, et qu’il nous soutient vraiment. Nous avons des intérêts communs. Par exemple, c’est le Groupe Barrière qui a cofinancé le CID qui est notre Palais des Congrès. Je ne ferais pas la moitié de ce que je fais si je n’avais pas le Palais des Congrès. Pour le festival de Pâques de musique qui est absolument magnifique, Le Groupe Barrière donne 200 000 euros par an. On essaie sur les événements importants publics comme le Polo, de cofinancer Groupe Barrière et ville. Pour le Festival du Cinéma Américain, le groupe Barrière met 2700 nuitées à disposition du festival, et offre le dîner d’ouverture et le dîner de clôture. C’est un soutien incomparable pour la ville de Deauville.

Orlinski le magnifique

Il est l’artiste français contemporain le plus vendu au monde. Mais il est surtout un immense sculpteur. En quelques années à peine, son œuvre s’est imposée par son audace, son originalité, son inventivité. Quel est le secret de cette victoire ? Un bestiaire à couper le souffle. Des loups blancs, des ours polaires, des gorilles noirs, des crocodiles rouges flashy, des panthères chromées, des lions bleus. Un vestiaire tout aussi éclatant, avec ses perfectos roses, ses jeans argentés, ses stilettos laqués vermillon… Un arc en ciel de couleur pour une fête artistique.

Chez Richard Orlinski, l’ours blanc, le lion doré ou le tigre argenté ne sont pas de simples représentations multicolores mais une présence vivante, palpable, dont on perçoit la chaleur animale. Car Richard Orlinski fait mieux qu’imiter la vie, il la fait naitre sous ses doigts. D’un seul coup, l’animal palpite, vibre, se cabre, rugit. Paradoxalement, c’est en exhibant la violence animale, les crocs effrayants du gorille, les mâchoires acérées des crocodiles, que ces œuvres d’art nous aident à canaliser notre violence humaine, à dominer notre agressivité galopante, à la métamorphoser en douceur et tempérance. Par leur proximité esthétique, ces animaux ont un effet apaisant sur nous. Ils nous obligent à nous réconcilier avec nous-même. Mieux qu’une thérapie, c’est le triomphe de la beauté, de l’harmonie, de l’amour sur nous. Pour ce faire, Richard Orlinski n’a pas besoin de civiliser ses animaux, lesquels « sont plus humains que les humains ». Plus sages aussi. Il les a simplement corrigés à son image. « Voir le monde comme je suis, non comme il est » disait Eluard…

Dès lors, rien de plus beau que cette sculpture monumentale de 6 mètres de haut, campée sur les hauteurs de Val d’Isère, qui flirte avec les nuées. A la verticale, dressé vers le ciel, un ours polaire, immaculé, les pattes lancées vers l’azur en une sublime assomption, en une tendre accolade, nous invite à le rejoindre. Est-ce pour nous étreindre ? La sculpture s’élève, s’accorde, s’encorde à la structure cosmique, aux glaciers, aux cimes, à la montagne magique, au ciel azuréen. La lumière ruisselle sur sa chair transparente. C’est la pesanteur et la grâce. L’immobilité et le dynamisme. Eblouissement.

L’artiste que nous avons rencontré est à la hauteur de ses magnifiques sculptures. Simple, direct, adorable; la marque des grands. D’une belle supériorité morale, généreux, altruiste. On tombe instantanément sous le charme de son optimisme contagieux, comme on tombe immédiatement sous le charme de ses sculptures.

Rencontre avec un artiste au grand cœur.

En quelques années, vous avez réussi l’exploit de devenir l’artiste français contemporain le plus côté au monde. Vos œuvres sont présentes dans plus de 90 galeries aux quatre coins de la planète. L’enfant de quatre ans que vous étiez, qui modelait de petites figurines, serait-il fier de l’adulte que vous êtes devenu ?

Peut-être ! Je ne sais pas… Il faudrait lui demander ! Malheureusement, il n’est pas là !

Il est peut-être encore en vous…

Faut que je lui téléphone ou que je me connecte à lui… Plus sérieusement ! Je ne sais pas s’il ressentirait de la fierté mais en tout cas, cela ressemble à une espèce d’accomplissement.

Vous attendiez-vous à un tel avenir ?

Pas du tout !

C’est une heureuse surprise alors ?

Non, ce n’est pas une surprise. Je m’attendais à quelque chose parce que j’avais des ambitions. Effectivement après, il faut encore les réaliser…

Il y a quelque chose de très juvénile qui transparaît dans vos sculptures, juvénile au bon sens du terme. Comme si vous aviez gardé une âme pure, intacte, une âme d’enfant. Vos sculptures ressemblent à des cocottes en papier, des pliages monumentaux. Est-ce pour cette raison que les enfants adorent votre œuvre ?

Effectivement, certaines oeuvres ressemblent à des origamis. Mais je crois surtout que c’est le thème animalier qui plait aux enfants, l’émotion immédiate qu’ils éprouvent en présence de ces animaux.

A l’occasion de son 25ème anniversaire, le parc Disneyland Paris a fait appel à vous pour revisiter son Mickey. Vous avez donné vie à un Mickey magicien, bleu, de toute beauté. Ce privilège rare, est-ce une reconnaissance pour vous ?

Oui, c’est une vraie reconnaissance. C’est aussi, quelque part, rentrer dans l’histoire ! De savoir que mes enfants, mes petits-enfants, les générations futures pourront acquérir une œuvre revisitée par moi, c’est pour moi un honneur. De plus, Disney m’apporte quelque chose d’assez unique puisqu’il me permet de démocratiser l’art, de le rendre accessible à tous. Je suis un artiste populaire au bon sens du terme. L’idée, c’est de parler à tout le monde. A partir du mois de juillet 2017, ces petites figurines de Mickey magicien seront en vente à quelques dizaines d’euros (ndlr, 49 euros). Aujourd’hui, vu la qualité de l’œuvre, j’aurais été incapable de réaliser des sculptures à ce prix-là, cela coûterait beaucoup plus cher, et là Disney me donne la possibilité de réaliser mon rêve : partager avec le plus grand nombre. C’est vraiment superbe !

Ce Mickey magicien se décline-t-il en plusieurs couleurs ?

Il va se décliner aussi en chromé avec l’étoile bleu. Bleu et argent, c’était les couleurs du 25ème anniversaire du Parc Disneyland Paris. Mais on va probablement le faire dans d’autres couleurs…

Le monde de l’art français, les critiques d’art apprécient-ils votre œuvre ? Ou la boudent-ils au motif que vous êtes médiatique, célèbre, apprécié et jet set ?

Il y a une frange, une intelligentsia qui boude effectivement mes œuvres. Un petit milieu de gens bien-pensants qui croient faire le monde de l’art. Qui s’autorisent même des critiques très acerbes à l’égard de mes sculptures. D’une part, parce que je n’ai pas suivi le cursus artistique classique, d’autre part, parce que je dérange, que je n’ai pas eu besoin d’eux, que j’ai du succès, que je refuse les étiquettes. D’ailleurs, ce genre de comportement, c’est très français ! Dans les autres pays, je ne rencontre pas ce problème…

En réalité, vous avez d’abord été reconnu par les Américains avant d’être reconnu par les Français ?

