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Jivko

« Parler sur une oeuvre, c’est faire voyager le spectateur dans votre sens »

Du 15 octobre au 15 novembre 2016, place Saint-Germain-des-Prés, place Saint-Sulpice, et à la Mairie du 6ème arrondissement, Paris accueillera les œuvres du sculpteur Jivko. C’est l’occasion de découvrir un immense artiste dont les sculptures ne sont que puissance et légèreté, mouvement et vitalité, grâce et poésie. Des sculptures profondément émouvantes qui irradient une force intérieure, une sorte de spiritualité, une sagesse. Cet artiste d’origine bulgare, qui trouve dans la mythologie une inépuisable inspiration, a donné vie à des œuvres monumentales comme « Le Minotaure », « Le Centaure » et « Le rêve d’Icare ». La qualité de ses œuvres doit beaucoup à sa technique unique (il est l’un des seuls en France à sculpter avec de la cire d’abeille), et à sa façon de jouer sur le plein et le vide.  Des vides éclairant la matière, laquelle ouverte, laisse passer la lumière. On ne peut que tomber sous le charme de ses œuvres. C’est un miracle que ce bronze « Légèreté », on dirait une cathédrale de plumes, ardente comme une flamme, légère comme un fil de clarté, ou ce « Pèlerin », muni pour seul viatique de son bâton qui part d’un pas décidé sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle.

Nous avons rencontré Jivko dans son atelier. A peine entrée dans le patio de sa maison aux murs cramoisis, nous attendaient ses plus belles œuvres. Un choc visuel. Un concentré de beauté et de force.

Entretien avec un artiste tout à fait sympathique.

Jivko, vous êtes un artiste d’origine Bulgare. A 27 ans, vous quittez l’Europe de l’Est pour vous installer en France. Pourquoi ? Aviez-vous besoin d’une autre patrie ?

Je suis venu réaliser mes rêves ici… J’avais 27 ans et je venais de finir les Beaux-Arts à Prague. Pour nous, étudiants des pays de l’Est, la France était le pays le plus important en matière d’art. Elle était un exemple. Beaucoup d’artistes s’étaient réalisés en France. Et puis, c’était un pays qui accueillait véritablement ceux qui arrivaient avec du talent. C’est pour ça que je suis venu continuer mes études ici. J’ai suivi durant trois ans les cours à l’école des Beaux-arts de Paris. Puis je me suis lancé dans la sculpture. Si on y réfléchit, c’est vrai que j’ai vécu plus de temps en France que dans mon pays natal. Alors, effectivement, la France est devenue ma seconde patrie…

Quand vous commencez une œuvre, êtes-vous comme l’écrivain devant sa page blanche, devant votre pierre blanche ? Enfin « pierre blanche » pas vraiment, puisque c’est du bronze !

D’abord, je fais toutes mes sculptures en cire d’abeille. Ce sont des plaques de cire que je malaxe. Quand je commence une œuvre, j’ai déjà une idée très précise de la sculpture elle-même. La technique que j’ai est telle que l’on ne peut pas beaucoup modifier le résultat final. Donc, il faut être sûr de soi. La sculpture en cire  va ensuite à la fonderie. La fonderie remplace la cire par le bronze. Et moi, à la fin, je retravaille le bronze.

Donc, votre matière, ce n’est pas la terre glaise, c’est la cire d’abeille. Où trouvez-vous toute cette cire ?

Dans n’importe quel magasin d’apiculteur. Mais je n’en ai pas besoin de beaucoup parce que je fais seulement « le mur ». Mes sculptures ne sont jamais pleines.

Vous dîtes qu’une fois qu’on a commencé avec le bronze, tous les autres matériaux semblent fades…

En effet ! Quand on travaille le bronze, tout parait absolument fade après! Le bronze est un très beau matériau. Quant au marbre, il ne me correspond pas tellement. Dans le marbre, vous enlevez de la matière. Dans le bronze, quand je crée mes œuvres, j’ajoute de la matière…

Sculpter, c’est soumettre l’insoumise, la matière ? Engager un combat avec la matière pour la dominer ?

Je n’ai jamais pensé qu’il faille dominer la matière ! Il faut la maîtriser, non la dominer. La matière, c’est votre alliée. Vous connaissez la matière et en fonction de ses réactions, de ses capacités, de ses résistances, vous faites votre œuvre. Ce n’est pas une bataille avec la matière parce que la matière  n’est pas un ennemi, c’est quelque chose que vous vous appropriez, que vous utilisez pour vous exprimer.

On perçoit plusieurs influences dans vos sculptures, César, Giacometti. Il y a même un buste de vous qui, je trouve, ressemble à un Cocteau. Revendiquez-vous ces influences ? Et comment se défait-on de ces influences pour devenir soi-même ?

La façon dont travaille César est absolument opposée à la mienne. J’admire César, son travail mais je ne crois pas que mon travail lui ressemble… Sans doute pensez-vous aussi à Giacometti parce que mes statues sont allongées…

Non, parce ce qu’elles sont légères !