Tout à fait ! Il y a un French bashing en France. Il faut savoir que dans l’hexagone, on a du mal à reconnaître nos artistes. Il y avait dernièrement un article au Sénat qui évoquait le peu de présence des artistes français à la FIAC. Imaginez, pas un seul artiste français n’a exposé sur les Champs- Elysées ! On a fait appel à Botero, à des chinois, des japonais, mais il n’y a jamais eu de français. En France, il y a un certain snobisme, on préfère importer des artistes de Russie, d’Inde, de tous les autres continents. En revanche, quand vous allez aux Etats-Unis, vous découvrez qu’eux sont très chauvins, très protectionnistes. Les chinois sont très protectionnistes aussi, ils défendent vraiment leurs artistes. Nous, on ne défend pas nos artistes…

Donc, les productions artistiques françaises ne sont pas valorisées par la France …

Pas tellement ! Quelques-unes ont ce privilège mais le monde institutionnel de l’art choisit vraiment ses artistes. Mais bon, depuis deux ans, le Ministère de la Culture commence à me reconnaitre. Ils ont même envoyé quelques tweets très élogieux à mon égard au moment où je faisais ma grande exposition à Courchevel, ce qui était une reconnaissance. Mais cette reconnaissance, j’aurai été content de l’avoir bien avant ! Enfin, c’est quand même arrivé !

Est-ce de la jalousie ?

Je ne sais pas car c’est un sentiment qui m’est inconnu. Quand je vois quelqu’un qui réussit, cela me motive et m’inspire. De toute façon, je ne fais pas grand cas de tout ça, j’avance, c’est tout. Je fais mon chemin…

© Francis Poirot

A vos débuts, à 38 ans, lorsque vous vous êtes lancé dans cette aventure artistique, muni de votre seule détermination et de votre talent, vous ne vous êtes jamais découragé ?

Non, parce que c’était un hobby. A la base, je ne faisais pas ça pour le montrer ni pour gagner ma vie. En fait, j’ai d’abord eu la chance d’avoir plusieurs expériences professionnelles, j’ai eu plusieurs vies, cette maturité m’a donné une idée des codes et du chemin à suivre. Quand après des mois de travail, j’ai voulu exposer ma première œuvre, effectivement, certaines personnes ont cherché à me décourager. Très rapidement quand même, puisque j’avais dans ma tête une espèce de plan et que je savais où je voulais aller, j’ai rencontré l’adhésion du public. Cela a marché très vite !

Comment se fait-il que rien ne vous résiste ?

On voit toujours la face émergée de l’iceberg ! On ne voit pas tout le travail qu’il y a derrière, toutes les contrariétés, les déceptions. Derrière tout ça, il y a une implication très importante. Il y a aussi une équipe solidaire. C’est un travail d’équipe, ce n’est pas un travail solitaire.

En 2006, la première pièce que vous présentez au public, est un crocodile en résine rouge « Born Wild ». Ce « Born Wild » (inspiré du « Livre de la Jungle » que vous affectionniez enfant) est un bestiaire d’animaux sauvages, fiers, conquérants. Vos sculptures interrogent-elles nos peurs concernant nos pulsions sauvages, instinctives ?

Mon message est le suivant : j’ai exacerbé la violence, l’animalité qui est en eux. Ils ont toujours la gueule ouverte, les dents acérées, les mâchoires prêtent à mordre. Ce sont plutôt des animaux féroces que j’ai représenté. Mais cette férocité, cette violence, les animaux l’utilisent à des fins utiles parce qu’ils tuent pour se nourrir. Ils tuent par nécessité. Nous, nous faisons des guerres… L’espèce humaine se pense beaucoup plus intelligente que les animaux parce qu’elle exerce une sorte de domination sur eux, alors que finalement elle a beaucoup à apprendre des animaux. Les animaux tuent pour obéir au cycle de la vie et c’est un cercle vertueux, alors que nous, malheureusement, sommes dans un cercle vicieux. Cela dit, j’ai aussi réinterprété complètement l’animal. Je change, je joue avec ses formes. Je corrige la nature à mon image…

Est-ce à dire que les animaux sont plus sages que nous ?

Ils sont plus humains que les humains…

Dans lequel de ces animaux, vous retrouvez-vous le plus ? Le loup épris de liberté qui échappe au contrôle de l’homme, le gorille invincible, le tigre prédateur ?

Le gorille ! En réalité, c’est celui qui se rapproche le plus de l’homme, ne serait-ce que dans la manière de se tenir ! A part les poils, évidemment ! Je ne sais si l’homme descend du singe mais de toute évidence, il y a une vraie similitude !

Vos gorilles sont souvent amoureux ! Dans votre single « Heartbeat », le gorille géant fond littéralement devant la chanteuse. On entend les battements de son cœur amoureux…

Comme dans King Kong, c’est un singe au grand cœur. Il est plus sage que l’homme. Il défend sa belle. Il a beaucoup de vertu ce King Kong ! Ou alors beaucoup de défauts, le défaut d’aimer, de vouloir le bien de l’autre…

En 2007, Dominique Desseigne, le PDG du Groupe Barrière, vous offre d’exposer vos œuvres à l’hôtel Normandy en plein festival du cinéma américain de Deauville. L’acteur Andy Garcia flashe aussitôt sur l’un de vos crocodiles et vous l’achète. C’est le début de la gloire…

C’est une anecdote assez amusante. A l’époque, je n’étais pas très connu, mais nous avions fait une belle exposition sur tout le festival. On était en plein vernissage au Normandy et des gens du staff de Dominique viennent vers moi en s’exclamant : « Monsieur Orlinski, il faut absolument venir maintenant ! Andy Garcia veut acheter vos œuvres ! » Pour eux, cela avait l’air d’être un grand événement ! Moi, je ne me rendais pas compte de l’importance de la chose. J’ai donc accepté. On a traversé la rue avec une cohorte de gardes du corps. Andy Garcia était à l’hôtel Royal et le vernissage avait lieu au Normandy. Il y a quelques centaines de mètres entre les deux hôtels. On arrive en bas du Royal. Là, on téléphone à sa chambre. Et on nous répond, Monsieur Garcia s’est endormi ! Il s’est couché très tard ! Le directeur de l’hôtel avait l’air navré et répétait qu’on ne pouvait rien faire. Mais, je n’avais pas l’intention de revenir, alors j’ai dit : « Vous transmettrez que l’artiste s’en va ! De toute façon, il ne reviendra pas ! Il n’a pas que ça à faire ! » Une assistante de Dominique a été très dynamique et ne s’est pas laissée démonter. Deux secondes après, finalement, on a appris que c’était bon ! On est monté là-haut, Andy Garcia était en robe de chambre. En pyjama, devant tout le staff de l’hôtel, là à attendre dans le couloir ! Il m’a fait entrer dans sa suite et on a sympathisé tout de suite. J’avais l’impression qu’on était amis depuis toujours, qu’on s’était quitté la veille. On est resté deux-trois heures à discuter et le lendemain ça a fait « La Une » des journaux locaux ! On a noué une relation très vite. Les américains sont si simples, conviviaux et faciles !

C’était le début de la gloire…

Oui, même si je ne m’en rendais pas compte au début. Même aujourd’hui, j’ai toujours l’impression qu’on en est au début…

Ce succès à Deauville vous a donné l’idée d’exposer vos sculptures dans les lieux fréquentés par les stars et la jet set. Vous installez alors vos gorilles géants sur la Croisette à Cannes…

C’est vrai en partie… mais pas seulement ! C’est ce que relatent les reportages à la télévision car les journalistes aiment bien insister sur le côté spectaculaire des événements, mais si je n’exposais que dans les lieux fréquentés par les stars, je ne vivrais pas aujourd’hui ! Moi, je parle au plus grand nombre. Et puis le terme de jet set me semble un peu démodé. Il correspondait à une époque. Il a perdu son sens aujourd’hui. Il y a tellement de mixité, de monde qui se mélange. Ce n’est plus le Saint-Tropez d’il y a 20 ans où on venait regarder les vedettes. A l’ère d’Internet, le monde a beaucoup évolué.

Vous faites aussi des expositions à ciel ouvert, comme ce sublime ours blanc que vous campez sur les hauteurs de Val d’Isère, au sommet de la montagne. Mais aussi des expositions dans les rues de Paris, comme au Village Royal. Où pourrons-nous croiser vos prochains bébés ?

J’expose en ce moment à Saulieu, avec François Pompon, qui est l’un des plus grands sculpteurs animaliers du 20ème siècle. Le Musée de Saulieu organise une exposition intitulée « Le Choc des Titans ». Ce sculpteur a fait un ours polaire qui est très emblématique. Donc, on a mis mon ours polaire avec le sien ! C’est une rétrospective tout à fait intéressante. Sinon, effectivement, j’ai exposé l’année dernière au Village Royal à Paris, c’était une très belle exposition. Nous allons sûrement renouveler l’opération en septembre prochain d’ailleurs. Mes sculptures sont aussi exposées en ce moment et pour plusieurs mois dans les rues de Montélimar et dans le musée d’art contemporain de la ville. Aujourd’hui, je veux faire plaisir au public. Mon maître-mot, c’est le partage !

© Francis Poirot

En 2014, vous vendez une œuvre pour 15 millions d’euros. Il s’agit d’un Pin-up jaillissant de la bouche d’un crocodile en or. Cette nouvelle Vénus ne sort pas des eaux mais des mâchoires acérées d’un crocodile. Est-ce à dire que le monde contemporain est particulièrement cruel pour la femme, que l’homme « est un loup » pour la femme, que c’en est fini de l’amour courtois ?

En réalité, cette œuvre est assez étonnante parce qu’on peut l’interpréter de plusieurs façons. Je ne veux pas insuffler une interprétation unique. J’aime bien l’idée que les gens l’interprètent comme ils en ont envie. J’aime cette liberté. La Pin-up peut sortir du crocodile mais elle peut y rentrer aussi ! On ne sait pas dans quel sens cela se passe. Est-ce que justement, elle en sort pour s’échapper, pour se désaliéner, pour sortir de l’emprise ?

Oui, mais le crocodile est un prédateur vorace, cela signifie que la femme est menacée, qu’elle est une proie…

Malheureusement, de tout temps, la femme l’a été. Les femmes sont en butte au sexisme, à la violence conjugale, aux agressions etc. C’est pour cette raison que je soutiens beaucoup d’associations qui défendent les conditions de la femme dans le monde, comme l’association Womanity.

J’insiste ! Mais si la femme rentre dans le crocodile, celui-ci la dévore aussi !

Je n’y ai pas pensé au moment de réaliser cette sculpture ! J’éprouve une envie de création immédiate, un élan, mais je ne sais pas forcément pourquoi. Je réalise des choses et je réfléchis après. Ensuite, les observateurs soulignent ou non le manque de relation entre une œuvre et une autre. Or, il y en a toujours une. Pour la bonne raison que ces œuvres sortent toutes de moi ! Mais je n’en suis pas toujours conscient tout de suite.

Lacan disait : « l’art c’est l’inconscient qui parle à l’inconscient »…

C’est ça ! C’est mon inconscient qui me parle. Ce qui explique que c’est parfois bien après que je comprends pourquoi j’ai fait une œuvre…

Simone de Beauvoir soulignait à propos de la femme qu’il n’y avait pas d’autre alternative que « bête de sexe ou bête de somme ». Pensez-vous que la femme contemporaine doit rentrer dans le moule pour plaire ? Ne reste-il donc à nos contemporains que la performance et la compétition, comme l’écrit Michel Houellebecq ?

J’ai beaucoup d’amies qui se livrent à moi et qui me font part des difficultés d’être une femme, aujourd’hui encore. Bien sûr les mentalités évoluent mais pas aussi vite qu’elles ne le devraient. Les diktats physiques par exemple sont aujourd’hui très forts. L’essor de la chirurgie esthétique est révélateur de nos nouveaux canons de beauté et de notre quête perpétuelle de jeunesse. Mais tout ce qui était réservé aux femmes, cette course effrénée vers la perfection, l’homme y participe de plus en plus.

Mais vous, vous soumettez-vous à ces diktats ou les envoyez-vous promener ?

Moi, je suis un esthète, je suis toujours en quête de perfection pour mes œuvres. J’aime qu’une sculpture soit parfaitement finie, aboutie. Bien sûr, quand on est esthète, on apprécie ce qui est beau. De là à dire que c’est un diktat, c’est ridicule. Je pense que l’être humain est composé de pas mal de facettes, il faut savoir aussi être raisonnable et avoir du recul par rapport aux choses. L’excès n’est jamais bon dans rien. Tout cela est valable dans notre société occidentale. Mais en allant dans d’autres sociétés, on découvre vite qu’ils n’ont pas les mêmes codes. Nos codes occidentaux ne sont pas universels.

Vous ne cessez de montrer la cruauté du monde contemporain, un monde très hostile avec des mâchoires de prédateurs, ou sa vacuité, avec une sculpture par exemple symbolisant un pantalon, un jean vide… Ce jean symbolise-t-il la société de consommation, le consumérisme effréné ?

Non ! Le jean est vivant, il est flottant, il est déboutonné. Avec lui, je représente une icône. Comme l’a fait Andy Warhol, mon modèle, à son époque. Le jean, c’était plutôt une façon de représenter la sensualité. D’ailleurs, dans certains pays, je ne peux pas vendre cette sculpture, elle est considérée comme trop sensuelle. A ce propos, on ne sait pas si c’est le pantalon d’un homme ou d’une femme… C’est l’action que je souhaitais représenter, le côté vivant. C’est difficile de représenter un jean vivant ! Et puis le jean a participé à mon histoire, je suis né avec le jean. Nous sommes les enfants du jean. Il a été le pantalon le plus vendu au monde !

Dans votre œuvre, à la violence vous répondez par la douceur; à la destruction, vous opposez la vie; à la férocité, vous répondez par l’amour… D’accord avec ça ?

Complètement !

Vous sculptures sont très graphiques, avec des pliages, des arrêtes, des facettes. Ce miroir à facettes, est-ce pour refléter toutes les facettes de l’être humain ?

Mes sculptures sont taillées à facettes comme un diamant. D’où une certaine brillance, un éclat particulier. Mais ces facettes, c’est aussi un mélange de symboles. Ce subtil cristal nous éclaire sur nous-même…

Ces facettes sont-elles toujours positives ou y a-t-il des faces cachées ?

Non, je suis quelqu’un de très positif même quand j’interprète une tête de mort !