La légèreté, on l’obtient d’abord par du travail, par une grande maîtrise du matériau lui-même. Il faut aussi que la fonte soit de bonne qualité. César réalisait des sculptures en prenant des morceaux de ferraille ou de bronze qu’il assemblait. Après, il utilisait ces matériaux existants pour leur donner une forme, moi au contraire avec la cire, je pousse à l’intérieur pour construire mes œuvres et finalement c’est un travail qui se fait de l’intérieur vers l’extérieur. Cela jaillit dans l’espace et cela prend du volume. Résultat : la matière exprime sa force vers l’extérieur.

En effet, votre sculpture est très mobile, comme en mouvement. Vous faites bouger la matière, ce qu’a parfaitement réussi Giacometti avec ses créatures filiformes. Vous réussissez aussi à créer de la légèreté sans pour autant affiner vos sculptures. Elles sont merveilleusement aériennes. Comment faites-vous ?

Grâce à ce travail de l’intérieur vers l’extérieur, mais aussi à ce contraste entre le vide et le plein.La plupart des sculpteurs partent de la terre et lorsqu’ils travaillent avec la terre, c’est toujours plein à l’intérieur. Avec le marbre, c’est pareil. Avec ces matériaux, on a plus de mal à réaliser des choses fines. Cela ne vous permet pas d’être aussi précis dans le détail et dans l’expression qu’avec le bronze.

Le pèlerin, 2008

Vos sculptures sont hautes, présentes dans l’espace, c’est volontaire ?

Je fais des œuvres imposantes mais même mes petites œuvres ont ce côté monumental. C’est ça ma particularité : toutes les sculptures que je crée peuvent être agrandies de plusieurs mètres.

Selon vous, est-ce que vos sculptures disent tout, absolument tout… Au point qu’il n’y a plus besoin de parler dessus ?

Il faut s’exprimer mais il ne faut pas donner une explication ou se justifier. Il peut être intéressant de  parler sur le thème ou sur la technique d’une œuvre mais il faut laisser le spectateur faire son chemin. Parler sur une œuvre, c’est faire voyager le spectateur dans votre sens… Or, je crois qu’il est préférable de lui laisser la liberté de nourrir ses propres rêves, sa propre interprétation.

 La sculpture peut-elle dire ce qu’est l’homme ?  Vos sculptures disent-elles ce que vous êtes ?

Oh oui !

Alors qui êtes-vous Jivko ?

Moi, je ne peux pas dire qui je suis ! Je vais me contenter de vous répéter ce que les gens disent de mes sculptures. Ils disent (mais attention ce ne sont pas mes mots!) qu’elles sont poétiques, pleines de force, d’élégance…

J’ajouterai qu’elles sont puissantes ! Elles ne sont pas forcément tendres mais plutôt viriles !

J’ai un côté assez doux et un autre assez brut !

Dans une époque où tout bouge, tout s’accélère, «l’immobilité» de la sculpture a-t-elle encore un sens ?

Bien sûr, parce que si elle atteint son but, l’œuvre d’art provoque toujours des sentiments. Par exemple, je suis allé, il y a deux jours, au Musée de l’Homme, voir cette Vénus vieille de 25000 ans. Celle-ci représente la maternité. Elle était si belle, si actuelle, si atemporelle que j’en étais bouleversé. Si l’on parvient à provoquer des sentiments, qui soient éternels,  universels, qui touchent tout le monde, alors même dans cent ans, même si l’accélération est toujours au menu de notre monde, les œuvres éminemment belles parviendront encore à toucher les gens !

Pensez-vous que les jeunes sont touchés par l’art contemporain ?

Aujourd’hui, l’art contemporain cherche à surprendre. Chaque artiste cherche à faire quelque chose que personne n’a fait. Mais ce sont des phénomènes de modes qui seront balayés par le temps. Regardez les matériaux actuels : ce sont des matériaux comme du papier mâché qui ne peuvent pas résister plus de dix ans !

Alors que des matériaux nobles, comme le bronze, passent le temps…

Exactement ! Dans les années 50-60, il y eu une  mode extraordinaire de l’art abstrait. Plein d’artistes sont sortis. A l’époque, tout le monde était artiste. Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, vous ne souvenez même pas d’un nom ! Tout ça, ce sont des phénomènes de mode, de commerce. Parce qu’il faut bien inventer de nouvelles choses pour vendre…

Comme l’expression d’une certaine violence…

Par exemple. Mais c’est facile de créer quelque chose qui provoque une répulsion chez les gens, il suffit d’être un peu audacieux. Déplaire ne demande pas beaucoup d’efforts. Mais parvenir à inventer quelque chose qui va toucher les gens, ça, c’est une autre affaire !

Parce que le beau est presque inaccessible ?

Oui. Je crois aussi que l’œuvre est le reflet de l’artiste : elle reflète ce qu’il est. Avant, une œuvre d’art c’était le reflet du monde, maintenant c’est le miroir de l’artiste !