Toutes les stars raffolent de vos sculptures. Sharon Stone fut l’une de vos premières admiratrices. Elle possède plusieurs sculptures de vous. Justin Bieber a devant sa piscine deux de vos crocodiles bleu, un petit et un grand. Paul McCartney a une guitare en aluminium de vous…

J’ai aussi parmi mes collectionneurs des stars de l’Est, en Inde, partout. Pas seulement des stars américaines connues des occidentaux ! Mais ce n’est vraiment pas le plus important pour moi, connu ou pas, aisé financièrement ou pas, spécialiste ou néophyte, je veux que celui qui acquiert mes œuvres en éprouve un réel plaisir, de la joie même.

Qu’éprouvez-vous à essaimer ainsi vos sculptures aux quatre coins du monde ?

Je rentre complètement dans le concept de partage. Je ne cherche pas la notoriété ou la reconnaissance pour la reconnaissance. Ce que je veux, c’est pouvoir partager avec le plus grand nombre. Plus je partage, plus je suis content !

Cela vous rend heureux de rendre heureux les gens ?

Exactement ! C’est ce que je donne qui m’intéresse ! La dernière fois, on a remis à un collectionneur une panthère pour un événement. Il m’a pris dans ses bras, il était incroyablement ému… Pareil pour les enfants ou les personnes plus âgées. Dès qu’une émotion passe, j’ai tout gagné !

© Francis Poirot

Vous sculptez la résine mais aussi les notes. Vous avez signé deux singles : « Heartbeat » puis « Paradise », des tubes qui ont fait danser la planète entière. Avez-vous d’autres projets musicaux ?

Oui, j’ai un premier album en préparation, contenant une vingtaine de titres.

Et des spectacles aussi ?

Je travaille à un spectacle interactif pour 2019, dans lequel je ferai participer le public. Ce qui me dérange dans les spectacles actuels, c’est le côté passif. Je préfère que le spectateur se sente sollicité afin de favoriser une communion entre le spectacle et le spectateur. Dans ce futur spectacle, j’aimerais faire partager une expérience multi-sensorielle aux spectateurs-participants. Nous ferons appel aussi à toutes les émotions : musique, théâtre, humour. Ce sera quelque chose d’assez complet et d’assez nouveau. J’ai besoin de faire des choses qui me plaisent à moi aussi. Quand je fais une sculpture, il faut qu’elle puisse être dans mon salon, que j’ai envie de la contempler tous les jours. Quand je vais à un spectacle ou au théâtre, je n’ai pas envie de m’ennuyer. Donc, je vais créer un spectacle, où on sera en même temps spectateur et acteur !

Vous avez sorti aussi un livre !

En mai 2017 chez Michel Lafon : « Richard Orlinski. Pourquoi j’ai cassé les codes. » C’est un livre assez pédagogique qui explique, en toute humilité, mon parcours, les embûches que j’ai pu rencontrer, etc. A chaque fin de chapitre, je donne les codes qui m’ont aidé, en me disant que cela peut servir à d’autres pour aller plus vite, pour éviter de perdre du temps. Il y a pas mal de messages aussi. C’est ma première bio ! Auparavant, j’ai déjà fait des livres, mais c’était des livres d’art…

Des sculptures, des CD, un film au cinéma « Les Effarés » dans lequel vous allez tourner bientôt, une biographie, vous êtes dans une dynamique créatrice incroyable !

On n’a qu’une vie ! Comme disait Moustaki « Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer ! »

Vous dévorez la vie…

Faut avouer que je n’ai plus vingt ans non plus ! C’est aussi une façon de conjurer la mort…

Vous construisez, édifiez, créez pour détruire la destruction. Pour arrêter la mort ?

C’est très fort chez moi, cette angoisse de la mort depuis que je suis tout petit. C’est ce qui fait que j’ai envie de faire en un an ce que d’autres font en dix ou vingt ans ! Du coup, je cours toujours après le temps. C’est physiquement très éprouvant, c’est beaucoup de stress, mais bon c’est un moteur fabuleux !

Finalement, vous êtes un homme extrêmement sensible…

Oui, c’est sûr, mais je cache beaucoup ma sensibilité. Disons que je donne parfaitement le change. J’ai créé une armure autour de moi pour me protéger. Je n’ai pas le choix. Parfois, ce bouclier se révèle ennuyeux parce qu’il m’empêche de ressentir des émotions. Mais c’est nécessaire parce que des flèches, on en prend dans tous les sens. Quand on a une certaine notoriété, le succès est parfois difficile à gérer.

Quand on est au centre, on est la cible…

Voilà ! Il faut se protéger !

Richard Orlinski, vous semblez tout avoir… Qu’est-ce qui vous manque encore ?

Tout !

Qu’est-ce qui vous fait vibrer ?

La peinture, la sculpture, la musique. Bref, l’art sous toutes ses formes ! C’est aussi tout ce que peut apporter la vie, les enfants. Par ailleurs, je suis très impliqué dans plusieurs causes caritatives. Je fais, par exemple, des ateliers à Garches pour les enfants malades. J’ai animé récemment un atelier artistique où l’on réalise avec les enfants des petits modelages, de la peinture, des dessins. Il y avait là une petite fille extrêmement douée qui produisait à main levée des choses incroyables. Je lui ai dit : « Tiens dans mon prochain bouquin d’art, je publierai ton dessin ! » Je l’avais déjà fait pour les enfants malades de l’hôpital Necker. Donc, le soir je rentre, les médecins et les personnes de l’association me remercient. Soudain, la Présidente de l’association vient vers moi et me dit : « Te rends-tu compte de ce qui s’est passé aujourd’hui ? Je lui rétorque un peu surpris « Non, que s’est-il passé ? », « La petite fille avec qui tu as parlé, elle n’avait jamais parlé auparavant… » J’ai trouvé ça incroyable ! Bien sûr, ce n’est pas grâce à moi, c’est un concours de circonstances, mais c’est à ce moment précis qu’elle s’est exprimée. Pour moi, c’était extrêmement émouvant. Si on fait des choses pour les enfants, ils nous apportent souvent plus que nous ne leur apportons…

Qu’est-ce qui vous rend heureux ?

Ce genre de démonstration, vous voyez, me rend heureux ! Cela remplit, c’est un vrai bonheur…

Richard Orlinski, quelle est votre devise ?

Take the best fuck the rest ! (prendre le meilleur et laisser le reste.)

Enfin, estimez-vous que vous êtes notre Jeff Koons français ?

Non ! Mais j’ai déjà eu cette comparaison. Elle ne me dérange pas d’ailleurs.