Pour vous, le monde contemporain est-il bancal et l’homme déséquilibré  comme semble le dire votre statue « Indépendance » ?

Je n’ai pas conçu cette statue dans ce sens. Je ne cherchais pas à dire que l’homme était déséquilibré. Si  déséquilibre il y a, c’est plutôt dans le sens où on franchit la ligne ou pas. Dans la vie, l’être humain doit faire des choix. Il balance entre les réussites et les défaites. Pour bien s’orienter, il doit prendre les bonnes décisions.

Vous reconnaissez-vous dans le monde actuel ?

Pour moi, c’est vrai que c’est parfois très frustrant parce que ce n’est pas évident de trouver sa place.

Vous n’avez pas trouvé votre place ?

J’ai trouvé ma place à mon niveau. Je me suis réalisé dans mon travail. Mais par rapport à l’Art officiel qui plait, je pense que je suis à la périphérie des intérêts officiels.

Mais vous arrivez à vivre de votre sculpture ?

Je vis même très bien !

Il y a une pudeur merveilleuse chez vous, une élégance : il n’y a ni agressivité, ni pulsion de mort  dans vos sculptures: est-ce parce que vous êtes en paix avec vous-même ?

Je ne pense pas… Je suis en paix avec moi-même dans mes créations. Je suis confiant. Je fais ce que j’ai envie de faire. Je ne suis pas dans le compromis, je suis incroyablement libre, et je suis surtout moi-même. Avec moi-même, comme personnage, ce n’est pas tout à fait le cas… J’ai quelques remords sur le plan professionnel qui de temps en temps me reviennent. Parce que j’ai commis certaines erreurs, peut-être des mauvais choix. Ou peut-être, parce que je suis trop exigeant…

 Depuis des années, vos sculptures rencontrent un vif succès. Vous exposez partout, au Sénat, place Saint-Germain, place Saint-Sulpice, en Allemagne, en Asie (en Corée du Sud, à Singapour et à Hong Kong, là où ils aiment vos œuvres les plus épurées, les plus symboliques). Vous êtes couvert de prix de médailles, de récompenses. Etes-vous sensible aux honneurs et aux vanités de ce monde ?

Au début, quand j’ai commencé à présenter mes œuvres, j’ai participé à beaucoup de salons, à beaucoup de concours, j’en ai gagné plusieurs, et je dois dire que c’était très rassurant. C’est  vrai que c’est une récompense, vous avez vos pairs et un public qui vous reconnait. C’est agréable parce qu’on apprécie votre travail, vous avez des distinctions, vous commencez à vendre, l’aspect financier n’est pas négligeable. J’ai eu le Prix de la Fondation de France (qui à l’époque s’élevait à 45 000  francs, ce qui était beaucoup), celui de l’Académie française. Cela récompensait toute mon œuvre d’alors, et surtout cela m’encourageait à continuer ! C’est très positif lorsqu’on est jeune, et que l’on éprouve le besoin de recueillir toutes sortes d’encouragements. Sinon, concernant « le chapitre des vanités », je ne suis pas quelqu’un de très mondain. Je suis très sociable, j’aime la compagnie de mes amis, mais je ne suis pas quelqu’un de « branché » qui court les réceptions mondaines, qui passent son temps dans les émissions de télé !

Malgré l’attachement que vous leur portez, vous dites de vos œuvres qu’il faut qu’elles fassent leur vie ailleurs… D’accord avec les Grecs qui disaient que les « œuvres ont leur destin » ?

C’est moi qui ai dit ça ?

C’est vous qui l’avez dit ! Je l’ai lu quelque part !

C’est très vrai, c’est exactement ça ! Toutes mes sculptures, je les travaille jusqu’au dernier détail, et à la fin, j’estime qu’elles sont parfaites ! Chaque fois que j’expose une œuvre, selon moi, elle est irréprochable. A ce moment-là, pour moi, c’est fini ! Elle ne m’intéresse plus. Il faut que ça parte ailleurs !

Donc, vos statues, ce ne sont pas vos enfants de bronze ?

Peut-être un peu quand je les travaille…Mais ensuite, je coupe le cordon ! A la maison, tous mes originaux sont cachés. Disons que je les range pour qu’ils n’influencent pas mon futur travail. Je ne les regarde plus. Ils font partie de mon passé. Par contre, c’est différent quand je vais chez des amis, ou des clients qui possèdent mes œuvres. A ce moment-là, dans un autre contexte, hors de mon atelier, je porte un nouveau regard sur elles et  je revois le moment où je les ai créées. C’est comme un flash, cela me rappelle des moments de ma vie.

Après le concert, 2007

Jivko, vendez-vous beaucoup ?

Je ne vends pas beaucoup, je vends bien !

Dans certaines statues, on dirait que pour vous l’être humain est une juxtaposition de plaques, de tiroirs, de cases, un peu comme chez Dali. Cherchez-vous à montrer à la fois, l’intérieur et l’extérieur, le mouvement et le repos, le plein et le vide ?

C’est une juxtaposition de volumes, pas de tiroirs ! Dans mes sculptures, en effet, c’est un jeu entre le plein et le vide. Ce vide porte sur les parties qui sont les plus faibles du corps, les jambes. Le bas du corps est évidé. Ce vide donne encore plus de force à cette faiblesse. Et donc plus de force dans les muscles qui sont à côté. Toujours ce fameux contraste ! C’est vrai que ce vide pour moi, au début, c’était comme un peu de souffrance à faire sortir. Ce vide signifiait quelque chose. Mais, c’était aussi une façon de donner de la légèreté à l’œuvre. La structure elle-même étant vide, cette ouverture permet de voir le jeu de la lumière dans les parties plus profondes.

Jivko, la sculpture, ce n’est pas le travail sur la lumière comme la peinture. Est-ce le travail sur l’ombre, sur la ligne ?

C’est d’abord un travail sur le volume, les lignes esthétiques. Mais c’est aussi un travail en spirale. De chaque côté où vous tournez la sculpture, à chaque regard, et à chaque angle où vous regardez, elle doit avoir un aspect esthétique. D’un côté, je cherche des lignes très simples, très épurées, de l’autre, la forme elle-même est riche dans sa surface.

Vous parlez assez peu d’amour dans vos sculptures. Pourquoi ?

Quand je suis amoureux, je crée des sculptures sur le thème de l’amour. Quand je le suis moins, je fais autre chose ! Mais, je vous rassure, je suis en permanence amoureux ! Cela dit, c’est vrai qu’une fois dans ma vie, il y a eu un moment où j’étais très amoureux. J’ai eu une déception, et j’ai donné naissance au « Minotaure ».

« Le Minotaure », c’est une statue magnifique dont il émane une force incroyable !

C’est l’une de mes préférées !

En octobre prochain, vous allez exposer place Saint-Sulpice et place Saint-Germain à Paris. Que représentent vos statues ?

Sur la place Saint-Germain, il y aura sept sculptures et autant sur la place Saint-Sulpice. Il y a quelques nouvelles œuvres et quelques anciennes. Les nouvelles œuvres portent surtout sur la légèreté. Il aura une exposition pour les promeneurs et aussi une exposition dans la mairie du 6ème arrondissement, avec quelques petites œuvres.


Hommage à Pierre Messmer.

Vous êtes en train de réaliser une statue monumentale de l’homme politique, Pierre Messmer, qui est une commande de la ville de Sarrebourg. Celle-ci sera exposée à partir du 3 septembre 2016 à Sarrebourg, en Lorraine. Cette statue est si ressemblante qu’on dirait qu’elle est vivante…

Il y aura, en même temps, la même exposition dans la ville jumelle qui porte le même nom en Allemagne, à Sarrebourg !

Enfin ma dernière question : Jivko, que cherchez-vous à atteindre à travers la sculpture ?

Un peu d’éternité…

Le minotaure, Bronze, 2000

Indépendance, Bronze, 1998

Rêve de musique, bronze. Septembre 2017

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Xavier Wttrwulghe

« Je veux rendre l’irréel réel »

C’est un photographe dont le regard est libre. Ses instantanés sont à son image : affranchis de toute contrainte. Imprévisibles, insoumis, insouciants et profondément humains. Car Xavier Wttrwulghe ne se soumet à aucun code. Il les invente. Il capte l’invu. Revitalise l’irréel. Dissipe les frontières entre l’invisible et le visible. Le jamais-vu et le trop montré. Incite à la révolte. Mobilise nos regards. Réinvente le réel à sa sauce. Résultat : ses photos impriment en nous de jolies émotions. Voyage dans un univers audacieux. 

Vous êtes un artiste plasticien et un photographe qui réalise des retouches créatives et des images visuelles. Votre travail est original et souvent surprenant. Que cherchez-vous à atteindre à travers ces photomontages, ces métamorphoses ?

Lorsque je réalise une photo, je recherche surtout à créer de l’émotion. La photo doit surprendre, étonner, redonner l’émotion de la présence vivante. Elle doit nous faire pénétrer au cœur du vivant, du vital.

Cherchez-vous à retoucher le réel pour le recréer ? Pour vous en extraire ou pour proposer une autre vision du monde ?

Je veux surtout que le résultat n’ait pas l’air factice. Beaucoup de personnes m’interrogent en me demandant comment j’ai fait pour amener ce rhinocéros sur les Planches de Deauville. Cela m’amuse et je me dis : T’as réussi ! Je veux arriver à rendre l’irréel… réel !

Il y a dans toutes vos images, un sens de la composition indéniable. Vos compositions sont toujours soignées, recherchées. Comment les travaillez-vous ?

Je travaille avec de nombreux programmes informatiques. Avant cela, je dessine beaucoup et je crée un storyboard afin de me projeter dans un univers décalé. Lorsque j’ai l’idée, je recherche aussitôt un endroit bien particulier pour mes décors.

Vous avez réalisé une photo incroyable : celle d’un rhinocéros marmorisé sur les Planches de Deauville. Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce cliché ?