C’est une comparaison flatteuse…

C’est drôle ce que vous dites, parce qu’il y a 5 ans, il a un critique d’art qui a écrit un article très virulent, très destructeur au sujet de l’art contemporain et surtout des artistes contemporains, et j’étais dans le lot ! Il faisait un parallèle entre le Balloon Dog de Jeff Koons et le Born Wild d’Orlinski, or cette comparaison m’a fait plaisir parce qu’alors je n’avais pas la notoriété que j’ai aujourd’hui. Le journaliste me mettait au niveau de Jeff Koons. Je me suis dit tiens si je suis considéré comme Jeff Koons, du coup c’était très positif pour moi. Cela ne me dérange pas du tout d’ailleurs, on n’a pas la même vision, mais je trouve que ce qu’il fait est intéressant. Il assume ce qu’il fait, et j’aime beaucoup sa démarche. Moi, de la même façon, j’assume de ne pas faire toutes mes sculptures, la plupart de mes sculptures sont faites par mes équipes, je n’ai aucun problème avec ça. A l’époque, c’est déjà ce que l’on faisait. Les gens ne le savent pas mais Rodin faisait couler ses bronzes par ses collaborateurs. Aujourd’hui, je fais intervenir dix corps de métiers différents, presque cent cinquante personnes, des fondeurs, des mouleurs, des soudeurs, des polisseurs, des peintres, des menuisiers, des marbriers etc., et j’assume. Et Koons aussi assume ça. On le voit à son atelier en costume d’hommes d’affaires. Mais on s’en fiche de son apparence, l’important c’est le message qui est derrière. On aime ou on n’aime pas mais ce qui compte c’est l’œuvre. Peu importe comment l’artiste travaille.

Du 8 février au 9 avril 2017, on pouvait gagner une de vos merveilleuses sculptures en participant à un concours de photos à Courchevel. Quand recommencez-vous cette incroyable dotation ?

Très régulièrement, je fais ce genre d’opération parce que je veux que l’art soit accessible ! Je fais des concours, du dumping sur des œuvres, je les vends moins chères que leur prix de revient. Un jour, je suis passé chez Cauet, dans une grande radio, où j’ai proposé des œuvres. Et à ma grande surprise, j’ai découvert que les jeunes étaient très intéressés. Je pensais que ce qui les passionnait c’était la musique, c’est faux. Ils étaient aussi très réceptifs à la sculpture. J’ai même eu des demandes sur mon site. Certains m’écrivaient pour me dire qu’ils aimeraient bien avoir des oeuvres de moi ! Donc, derrière ça, j’ai lancé des petits événements, des concours etc. J’ai même fait des concours de Pokémon. J’essaye d’être dans l’actualité, de toucher, de parler à tout le monde, du plus petit au plus grand.

Vous êtes un véritable bienfaiteur !

Non ! J’essaye simplement de redistribuer !

Paru le 24 mai 2017, livre de Richard Orlinski : « Pourquoi j’ai cassé les codes » aux éditions Michel Lafon.

0

Yvonne Poncet-Bonissol

 « Le seul devoir d’une mère, c’est d’être heureuse »

Yvonne Poncet-Bonissol

Psychologue clinicienne, psychanalyste réputée, auteur d’essais sur le harcèlement moral dans la famille, la perversion narcissique, les emprises et les addictions, Présidente de l’Association de défense contre le harcèlement moral, Yvonne Poncet-Bonissol est connue du grand public pour ses interventions en qualité d’experte psychologue dans l’émission télévisée « Toute une histoire ». Durant dix ans, elle a fait connaître au public français les rouages de la maltraitance psychologique, de la perversion, de la manipulation, la notion de projection, les mécanismes de défense que les pervers mettent en place pour se protéger. S’inscrivant dans la lignée de Françoise Dolto, qui avait vulgarisé la pédopsychiatrie au meilleur sens du terme, Yvonne Poncet-Bonissol a fait en sorte de rendre la psychologie accessible à tous. Elle a mis ses compétentes professionnelles, sa capacité d’écoute et sa rigueur intellectuelle au service de millions de téléspectateurs, secourant des êtres dont l’estime de soi avait été fragilisée par des personnalités toxiques, les aidant à s’affranchir de situations douloureuses et destructrices. Cette grande psychanalyste profondément bienveillante a fait beaucoup de bien autour d’elle. Depuis des années, elle se bat aussi contre les violences faites aux femmes.

Conversation à bâtons rompus avec une femme merveilleuse.

L’émission « Toute une histoire » présentée Sophie Davant a rencontré un immense succès auprès du public durant dix ans, mais s’est malheureusement arrêtée en juin dernier…

Oui, et c’est dommage. Mais si vous voulez bien avant de commencer notre entretien, j’aimerais rendre hommage à Sophie Davant. Sophie est une femme exceptionnelle. Tout ce qu’on a pu dire sur elle de négatif est très médiocre. J’aime beaucoup la sensibilité de Sophie, son intuition. Et j’ai envie de vous dire que c’est aussi une excellente psy. Elle a un sens de l’autre, un respect de l’autre rare et belle vivacité d’esprit. De plus, elle est belle, elle illumine le plateau…

Dans cette émission « Toute une histoire », vous étiez souvent accompagnée aussi de l’avocat Marc Geiger…

En effet. Avec Marc, nous allons, peut-être, essayer de refaire quelque chose ensemble. C’est un grand professionnel, un homme remarquablement compétent et c’est quelqu’un à qui je veux être fidèle.

Venons-en maintenant à la perversion narcissique dont vous analysez le mode de fonctionnement dans votre essai « Le harcèlement moral dans la famille ». Etes-vous d’accord avec le psychanalyste Jean-Charles Bouchoux qui dit que le pervers narcissique se situe aux frontières de la folie et en réchappe en assujettissant l’autre, pour lui faire porter ses propres symptômes ? 

Oui, la perversion narcissique est une défense contre la psychose. Il m’arrive souvent de parler de psychose blanche, ce sont des êtres qui sont psychotiques, qui n’ont pas le sens de l’autre, qui n’ont pas le sens de l’altérité et qui projettent sur l’autre ce qu’ils sont et qu’ils ne veulent pas être. C’est-à-dire qu’ils fonctionnent sur la culpabilité, la dévalorisation. Quand ils dévalorisent l’autre, c’est d’eux dont ils parlent. Ils ont un rapport en miroir, c’est-à-dire que l’autre est un support de leurs projections. C’est un peu comme si l’autre devenait leur « poubelle », le porteur de tout leur dysfonctionnement. Cette projection est un mécanisme de défense et c’est le propre de la perversion narcissique. Mais cela veut dire aussi que le pervers narcissique est isolé, c’est un autiste de l’affect, un invalide de l’amour. Il est incapable d’aimer et c’est un comédien. Il joue aux sentiments mais il n’en éprouve pas.

Pourquoi certaines personnes entrent-elles dans le jeu des pervers quand ceux-ci discréditent ou salissent à tort les autres ? Ces personnes n’ont-elles pas de sens critique ?

Parce que ces personnes ont une faille narcissique elles-mêmes. Les gens bien construits ne rentrent pas dans le jeu des pervers…

Vous avez commis un superbe essai sur les dépendances affectives et les emprises toxiques. Selon vous, qu’est-ce qui déclenche la dépendance affective ? D’où vient cette insécurité intérieure ? 

Ce sont des êtres qui sont toujours en quête d’amour et qui n’ont pas eu de réponse à leur avidité affective. Ils sont restés suspendus, assoiffés d’amour. Donc ils deviennent dépendants et ils deviennent souvent dépendants d’une forme de maltraitance et de non réponse à leur besoin. On ne devient dépendant que lorsqu’on a eu des besoins que l’on a exprimés et auxquels on n’a pas répondu. Donc, on est toujours en attente d’une satisfaction de quelque chose qui n’arrive jamais. Si vous voulez, on reste toujours en attente comme l’oisillon dans son nid, le bec ouvert. La dépendance c’est une attente jamais comblée.