Lorsque j’ai fait ma première expo à Deauville en mars 2018, je suis tombé littéralement sous le charme de cette ville. Alors je l’ai immédiatement immortalisée avec mon appareil photo. Je savais que j’avais en stock une image des Planches. Ne restait plus qu’à trouver ce que j’y allais y mettre dessus. Je suis pour la protection des animaux. La menace qui plane sur les rhinocéros m’affecte beaucoup. Lorsque j’ai réalisé le cliché du Rhinocéros blanc, au moment où l’obturateur de mon appareil s’est déclenché, en une fraction de seconde, j’ai vu l’image de ce rhino venant vers moi sur les Planches de Deauville. Et je me suis dis « tu l’as ta photo ! »…. Neuf mois plus tard le résultat est là, au salon ART SHOPPING de Deauville.

Vous vous êtes spécialisé dans la photo animalière décalée. Parmi vos clichés, on peut admirer un raton laveur géant placidement installé sur un pont qui surplombe une autoroute. Vouliez-vous signifier par là qu’on a dénaturé la nature à force de l’urbaniser et que la vie sauvage, les animaux n’y ont plus leur place ?

Oui, tout à fait. Grâce à cette série, j’ai voulu montrer que l’homme a construit des villes, des autoroutes, des espaces bétonnés et pourtant les animaux sauvages nous disent ok très bien, vous avez bâti tout cela, mais nous on vient quand on veut, on y a et on y aura toujours notre place !

La route est un thème récurrent chez vous. Il y a beaucoup de chemins, de routes, d’autoroutes dans vos photos. La photo c’est un instantané, la route c’est la durée (celle d’une vie). La route représente aussi la vitesse, le mouvement. Mais aussi la fièvre de la liberté (celle de Jack Kérouac et son roman  » Sur la route »). Ni bornes, ni limites. Pour vous, la route c’est la vie ? Ou est-ce la révolte car rien n’est tracé ?

Les chemins, les routes, j’adore cela. Ces lignes, ces perspectives donnent beaucoup de dimensions à l’image. Alors oui, elles sont souvent cassées, brisées, déformées mais la vie est comme cela… semée d’embûches. Oui je suis un peu révolté, et ce par rapport à mon enfance qui n’a pas été facile. No comment…..

Dans vos clichés, la route est souvent déformée, démolie. Vos routes ressemblent aux montres de Dali, elles symbolisent le temps. Or la photo arrête le temps. Cartier-Bresson disait : « La photographie peut fixer l’éternité d’un instant ». Pour vous, la photographie, est-ce une façon de conjurer la mort ?

J’adore Dali, Magritte, Picasso ! Ces grands artistes déformaient aussi les objets ou les personnages et j’ai toujours trouvé cela fascinant.

Vivre pour le photographe que vous êtes, c’est regarder, capter, refléter, s’imprégner, dévoiler le secret du monde ?

Je crée des images pour que l’on ait un autre regard sur ce que l’on a l’habitude de voir. A force de courir dans la vie, métro, boulot, dodo, on a des oeillères et on ne voit plus autour de nous. Rêver éveiller, c’est important. On a besoin de cela.

La photographie, pour vous, est-ce un langage ? Que cherchez-vous à exprimer ?

Comme je l’ai dit, je cherche à exprimer une émotion, à transporter les gens dans une autre vie, une vie parallèle.

Pourquoi êtes-vous devenu photographe ?

Pour la passion de l’image, l’illustration, l’expression, l’émotion que l’on peut transmettre aux autres.

Vous êtes photographe mais vous faites aussi de la peinture. Baudelaire disait de la photographie que c’était « la servante de la peinture ». D’accord avec lui ?

J’ai fait mes études aux Beaux-Arts de Bruxelles. Je pense que peinture et photographie sont liées. Je fais de la peinture lorsque j’en ressens le besoin, cela correspond à des périodes bien distinctes de ma vie. Mais je n’arrêterai jamais de peindre ni de créer. Lorsque les gens viennent régulièrement à mes expositions, ils sont toujours surpris car, à chaque exposition, il y a toujours quelque chose de différent…

A travers vos photos se dessine votre personnalité. Etes-vous un homme farouchement libre, imaginatif, affectueux comme le sont vos deux zèbres tendrement enlacés, non conventionnel comme le crient toutes vos photos, et plein d’humour comme l’est votre travail (par exemple comme ce bateau encavé dans la mer) ?

Oui mes zèbres représentent l’amour éternel, l’amour sans arrière-pensées. Je suis très amoureux de ma femme, nous sommes inséparables comme le sont ces deux zèbres…

Votre cliché « Gorille dans la brume » est sublime. Vos photos sont émouvantes, poétiques, et celle-là l’est tout particulièrement. On dirait que vous étiez là au premier matin du monde à capter l’essence de la beauté animale…

« Gorille dans la Brume » est bien sûr une mise en scène. Il s’agit d’un gorille Silverback en captivité que j’ai voulu remettre dans son milieu naturel. Comme s’il était heureux et libre…

Votre regard a-t-il évolué au fil des années ?