En ne lui donnant pas son amour, est-ce le parent qui crée cette attente chez l’enfant ?

Oui.

La peur profonde de la solitude est-elle le signe de la dépendance affective ?

Oui ! On ne se supporte pas parce que la vraie solitude c’est une forme de non-vie, on ne supporte pas d’être seul parce qu’on ne supporte pas d’être avec soi-même, d’être avec son image… Donc, l’autre est là pour venir vous gratifier, vous narcissiser.

Est-ce pour cette raison qu’on s’enferme dans le virtuel, qu’on a recours à Internet pour combler cette solitude ? Ne pensez-vous pas, à ce propos, qu’Internet est une offensive pour envahir le territoire psychique ?

C’est en effet très intrusif. C’est subtilement intrusif. Il ne faut pas oublier une chose c’est que le virtuel, la télé est devenue la deuxième nounou des enfants.

Vont-ils faire leur éducation alors ?

Un peu. D’ailleurs, ce qui me trouble en ce moment, c’est qu’il y a de plus en plus d’enfants autistes, des Aspergers. Ce sont des hauts potentiels intellectuels, ils sont sur stimulés, ils ont une mémoire faramineuse. Je pense que si j’ai un nouveau dossier à traiter dans les prochaines années, j’aimerai bien traiter sur l’Asperger.

C’est une psychose ?

En effet, c’est une forme d’autisme. Mais cela va souvent avec des hauts potentiels intellectuels et des hauts potentiels émotionnels.

Parlons maintenant des femmes et des violences faites aux femmes dans une société qui a tendance à occulter cette réalité. Faut-il briser la loi du silence ? Aider les femmes à sortir de la honte et de la culpabilité ?

Il est vrai que la violence est un de mes combats. Contre quoi faut-il se battre ? Tout ce qui est malin, c’est-à-dire le mal. Il faut que le bien triomphe du mal. Le mal au sens diabolique (diabolos signifie diviser). Le pervers divise toujours, il a une dimension diabolique. Quand on a un parent diabolique et pervers, il faut beaucoup de temps pour accéder enfin à un peu de paix. Par exemple, j’ai un patient qui a 55 ans, une très belle situation, qui a réussi brillamment. Il a compris qu’il a perdu énormément d’argent dès qu’il a rencontré une femme qui ressemblait à sa mère. Comme si soudain son argent ne lui était plus dû. Qu’il n’avait pas le droit de le gagner. Je crois que quand on a des parents un peu maltraitants psychologiquement, on peut être résilient, mais on se bat toute sa vie pour accéder enfin à un peu de paix, mais vers 60 ans…

En 2015, 146 femmes sont décédées suite aux violences infligées par leur conjoint. Que peut-on faire contre ce fléau ?

Briser la loi du silence, informer, mettre un terme à la culpabilité, tout ce qui est fait actuellement. Etre dans la prévention. Cette violence ordinaire du quotidien est intolérable et insoutenable.

Estimez-vous que les femmes qui subissent des violences sont plus tolérantes que les autres ?

Par loyauté pour leur famille, parfois elles se taisent…

Certaines ont des parents ou des grands-parents qui ont déjà vécu des violences. Par loyauté familiale, vont-elles jusqu’à les revivre ?

Souvent, il y a une généalogie de victime. Et une généalogie de bourreau. Mais bien sûr qu’on peut sortir de ce schéma. Pour cela, il faut se tourner vers de bons psys, des gens qui vous « boostent », qui vous disent que vous avez le droit de ne pas être victime, le droit d’être heureux. De souligner combien l’autoflagellation n’aboutit pas à grand-chose. Et surtout, on se doit, quand on a des enfants, et je dirai presque que c’est le rôle principal d’une mère, d’être heureuse. C’est son seul devoir…

Estimez-vous que la perversion est le contraire du respect ?

Bien sûr, c’est l’irrespect et l’égocentrisme portés à leur apogée.

Un essai vient de sortir dernièrement intitulé « La fabrique du pervers », Estimez-vous que la société fabrique actuellement des pervers ?

Oui

Selon vous, le monde s’oriente-t-il vers une perversion généralisée ?

J’ose espérer qu’un jour on mettra un terme à ça. Comme disait Malraux, le XXIème siècle sera spirituel ou pas. Soit on verse dans une forme d’échange ou de bonté, soit on verse dans la perversion et dans une forme de matérialisme exacerbé et cela c’est dangereux.

Yvonne Poncet-Bonissol, être adulte est-ce s’accepter, accepter ses limites ou renoncer à sa toute-puissance ?

De toute évidence, c’est renoncer à la toute-puissance, c’est faire preuve d’humilité. C’est accepter la vie au quotidien, c’est la remercier. C’est ça être adulte et puis c’est ne pas avoir peur des épreuves. Parce que bien souvent, on ne se rend pas compte mais on a les épreuves que l’on peut surmonter…

Vous croyez ?

C’est une impression, mais ce n’est pas du tout de la psychologie, c’est de l’expérience, comme une intuition, en tout cas, cette intuition m’a souvent portée, disons que cela m’a fait taire les angoisses que chacun peut avoir, dont l’angoisse de la mort, de la maladie, et je me dis toujours cette phrase « on a souvent que les épreuves que l’on peut supporter »…

Est-ce l’inconscient qui nous inflige ces épreuves pour nous apprendre à vivre ?

Oui, pour nous apprendre à vivre…

Mais pourrait-il aller jusqu’à nous faire mourir pour nous apprendre à vivre ? Par exemple, dans les cas de cancers, de maladies inopérables…

Dans tous les témoignages que j’ai pu avoir à travers cette émission de « Toute une histoire » depuis 10 ans, ce qui correspond donc à un nombre incalculable de gens, je trouve que bien souvent après la maladie, le handicap, les cancers, les personnes sont différentes. Avoir frôlé la mort, cela donne un sens à leur vie. C’est fréquent. Les personnes disent souvent cette phrase : « le cancer m’a sauvé », « ma souffrance m’a transformé » « on m’a donné une deuxième chance », « je vois la vie différemment » « j’ai tout quitté parce que maintenant, je veux vivre ». C’est ce que je vous disais tout à l’heure, c’est ce principe d’individuation où il faut absolument se délester de ce que l’on vous a demandé d’être et d’être ou de devenir ce que vous êtes.

D’advenir enfin à soi-même ?

D’accoucher de soi-même comme disait Socrate.

Mais il faut une vie pour ça… Au moment où on a acquis tout ça, c’est déjà la mort…

Oui, il faut une vie… Mais on l’acquiert jamais vraiment parce qu’on ne s’autorise pas totalement à l’avoir. C’est vrai que si on l’acquiert totalement, eh bien qu’est-ce qu’il nous reste, un grand vide… donc vaut mieux pas. Il faut toujours être en recherche ! Regardez Victor Hugo, à 83 ans, une semaine avant de mourir, il avait encore des rapports sexuels, jusqu’au bout, il y a cru… Chacun d’entre nous n’a pas la notion de la mort, l’inconscient nous protège de ça. Il n’a pas la notion du temps. C’est tellement génial que l’on se demande si parfois l’inconscient n’a pas été fabriqué d’une manière quasiment magique et cela ça fait partie d’un secret de la vie… La psychologie et la psychanalyse n’expliquent pas tout. Il y a aussi la vie et ses secrets…

Nos peurs sont-elles nos plus grandes ennemies ? La peur est-ce le contraire de la liberté ?