Bien sûr. Je pense que l’on évolue tous au fil du temps. Quelle soit positive ou négative, la vie a toujours un impact sur tout un chacun. Moi je me sers du bon et du moins bon (car il n’y a pas de mauvais) pour avancer. Mais je reste toujours positif.

Un photographe est-il un homme qui montre ce que les autres ne remarquent pas ?

Disons qu’un photographe en a la possibilité. Reste à savoir s’il va le faire ou non.

Vous avez reçu un Silver Award en 2018 pour vos photos. Que couronnait-il ? Dites-nous en plus…

Je me suis inscrit sur le site Artmajeur qui est un site de vente d’art en ligne. Au bout de trois mois, grâce aux ventes réalisées, aux vues et à la qualité du travail, le jury m’a octroyé un Silver Award. Je suis content.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Quelles seront vos prochaines expositions ? Y-a-t-il une galerie d’art parisienne qui expose vos clichés ?

J’ai beaucoup de projets en tête mais je ne peux pas encore vous en parler… Mes prochaines expositions auront lieu à La Baule, à Paris Carrousel du Louvre, à Lyon, Reims, Mulhouse, Bruxelles, en Suisse, à Monaco, etc. Je ne peux pas toutes les citer car il y en aura encore beaucoup ! Je n’ai pas encore de Galerie sur Paris, mais c’est dans mes projets !

Site: www.studio-flash.eu

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Jacques Mougenot

« Je n’envisage pas d’écrire une pièce sans humour et sans réjouir le public. »

Jaques Mougenot et Hervé Devolder dans la pièce Le cas Piche

On ne présente plus Jacques Mougenot. Tour à tour comédien, professeur de théâtre au cours Jean-Laurent Cochet, dramaturge reconnu, il est l’auteur et l’interprète de « L’affaire Dussaert », un monologue jubilatoire sur l’art contemporain qu’il a joué plus de 600 fois depuis sa création en 2002. Cet auteur dramatique, constamment taraudé par le besoin de création, a écrit des pièces inspirées et subtiles comme « La carpe du duc de Brienne » ou « Le Cas Martin Piche ». Il n’a de cesse de monter ses propres spectacles où il manie tout en finesse l’humour et la dérision. Ses pièces de théâtre devraient être remboursées par la Sécurité Sociale tant elles sont une fête de l’intelligence, un concentré de joie, un bonheur d’écriture. On en sort ravi et guéri ! Dernièrement Jacques Mougenot a adapté une pièce de jeunesse de Feydeau : « Les Fiancés de Loches ». Il a réussi le pari incroyable de la transformer en une superbe comédie musicale (aidé pour cela par un compositeur et metteur en scène talentueux, Hervé Devolder). Ces « Fiancés de Loches » sont un pur chef-d’œuvre de drôlerie et bien sûr la Profession n’a pas manqué de le remarquer. C’est pourquoi la pièce est nominée aux Molières 2016 dans la catégorie « Meilleur Spectacle Musical ».

Entretien avec l’heureux nominé.

Jacques Mougenot, vous êtes nominé dans la catégorie « Meilleur spectacle musical » pour les Molières 2016 pour la pièce « Les Fiancés de Loches ». Est-ce une forme de reconnaissance que la consécration de vos pairs ?

Bien sûr, cela fait très plaisir ! C’est une pièce qui mérite d’être récompensée parce qu’elle est le résultat d’un gros travail d’équipe avec une mise en scène exigeante, les talents conjugués d’un chorégraphe, de musiciens, d’une pléiade de comédiens, chanteurs et danseurs très doués, sans parler des costumes et décors magnifiques. Bref, beaucoup de monde a participé à ce spectacle. C’est vrai que ce serait pas mal si nous avions une récompense, cela permettrait de reprendre la pièce dans des conditions favorables.

Avez-vous une idée du discours que vous prononcerez si vous êtes l’heureux gagnant ? Quels seront vos premiers mots ? Une chanson peut-être ?

Oui, il était question que j’écrive une chanson ! Mais je n’aurai pas le temps de le faire. De toute façon, ce n’est pas moi qui ferai le discours.

Pourquoi ? C’est pourtant vous qui avez fait l’adaptation !

Oui, j’ai fait l’adaptation et les couplets. Mais c’est Hervé Devolder qui a fait la musique et la mise en scène. C’est plutôt lui qui parlera si jamais nous avons la chance de recevoir ce Molière, à moins que ce ne soient les producteurs du spectacle, ce ne serait que justice puisque ce sont eux qui nous ont permis de jouer dans ce si beau cadre.

La presse et le public ont salué unanimement « Les Fiancés de Loches » qui ont triomphé deux étés consécutifs au Palais-Royal. Comment expliquez-vous cet engouement ?