Oui. La phobie est un enfermement. Si on considère que la peur s’inscrit dans la phobie, et se matérialise par des phobies, par des anxiétés, c’est vrai que c’est le contraire de la liberté parce que ce qui nous prive de liberté, nos angoisses, nos peurs, nos verrous intérieurs, nos craintes, tout cela fait que l’on ne va pas de l’avant. Lorsque l’on a des peurs, on n’ose pas. Or, il faut oser la vie.

Ces peurs viennent-elles de l’enfance ?

Elles viennent de l’intérieur. C’est plurifactoriel. Très souvent ce sont des peurs projetés par nos parents.

Ce que ce que l’on appelle le destin, la fatalité ne serait-il pas plutôt l’œuvre de l’inconscient ?

C’est intéressant ce que vous dites ! Je pense que l’inconscient nous guide, nous mène par le bout du nez ! Et pas seulement notre inconscient individuel mais l’inconscient collectif qui lui aussi joue un rôle très important. Et l’inconscient transgénérationnel. C’est-à-dire que quand quelque chose n’a pas été réglé, eh bien la patate chaude est donnée, transmise à l’autre génération. Par exemple, une de mes patientes ne veut pas faire le don d’ovocytes alors qu’elle veut absolument un enfant. Parce qu’elle a fait beaucoup de recherches sur la mémoire cellulaire, parce qu’elle considère qu’il y a aussi une fracture transgénérationnelle, ne serait-ce que dans le don d’ovocytes, C’est symbolique, le don. A travers son analyse, on va à la rencontre de son histoire. Quant à moi, j’ai vu dans mon histoire, disons lorsque j’ai fait le bilan de mon parcours, que j’avais rassemblé toutes les choses qui étaient restées un peu inachevées…

Vous avez refait le puzzle ?

Oui, j’ai refait le puzzle. Mes arrières grands-parents étaient des hommes d’armés très bons, toujours en combat. J’ai fait un combat de mon Association. Ensuite ma mère guérissait avec les plantes. J’ai travaillé un peu dans des laboratoires de phyto, presque à mon insu. Si je suis devenue psy, c’était pour mettre un terme peut-être à ce côté qui me faisait peur, ce côté invisible, cette lecture clairvoyante qu’ont les Médiums et qu’avait ma mère. Adolescente, cela me faisait très peur et j’ai voulu contrer ça d’une façon scientifique et je suis devenu psy. Enfin, un de mes grands-pères était écrivain publique, et je suis devenu écrivain !

Mais si l’inconscient nous guide, cela signifie qu’il n’y a plus de libre arbitre ? Cela veut dire que nous sommes déterminés par notre inconscient, que nos choix affectifs sont déterminés par lui, que nous ne sommes pas vraiment libres… Qu’on est mû par quelque chose qu’on ne contrôle pas…

J’ai peut-être été porté par quelque chose en effet, mais j’avais le choix de le faire ou de ne pas le faire. On a toujours la liberté d’accueillir les choses…

L’inconscient, cela peut être un ami, mais cela peut-être un ennemi aussi…

J’ai fait de mon Inconscient mon ami…

Comment fait-on pour faire de son inconscient son ami ?

D’abord, je suis à mon écoute. A l’écoute de ce que les autres me disent. A l’écoute des choix que j’ai faits. A l’écoute de la répétition.

Pour éviter la compulsion de répétition (la répétition morbide de situations douloureuses), que faut-il faire ?

Il faut un jour s’arrêter et se demander : pourquoi je répète tout le temps ? Et avoir le courage d’aller à la recherche de soi. Et s’affronter…

Oui, mais il y a des violences familiales comme le suicide d’ancêtres qui s’inscrivent à notre insu en nous…

Oui, et il faut faire très attention à cela. Les suicides dans une famille s’inscrivent en effet. Vous savez, je crois que les gens devraient prendre conscience que lorsqu’ils divorcent, cela s’inscrit aussi d’une manière transgénérationnelle…

La société permissive actuelle fait tout pourtant pour nous faire croire que ce n’est rien du tout de divorcer…

Je me bats contre cela. J’ai mis beaucoup de temps pour avoir ma fille, j’ai fait beaucoup de traitements. Dans mon couple, j’ai parfois été humilié par mon mari puis j’ai repris le dessus…

Est-ce pour cette raison que vous avez créé votre Association de défense contre le harcèlement ?

Oui, c’est pour cela… Mon mari a demandé le divorce, et j’ai refusé. Personne ne comprend mon choix. Parce que je ne veux pas que ce soit inscrit dans l’histoire de ma fille. Je me suis battue pour ne pas divorcer. J’ai repris le dessus sur le mal. Et maintenant, je n’ai que des choses merveilleuses qui m’arrivent…

Oui, mais vous êtes extrêmement bien construite ! Avouez qu’il y a quand même un déterminisme plus prégnant pour certains que pour d’autres. Parce qu’il y a quand même des familles plus abîmées que d’autres…

Oui, mais l’important, c’est l’énergie de base que l’on vous a donné, c’est la pulsion de vie. Parfois quand vous n’avez pas été désiré, l’enfant est dans une pulsion de mort et d’autodestruction et il a tendance à s’auto-flageller.

N’avez-vous pas l’impression que la société occidentale est actuellement plus dans la pulsion de mort que dans la pulsion de vie ?

Oui, et on est aussi dans la crainte, avec tout ce qui nous arrive. Paradoxalement, on a eu des guerres qui étaient certainement plus meurtrières que ce que l’on vit actuellement. Néanmoins ce qui est meurtrier c’est la solitude affective des gens qui grandit.

Avec les sites virtuels qui se multiplient…

On ne touche pas au corps, on ne prend pas le risque. On fuit l’autre.

Nous sommes aussi dans une société très narcissique…

Il y a ceux qui sont de plus en plus dans la lumière, qui sont dans une quête spirituelle et les êtres narcissiques, les prédateurs qui sont dans la quête matérielle. D’un point de vue économique, ces derniers veulent de l’argent et considèrent que le pouvoir comme l’argent leur permettent de tout contrôler. Ils se servent de l’argent comme élément de domination.

Etes-vous d’accord avec le philosophe Bernard Sichère qui dit que « la haine de l’autre va avec la méconnaissance de soi » ?

Oui, on hait en l’autre ce qu’on est soi-même et qu’on ne veut pas voir… La haine de l’autre c’est souvent la haine de soi… Il faut parfois choisir entre haïr, juger et aimer.

Se connaître soi-même, est-ce le travail de toute une vie ?

C’est un travail au quotidien et c’est le travail de toute une vie. Ce qui peut être paniquant pour certains, c’est qu’à un moment donné, on se rend compte que l’on ne sait plus rien. Socrate disait « Je sais que je ne sais pas ». En vieillissant, et je peux presque le dire, à mon âge, j’ai l’impression de quitter des théories, de quitter beaucoup de choses, d’avoir une forme d’humilité et je vais beaucoup plus au cœur de l’autre parce que je ne suis plus envahie par des principes, des théories, des dogmes.

Aldo Naouri affirme dans son essai « Qu’est-ce qu’éduquer son enfant ? » qu’auparavant les parents disaient à leurs enfants « dans la vie, on ne peut pas tout avoir » tandis que maintenant on leur dit « non seulement tu peux tout avoir mais tu as droit à tout ». Pensez-vous comme Aldo Naouri que les interdits, la frustration sont nécessaires à l’évolution de l’enfant ?

Oui, les interdits sont nécessaires mais pas n’importe quand et à n’importe quel moment. Je crois que ce qui est important c’est d’apprendre à l’enfant le manque. Parce que c’est le manque qui crée le désir et que des enfants trop comblés sont des enfants sans désir. Donc, cela crée une dimension très narcissique. On les met dans une posture de toute puissance. Je crois qu’il faut essayer de leur dire non et c’est très dur, mais aimer l’enfant c’est savoir à certains endroits lui dire non, là, ce n’est pas possible. Cela renvoie à quelque chose qu’ils apprennent : il faut avoir soif pour gagner. Si on n’a pas soif, si on n’a pas faim, on n’a pas envie de réussir. On n’a pas envie de se battre. Or, je crois qu’il faut du manque pour désirer et pour se battre.

Cela veut-il dire que ces enfants non frustrés ne franchissent pas toutes les stades de la construction du moi ?

Ils restent dans la toute-puissance, dans le stade narcissique, régressif et immature.

Et comme la société, elle aussi, devient de plus en plus narcissique…

En effet, parce qu’on est dans le stade de l’enfant-roi. Alors, c’est vrai que l’enfant est une personne à part entière. On respecte l’enfant comme un invité mais un invité ne fait pas n’importe quoi à la maison. C’est Dolto qui disait qu’il faut accueillir l’enfant comme un invité. Je trouve que c’est très important. Vous accueillez l’enfant comme un invité, il a des droits, mais aussi des devoirs, il ne fait pas n’importe quoi quand il vient chez vous. Sans le couple, il n’y a pas l’enfant et quand l’enfant prend toute la place, il n’y a plus de couple.

Aldo Naouri affirme encore que le père n’a qu’une fonction, ce n’est pas forcément d’emmener l’enfant à l’école, de pousser la poussette ou de le conduire chez le pédiatre, c’est d’être amoureux de la mère. Etes-vous d’accord avec lui ?

Oui, le père a comme fonction d’être amoureux de la mère et comme ça chacun reste à sa place ! Mais il a aussi le rôle de tiers-séparateur. Quand il est amoureux de la mère, il dit à l’enfant, « attention c’est ma femme », et là, il n’y a pas de confusion. C’est là qu’il fait office de tiers séparateur entre la mère et l’enfant.

Acquérir une image suffisamment bonne de soi dans la petite enfance permet-il de mieux trouver sa place dans la société ?

C’est une évidence, plus on est construit, c’est-à-dire qu’on est construit avec des manques, avec des frustrations, avec de l’amour; plus on est construit, mieux on trouve sa place. Deux concepts qui sont des concepts de Winnicott me paraissent importants pour se construire. C’est le holding, cela veut dire que la mère porte l’enfant, et le helding, cela veut dire accompagner l’enfant vers quelque chose.

Selon vous, la maladie est-elle une réponse à des non-dits ?

Le mal a dit… Certaines maladies, je pense. C’est une voix par laquelle les émotions s’expriment. Donc, c’est le cœur qui parle, c’est un mal qui ne peut pas être dit, c’est des émotions bloquées. Et j’ai envie de vous dire, ce qui ne s’exprime pas s’imprime. Et s’imprime où ? Sur le corps. Par exemple les ruptures difficiles, les ruptures impossibles, les deuils non faits peuvent s’exprimer par de l’eczéma ou du psoriasis. Cela crée une dimension anxiogène qui crée un état ou des maladies auto-immunes. Les maladies de peau sont des maladies où l’on crie sa quête d’amour. Un amour perdu et qu’on ne retrouve pas…

En fait, on meurt tous du manque d’amour, comme l’écrivait Michel Houellebecq…

J’ai envie de vous dire on meurt tous du manque d’amour de soi… Il faut être sa propre mère quand on a été fragilisé. Il faut devenir sa meilleure amie. Il faut faire en sorte d’être très bienveillant vis-à-vis de soi. Il faut être ami de soi-même…

Comment fait-on pour renouer avec soi ?

Pour renouer avec soi, il faut renouer avec la vie et considérer que la vie est belle. C’est la première chose. Il faut renoncer à des plaisirs illusoires, c’est-à-dire de complétude, de perfection. Les gens qui sont dans une quête de perfection ne seront jamais satisfaits. Donc, il faut quitter cette forme d’insatisfaction majeure sur tout. Il faut accueillir la vie chaque jour, il faut vraiment l’accueillir au sens « ne panique pas, la vie est là, je l’aime la vie » et puis on gère ce qu’on trouve. Il faut savoir renouer avec ce qu’on appelle l’interconnectivité. Quand vous êtes dans une situation qui vous parait insurmontable, vous vous dites : il y a deux solutions. Qu’est-ce que je fais là ? Je me bats ou j’attends que la vie me donne des réponses. Eh bien mon expérience me dit qu’il ne faut pas paniquer, mais il faut déjà un peu lâcher pour accueillir la vie. On ne se bat pas contre des choses impossibles. On accueille plus la vie. Et on voit comment cela se déroule. Il ne faut jamais paniquer…

Donc la vie vous donne ses propres réponses…

Oui, c’est en tout cas comme cela que je l’expérimente. Peut-être que je suis spirituellement protégée… C’est la question que je me pose, mais je n’aurai jamais la réponse…

Ecrivez-vous sur quelque chose en ce moment ?

J’aimerai bien écrire justement sur « à la recherche de soi ». Peut-être aussi sur l’autisme…

Mais l’autisme n’est-ce pas aussi le déni de l’altérité ?

Oui, on n’est pas avec l’autre…

Vous allez me trouver pessimiste mais j’ai l’impression que nous sommes de plus en plus dans le déni de la réalité, le déni de l’altérité, le déni de l’intériorité… Nous sommes de plus en plus dans les faux-semblants, dans le mensonge, dans la tricherie…

Vous êtes en train d’évoquer les trois D de Freud : le déni, le défi, et le délit. Voilà les trois dénominateurs de la perversion…

Cela fait froid dans le dos… Enfin, Yvonne Poncet-Bonissol, connaissez-vous cette phrase de Pascal sur le divertissement « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et cependant c’est la plus grande de nos misères » ?

Pascal était un philosophe très rigoriste. Je crois qu’il faut faire la différence entre se divertir, s’étourdir, s’enivrer et se réjouir. On peut se réjouir, il faut s’autoriser à la légèreté. Parce que pour aimer, il faut offrir son propre bonheur à l’autre. On ne peut pas aimer si d’abord on n’est pas bien avec soi-même. C’est pour cela que je vous disais tout à l’heure que le devoir d’une mère c’est de travailler à son propre bonheur pour l’offrir à ses enfants. C’est ce que je fais avec ma fille. Elle a 23 ans. Elle a un humour farouche, elle est merveilleuse. Quelle réussite ! Tout le monde me le dit. Elle travaille dans la communication. On fait de la boxe ensemble le soir. Elle a beaucoup d’énergie. Je l’ai toujours éduqué dans ce sens, Laurine exprime toi, exprime toi ! Je lui disais tout ce qui ne s’exprime pas, s’imprime…