Parce que c’est une pièce de qualité. D’abord « Les Fiancés de Loches » est une pièce de jeunesse de Feydeau ( Feydeau a 26 ans lorsqu’il l’écrit ) qui permet qu’on la mette en musique. Toutes les pièces de Feydeau ne se prêtent pas à cet exercice, notamment les chefs-d’œuvre de la fin de sa carrière. Cette pièce est une de ses premières collaborations avec un auteur qui s’appelait Maurice Desvallières (par la suite, les deux auteurs collaboreront davantage). Cela dit, à l’époque, c’est une pièce à laquelle on a fait beaucoup de reproches. En disant que c’était un peu fouillis, que cela ne tenait pas la route, mais en tout cas elle nous a permis de réaliser cette comédie musicale.

Cela fait combien de temps que vous jouez les Fiancés de Loches ?

Cela fait deux ans. Elle a été créée en 2014. Mais n’a été jouée que durant l’été. En revanche, il y a eu une tournée importante en Province, de cinquante dates, qui s’est terminée à la fin 2015.

C’est totalement inédit d’adapter entièrement une pièce de Feydeau en comédie musicale. Et c’est vous qui vous êtes attelé à ce pari osé. A partir du texte original, vous avez troussé un bon nombre de couplets chantés. Pour ce faire, vous avez sabré, coupé, enlevé ici, ajouté là, dans le texte de Feydeau. Quelles difficultés avez-vous rencontré dans ce tour de passe-passe ?

C’était la première fois, en effet, que l’on adaptait entièrement une pièce de Feydeau en comédie musicale. C’est une idée d’Edy Saïovici qui était le directeur du théâtre Tristan Bernard. C’est une idée qu’il portait depuis très longtemps. Ce projet lui tenait à cœur et il y croyait. Il nous a passé commande en 2010, à Hervé Devolder et à moi. Malheureusement il est décédé en 2013 et n’a pas pu assister à la première de la pièce, sinon aux côtés des « enfants du Paradis » ! J’espère, je crois, qu’il aurait aimé notre réalisation. Quant au texte de Feydeau, je n’y ai pas trop touché, j’ai juste beaucoup coupé. La difficulté essentielle c’était de mettre en musique des scènes de théâtre. Il fallait que cela reste du théâtre. Le problème dans cette pièce de Feydeau, c’est qu’il y a beaucoup de contraintes. Il y a un foisonnement de personnages. Une vingtaine dans la pièce originale. Edy était effrayé par ce nombre de personnages donc il m’avait demandé de les réduire au minimum. Le minimum, c’était neuf. On ne pouvait pas faire moins !

Tout coule tellement de source dans ce spectacle que le spectateur finit par croire que c’est Feydeau qui a écrit cette opérette. Vous vous êtes glissé dans la peau de Feydeau pour délivrer son chant le plus beau. Peut-on dire que Feydeau, c’est vous ?

Non ! Certainement pas ! Disons que je me suis coulé dans le style de l’époque. Grâce à la musique aussi, cela a été plus facile car c’est une musique adaptée à l’époque de Feydeau. Hervé Devolder avait déjà fait auparavant d’autres comédies musicales, et il a cette merveilleuse faculté de pouvoir s’adapter à tous les styles musicaux. C’est très parisien comme pièce, c’est pour ça que l’été, elle attirait aussi beaucoup de touristes.

Que cherchiez-vous atteindre en créant cette comédie musicale ?

Essayer de retrouver l’esprit de l’époque, l’esprit des pièces de Feydeau, qui est quand même un auteur joyeux malgré son désespoir profond. Feydeau était un grand neurasthénique. Et c’est justement peut-être pour se dégager de cette neurasthénie, qu’il a cherché à faire rire. En principe, les pièces de Feydeau, quand elles sont bien jouées, font rire à chaque réplique. Bien sûr, Feydeau ce n’est pas facile à monter. Il y a eu un travail de direction d’acteurs puisque les comédiens-chanteurs venaient plutôt de la comédie musicale et qu’ils n’étaient pas tous préparés à jouer du Feydeau. C’est Hervé qui les a choisis parce qu’il fallait des chanteurs. Moi, je ne connaissais pas du tout le monde de la comédie musicale.

Sur scène, cela virevolte, pirouette, rebondit, tourbillonne de partout. C’est ravigotant, revigorant, roboratif en diable. C’est joyeux, comique, drôle à l’infini. Pour vous le théâtre c’est d’abord le plaisir de faire rire. Le rire permet-il de tout dédramatiser ?

Oui, le théâtre c’est la joie ! Au Palais Royal, Feydeau était « chez lui », puisqu’il y a créé nombre de ses pièces. D’ailleurs, au Palais Royal, un des plus beaux théâtres de Paris, un théâtre classé, au-dessus du cadre de scène, il y a un médaillon avec une phrase de Rabelais qui dit : « mieux est de ris que de larmes escrire, pour ce que rire est le propre de l’homme !». A l’entracte, je voyais que les spectateurs découvraient cette phrase avec plaisir. Effectivement, je crois que faire rire, c’est quand même un honneur pour un auteur dramatique. Guitry, qui était un admirateur de Feydeau a beaucoup écrit là-dessus. Je n’envisage pas d’écrire une pièce sans humour et sans réjouir le public…

Vous connaissez la phrase de Nietzsche qui dit : « il faut que les hommes aient beaucoup souffert pour avoir inventé le rire » ?

Et connaissez-vous la phrase de Voltaire qui dit « J’ai décidé d’être gai, parce que c’est bon pour la santé » ?

Dites-moi, c’est culturel comme interview !

N’est-ce pas !

Bon, revenons aux « Fiancés de Loches ». La pièce, construite sur une série de quiproquos, aborde l’éternelle fracture entre les provinciaux (un peu niais et naïfs) et les parisiens (un peu méprisants), la campagne et les citadins. Selon vous, qui sont les plus civilisés ?

Cette pièce, c’est un peu la fable du « Rat des Villes et du Rat des Champs ». Dans l’esprit de Feydeau, il ne donnait pas raison aux parisiens, ils sont cyniques, méprisants effectivement. Les provinciaux ont une sorte de candeur et de naïveté qui est assez fraîche. Moi, j’aime bien avoir ça dans toutes mes pièces, j’aime bien me moquer de l’intellectualisme parisien, comme vous avez pu vous en rendre compte ! Personne n’a tort ni raison, c’est ça qui est merveilleux aussi chez Feydeau, chaque personnage a son caractère et chacun est dans sa raison d’être.

En quoi cette pièce résonne-t-elle aujourd’hui pour vous ?

Dans l’état de morosité ambiant (on a toujours de bonnes – de mauvaises – raisons d’être triste) c’est difficile de trouver des raisons d’être joyeux. Je crois que l’une des missions du théâtre (et de l’artiste en général) c’est de nous révéler cette part de joie que contient, en dépit des apparences, l’existence.

Depuis longtemps, à travers vos écrits théâtraux et autres, vous cherchez à percer le mystère du langage, du verbe. Rousseau affirme dans son « Essai sur l’origine des langues » que l’homme a d’abord chanté avant de parler (imitant par-là les sons de la nature, le chant des oiseaux). Rousseau écrit qu’autour « des fontaines, les premiers discours furent des chansons. » Cette pièce, est-ce une façon pour vous de retrouver le langage des premiers hommes, c’est-à-dire le chant, la langue des poètes ?

Je peux vous raconter une anecdote : un de mes proches est autiste, il ne possède pas le langage. « Les Fiancés de Loches » aura été son disque préféré pendant toute l’exploitation de la pièce. Il l’écoutait tous les soirs. Il pouvait chanter alors qu’il ne parlait pas aisément. Si l’on prononçait l’un des vers d’une chanson, il enchaînait tout naturellement. Le chant, c’est plus naturel, plus aisé que la parole. Le chant, c’est la poésie de l’homme. On peut dire en paraphrasant Nietzsche que sans les chansons, la vie serait une erreur.

Après avoir participé à ce tourbillon gai et savoureux de danses et de chansons, le public en sort enchanté. L’enchantement se prolonge puisqu’on se prend à entonner jusque dans les draps l’inoubliable « Michette, Michette… ». C’est l’effet Feydeau ou l’effet Mougenot ?

Le personnage de Michette, c’est un personnage récurrent dans les pièces de Feydeau, c’est le personnage de la cocotte, cela a donné la Môme Crevette dans « La Dame de chez Maxim’s ». Mais si c’est aussi entraînant, c’est grâce à la musique d’Hervé qui est très mélodique. Il a commencé par écrire la musique, bien sûr dans l’esprit de la scène, et moi, je me suis dit : « quel texte, je vais mettre là-dessus ? » Et ça a donné l’air de Michette. Effectivement, les gens chantent en sortant du théâtre, ils ont les airs en tête. Ce que je reproche à certaines comédies musicales, c’est justement de ne pas être assez mélodiques. Certaines m’ennuient profondément, car lorsqu’on entend un air, on ne peut pas tout de suite le rechanter. C’est peut-être un peu populiste, un peu populaire ce que je raconte mais ce que j’apprécie avant tout dans les comédies musicales, c’est la mélodie, comme par exemple dans « My Fair Lady » où celle-ci est très réussie.

Vous jouez au Petit Montparnasse en alternance, « L’affaire Dussaert » et « Le Cas Martin Piche » jusqu’en juin, est-ce que vos deux pièces marchent ?

Sinon, nous ne prolongerions pas !

Jacques Mougenot, sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Hervé et moi, nous sommes en train d’écrire une autre comédie musicale…

Ce sera un texte de votre cru ?

En effet, ce sera une pièce entièrement originale mais je ne peux pas vous en dire plus… Je préfère faire la surprise aux futurs spectateurs !

A voir absolument, jusqu’au 16 mai 2018, la pièce écrite et interprétée par Jacques Mougenot.

Jacques Mougenot et Hervé Devolder, dans la pièce Le Cas Martin Piche

Jacques Mougenot et Hervé Devolder, dans la pièce Le Cas Martin Piche. Une pièce désopilante et surprenante.